J'adore beaucoup des films d'Orson Welles : La Soif du Mal en premier lieu, mais aussi l'inévitable Dame de Shanghaï ou encore Othello, un réel chef d’œuvre. Et j'ai aimé les autres : Mr. Arkadin, Le Procès, Vérités et Mensonges. A une exception près : je n'ai jamais accroché avec Citizen Kane, franchement lent et balourd bien que captivant par moments, et au delà des innovations qu'il a évidemment apportées au cinéma à son époque.
Après avoir vu un documentaire sur Orson Welles récemment, j'étais impatient de m'engouffrer dans la partie de sa filmographie qui me restait inconnue : Macbeth, La Splendeur des Amberson, Falstaff. Vu tout le bien que le grand réalisateur pensait du dernier cité, mon enthousiasme m'a fait acquérir le film et le regarder dans la foulée. Malheureusement, Falstaff ne se classera même pas au niveau de Citizen Kane.
Comme son titre de l'indique pas, le film tourne autour de deux personnages principaux : Falstaff et le prince de Galles Harry, compagnons de ladreries et de joutes oratoires. Tant mieux dirais-je, plus y'a de fous à l'écran, plus on rit. Le tout sur fond de rebellions d'une partie de la noblesse anglaise contre le roi (le père d'Harry, donc) assis sur un trône un peu bancal.
La réalisation échoue à apporter la moindre tension autour des enjeux du Royaume d'Angleterre, de fait relégués très loin à l'arrière plan derrière le développement des atermoiements des personnages principaux, et ce probablement contre la volonté de Welles. Las, les personnages suscités eux-mêmes se résument en quelques traits grossièrement brossés et la profondeur des caractères, qui offre souvent une troisième dimension si vitale à l'écran plat, est aux abonnés absents.
La truculence des répliques, les passions dénoncées, la lâcheté ridicule, les gags bon enfant surprendront-ils le spectateur ? Encore une fois, non. Orson Welles ne maîtrise pas le rythme comique (au cinéma du moins, je ne peux juger de ce qu'étaient ses compétences au théâtre). Il cherche à jouer dans le grotesque grandiose mais la farce ne prend pas, les gags et guet-apens sont flapis. Les acteurs cabotinent ou déclament des répliques comme s'ils étaient au théâtre et tombent rarement juste. Certains d'entre eux d'ailleurs, probablement non anglophones, sont doublés catastrophiquement.
L'esprit Shakespearien dans quelques dialogues laisse au spectateur le loisir d'effleurer ce qu'aurait pu être la profondeur des personnages. Les mânes du vieux dramaturge anglais hantent le film et les bons mots font parfois mouche ; leur efficacité amoindrie toutefois, en ce qui me concerne, par la barrière que représente le vieux parler Shakespearien en VO (ST-EN).
La photographie est généralement belle, les plans sont généralement bons. Les contre-plongées fatiguent, tout autant que les gros plans sur des expressions figées visiblement commandées par Welles. Les champs et contre-champs sont souvent mal raccordés, les scènes avec de nombreux figurants étant entrecoupées de plans sur des personnages dans des pièces ou des paysages soudainement vides. La scène épique de la bataille tombe dans les même travers, qui plus est nullement sauvée par les fumigènes grossiers ; mal amenée par des engagements de fantassins, de cavaliers et d'archers incohérents ; agrémentée d'une épée en plastique qui se tort en gros plan et de morts qui bougent. Dommage car le parti pris réaliste pour décrire la bataille (boueuse, moche, désordonnée) fonctionne plutôt bien par ailleurs.
Seule la scène
de disgrâce de Falstaff,
presque à la fin du film, vaut le détour et m'empêche de descendre en dessous des 2,5/5 : le tragique de la réalité tombe comme un couperet sur le mythomane flamboyant qui avait trop coutume de finir par croire à ses propres mensonges. Revenant dans le drame qui convient mieux au style de Welles, la vingtième ou trentième contre-plongée du film est la seule qui se rende finalement utile au contexte de la scène.