Qu'est qu'aurait fait un Billy Wilder avec un tel sujet ??? Il ne vaut mieux pas le savoir pour ne pas rendre les choses encore plus dures, revenir de l'autre côté de l'Atlantique, et se contenter de la détestable réalisation de Denys de La Patellière qui a l'air de prendre un très malin plaisir à ne jamais sortir d'un très plat théâtre filmé. Pierre Fresnay ne fait qu'enfoncer plus profondément les choses en cabotinant atrocement avec un accent alsacien HENAURME à couper à la tronçonneuse ; impossible de croire que ce soit le même type à qui on doit des interprétations magistrales dans des chefs d’œuvre comme "Le Corbeau" et "La Grande Illusion". Il y avait pourtant des thèmes intéressants qui conjuguaient drôlerie et profondeur, dont celui, très peu traité à l'époque, de l'acceptation de l'homosexualité au sein de la famille. Bref, aussi indigeste qu'un œuf d'autruche qu'on essaye de gober avec la coquille.
Les oeufs de l'autruche, ou les deux rejetons du bourgeois Barjus qui les a longtemps ignorés ou feint d'ignorer. Barjus est en crise en tant que père de famille obtus et volontiers rétrograde, faisant mine d'apprendre que son cadet fréquente une femme et que l'ainé -l'Arlésienne de la pièce d'André Roussin- est un jeune couturier de talent et homosexuel. C'est ce dernier personnage qui est au coeur de la comédie, laquelle a le mérite d'aborder -sinon le courage de montrer- l'homosexualité à une époque où elle est encore largement taboue. Il ne se passe pas grand'chose dans le film de Denys de la Patellière, en termes d'incidents et de mouvements, et son objectif n'est que de ramener Barjus père à l'affection paternelle (et à la raison). Pierre Fresnay est parfois proche du cabotinage quand il hausse la voix, vocifère et invective, avec ce personnage enfermé dans des valeurs d'un autre temps et qui ne semble pas capable de composer avec une certaine libéralisation des moeurs. A travers son personnage, malmené par l'auteur, passent des idées progressistes qui sont le principal intérêt du sujet, en l'absence d'un comique prononcé ou de situations de vaudeville (que n'est pas la pièce originelle).
Même si le style s'approche fortement d'une pièce de théâtre le film est à voir pour l'abattage impressionnant de Pierre Fresnay "cocu, père d'une tante et d'un maquereau, vive la famille!" . On peu rajouter à ça la classe de Simone Renant et la prestation amusante de Marguerite Pierry la grand mère.