Le Président
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CrystalEagle
CrystalEagle

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2,5
Publiée le 11 septembre 2026
Le cinéma français a toujours regardé la politique de loin, quand Hollywood préfère le regarder droit dans les yeux. Henri Verneuil choisit le corps à corps et s'y jette dès l'aube de la Ve République. Le geste seul mérite le détour, tant la politique-fiction demeure chez nous un genre boudé. Son film dessine une France où le pouvoir se négocie dans les couloirs plutôt que dans les urnes, où le carriérisme a fini par supplanter le sacerdoce. Le plus troublant tient à cette immobilité du temps : des décennies ont passé, et les mêmes petits arrangements se drapent toujours des mêmes habits de dévouement. Quant à la menace pesant sur une Europe naissante, prise en étau par les puissances financières, le propos reste d'une actualité frappante, mais se fait plus démonstratif que fouillé. Un film inégal, donc, qui alterne l'ennui et la fulgurance sans jamais trouver son assise.

L'ensemble traîne pourtant les pieds au démarrage. Un premier acte qui s'étire, une tension qui peine à éclore. Verneuil filme avec une sobriété presque monacale, comme si l'image s'effaçait volontairement devant les mots. Le texte d'Audiard, à force, écrase jusqu'à la mise en scène censée le porter. Puis vient le monologue à l'Assemblée et tout bascule. Gabin trône au centre d'une arène de costumes-cravates, la caméra tourne autour de lui pour mieux le couronner, et les mots claquent comme des coups de fouet. Cette seule scène vaut le prix du visionnage.

Il faut dire qu'Audiard écrit sur mesure, en ami intime qui connaît le phrasé de chacun de ses comédiens, Gabin en tête. Cela s'entend car l'acteur porte le film sur ses épaules lasses, avec une autorité qui semble moins jouée qu'usée par le pouvoir lui-même. Face à lui, Bernard Blier compose un Chalamont mesquin et fébrile, dont chaque réplique mord avec le même venin. Au fond, tout cela n'est peut-être qu'un songe nostalgique : celui d'un pouvoir à visage humain, presque paternel, celui de l'homme providentiel, si cher aux Français, mais qui relève davantage du fantasme que de la réalité.
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