Si ce n'était pas Murnau derrière la caméra ce film muet serait de nos jours tombé complétement dans l'oubli tant ce film est peu inspiré. Filmé sans aucune passion bien que Tabou ne soit pas exempt de beauté mais cette histoire est platement racontée; il se passe quasiment rien comme ses scènes de danse très jolies mais rapidement ennuyeuse. J'ai vraiment du mal à croire que Tabou soit réalisé par le même réalisateur que Nosferatu et Faust.
Pas le film de Murnau le plus impressionnant mais c'est du bel ouvrage quand même. Une tragédie sur un couple perdu entre les traditions et la civilisation, les premières minutes sont un peu gentillettes mais ensuite le ton se veut plus dramatique. La fin est d'un romantisme cruel.
Dernier film d'un des plus grands maîtres que le cinéma ait compté parmi ses rangs, "Tabou" est un somptueux testament pour ce qui est sans conteste le plus grand technicien du cinéma muet. Le film a beau avoir été officieusement co-réalisé par le documentariste Robert Flaherty, il porte totalement l'empreinte de Fredrich Wilhelm Murnau. Certaines scènes font très forte impression comme les apparitions du sorcier (vous trouvez pas qu'il ressemble un peu à Chishu Ryu ?) vraies ou rêvées avec un très beau jeu d'ombres qui semblent tout droit sorti de l'Expressionnisme ou encore celle du requin qui arrivent à faire bondir, et sans oublier la scène finale qui surprend par sa cruauté. La beauté picturale qui est dûe autant à la magnificience absolue de la photographie de Floyd Crosby (peut-être la plus belle de toute l'Histoire du cinéma!) qu'aux paysages paradisiaques qu'elle filme. On peut n'être aussi que captiver par la beauté exotique de l'actrice Anne Chevalier. Pour tout dire "Tabou" est véritablement un très beau poème visuel.
Un film déconcertant, par rapport aux autres grands classiques de Murnau. On dirait que le fait de mettre en scène des polynésiens lui permet de s'autoriser une forme de naïveté et de sensualité "primitives" qu'on ne trouve nul part ailleurs dans son oeuvre. Le problème est que ce "primitivisme" était peut-être crédible aux temps du colonialisme, ça l'est beaucoup moins aujourd'hui. Comme souvent chez le réalisateur la force du film tient à sa simplicité, qu'on pourrait presque qualifier de biblique, et qui rend cette histoire de désir, de transgression et de fatalité intrigante et fascinante. J'avoue tout de même préférer les grands films de la période allemande ("Nosferatu", "Faust", "le dernier homme"...) ou même "L'aurore".
Le dernier film muet de Murnau épate par son intrigue originale, son final inoubliable brillamment mis en musique par Hugo Riesenfeld qui, tout au long de l'oeuvre, nous transporte dans un étrange univers... A découvrir.
J'aime beaucoup "Tabou". C'est un film vraiment très beau, les images sont somptueuses ! Pas besoin d'en faire tout un plat: Murnau est un grand réalisateur ! La fin vaut aussi le détour: quelle cruauté ! Quelle pertinence dans le choix du plan: ce couteau qui en une seconde résout tout le suspence du film! Bravo Murnau pour votre dernier film !
Même si les deux cinéastes ne se sont pas entendus sur le projet, on ne peut qu'être heureux en redécouvrant ce classique aux images somptueuses,qui prouve que le cinéma est avant tout un art visuel.