Il y a d'abord ce prologue dans un bagne de Cayenne où le prisonnier Berthier (Alcover) apprend sa libération prochaine, où Jean Grémillon, en documentariste, filme longuement des détenus plus vrais que nature dans leur chambrée. C'est une séquence étonnante qui ne se rattache pas vraiment à la suite parisienne du film.
Le scénario de Charles Spaak est un mélo tout simple, mais on peut y voir plutôt un drame de la fatalité sociale. Berthier est heureux de retrouver à Paris sa fille, sa petite Lise chérie, dont il ignore qu'elle a, avec son amant, des soucis d'argent.
Dans des séquences étirées et peu nombreuses, Grémillon donne une intensité dramatique étonnante au sujet en le dépouillant de contingences inutiles et de scènes de transition. Le cinéaste a avec lui le trop méconnu Alcover, un colosse premier prix au Conservatoire (si j'en crois certaines sources), un comédien atypique, puissant et massif, qui porte et relève le film. Tout un contraste avec la petite Lise chétive, à l'interprétation pas loin du pathétique. L'affiche originale du film la montre sous l'emprise d'un diable, qui n'est rien moins, dans la scène charnière du film, qu'un usurier juif caricatural...
La dernière scène, festive avec sa musique endiablée de jazz, est une allégorie qui, au-delà du sens qu'elle porte, reflète le goût de Grémillon pour l'expérimentation ou l'innovation, à l'occasion de son premier film parlant.