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Un visiteur
4,0
Publiée le 9 octobre 2019
Oeuvre un peu oubliée dans la filmographie de René Clément, ces Maudits valent pourtant le détour. Tout d’abord parce qu’on y trouve des qualités thématiques qui charpenteront les meilleurs films à venir du cinéaste : l’ambivalence et l’ambiguïté des rapports humains, la dynamique de la force et de la faiblesse, les tentations menant à la transgression, les faux-semblants… Et un très fort sentiment de claustration, une sensation d’être enfermé – dans un lieu clos, dans des circonstances historiques, voir dans ses propres obsessions. Il y a tout cela dans Les Maudits, sans doute pas de manière aussi aboutie que dans Plein Soleil ou Les Félins, mais suffisamment pour en faire un maillon important dans l’œuvre du cinéaste. C’est aussi un jalon – voir une référence – dans le sous-genre du film de sous-marin : jamais un tel réalisme n’avait été atteint jusqu’alors (nous sommes en 1947) et il n’a finalement rien à envier aux films plus récents de Petersen ou de McTiernan. La vraisemblance totale de l’espace du sous-marin (reconstruit à l’identique en studio), filmé de façon à rendre compte de l’étouffement, dénote de la part du cinéaste d’une aisance technique exemplaire. Ce réalisme n’empêche pas la mise en scène d’être très dynamique et novatrice, que ce soit sur la vie à bord ou lors des grandes scènes d’affrontement psychologique (le dîner après l’annonce de la capitulation de l’Allemagne ; la partie d’échec…) ou de suspens (la magnifique séquence dans l’entrepôt de café). Clément se révèle brillant pour créer des situations intenses et équivoques, grâce à une écriture de personnages qui se complexifie au cours du récit : le quatuor Forster/Willy/Von Hauser/Hilde lui permet d’évoquer avec subtilité les jeux de domination et la dépendance pulsionnelle. On ne peut que regretter un certain déséquilibre dramaturgique qui empêche Les Maudits d’être un chef d’œuvre : Clément a visiblement transformé ce qui était censé être un film « utile » (manichéen et porteur du discours officiel de l’époque) en étude sur la complexité humaine, sur la porosité des concepts de bien et de mal, relevant de profondeurs qui fascinent plus qu’elles ne portent à juger. Le film s’en ressent, surtout dans la mesure où l’instance morale positive qu’incarne le fade docteur Guilbert, narrateur du film, apparaît toujours plus secondaire et dépourvu d’intérêt, tandis que les personnages prédéfinis comme négatifs (les allemands et les collaborateurs) deviennent plus important au point de réduire le docteur à une silhouette. Ce qui fait gagner le film en complexité et en intérêt, mais le déséquilibre néanmoins. Les Maudits demeure un film passionnant et un thriller maritime réussi.
Je ne connaissais pas ce film, je l'ai même regardé une seconde fois. Le réalisateur a parfaitement reproduit le climat de terreur moral ou physique du régime nazi. Les acteurs sont bons, le décors est réaliste, la musique est un peu en retrait.
Un excellent René Clément ! Très réaliste et surtout étonnant de modernité (1947). Suspens bien mené, on ne sait pas vraiment qui est qui et qui veut quoi et où ça va. Superbe distribution, Florence Marly est magnifique et un des premiers rôles de Michel Auclair, super beau gosse !
Présenté au premier véritable Festival de Cannes en 1946, "Les Maudits" suit un groupe de nazis qui tentent de fuir l'Europe à bord d'un sous-marin dans les derniers jours du conflit. Coupés du monde, enfermés dans cet espace étouffant, ils voient peu à peu leurs certitudes s'effondrer tandis que la défaite allemande devient inévitable. René Clément, connu plus tard pour ses "Jeux interdits", utilise remarquablement bien les espaces confinés du sous-marin, créant une atmosphère oppressante où la paranoïa et les tensions ne cessent de grandir. Pour un film de 1946, le regard porté sur les vaincus est relativement audacieux. René Clément ne cherche ni à les excuser ni à les glorifier, mais à montrer comment une idéologie peut conduire des individus à s'enfermer dans le déni jusqu'à leur perte.