Monument du cinéma adapté d’un monument de la littérature, cette trilogie réalisée par Peter Jackson est sûrement la plus oscarisée (17 statuettes en tout) de tous les temps, et ce en raison du soin accordé à chaque aspect de ce qui fait un bon film. Ainsi les trois volets ont été tournés simultanément en un temps record dans de somptueux, véritables -et pourtant diversifiés- décors de Nouvelle-Zélande (la 3D aurait été grandiose), qui ajoutés aux costumes, maquillages, effets spéciaux, bestiaire, un brillant casting et une BO mythique, met en scène une histoire toujours plus riche qu’il n’y paraît.
Autant dire que les 9h de films (12 en version longue), en valent le coup, car oui il ne s’agit ni plus ni moins qu’un seul et même film en trois parties, ce qui fait que chaque volet reprend précisément là où le précédent s’était arrêté. Rappelons qu'à l'origine Tolkien n’avait écrit qu’un seul et même roman et on l'obligea à le découper en trois pour être publié. Il s’agit probablement de l'œuvre clé d’un auteur qui aura passé sa vie à développer le même univers. A travers un univers d'héroïc fantasy (et le manichéisme assumé que ça comprend) très médiéval, abondamment inspiré de mythologie nordique, ce père de la fantasy aborde de nombreux thèmes universels tels que la guerre, la soif de pouvoir, le nationalisme, l’écologie, l’amitié, et offre un large panel d’émotions : la peur, la tristesse, l’émerveillement, la joie, le rire, la romance et la nostalgie (avec la comté), et fait l’éloge de belles valeurs en prime (pitié, courage, tolérance, féminisme).
Evidemment on constate les ingrédients propres au récit initiatique avec le vieux sage qui va chercher le jeune neveu orphelin élu d’une prophétie pour sauver l’univers des ténèbres, le duo comique… etc, car évidemment George Lucas et JK Rowling ne sortent pas leurs idées de nulle part et assument avoir été influencé par Tolkien, et ils ne sont pas les seuls.
Bon on peut quand même remettre en cause l’idée que seul Frodon, un innocent petit hobbit à l’autre bout de la map, sans défense ni expérience, soit le seul capable de porter l’anneau au Mordor et seulement avec l’aide de Sam, à partir de là on se demande si Gandalf et sa team n’ont pas un peu tous perdu la tête, mais il est vrai que quelqu’un qui ne sait rien du pouvoir est peut-être le plus apte à ne pas être tenté.
Il faut aussi signaler que cette trilogie n’est que la seconde adaptation du livre de JRR car un film d’animation, aujourd’hui référence nanardesque, avait déjà vu le jour en 1978, mais cette trilogie constitue une adaptation, quoi qu’en diront les puristes, amplement satisfaisante, et ce même s’il manque certaines explications pour ce qui est de la mythologie de l’univers (les dieux, les demi-dieux, les familles royales, en bref le contenu des prologues à n’en plus finir de Tolkien, mais qui ont au moins le mérite d’introduire certains personnages qui ont l’air de spawn dans le film), et qu’on aurait aimé que certaines des nombreuses chansons des hobbits présentes dans le livre soit retranscrites à l’écran -mais il est vrai que le film est déjà très long. Ceci dit la succession de voyages, évolutions de personnages, batailles et réjouissances offre un récit tellement dense et épique que la durée monumentale devient un détail secondaire, le rythme étant soutenu et alternant à merveille les scènes de parlote et d’action.
Tant qu’on est sur la mise en scène, il faut parler d’un enjeu majeur de la réalisation : la taille des personnages. En effet lorsqu’on fait cohabiter autant d’espèces différentes (hobbits, nains, elfes, hommes, magiciens, orques) mais que les acteurs font des tailles normales il faut employer une quantité énorme de plans individuels mais il faut dire que les intégrations des personnages les uns avec les autres sont, mis à part quelques faux raccords que seuls les plus attentifs remarquent, fluides et propres.
Pour la musique, Peter Jackson engage Howard Shore, qui comme lui auparavant était encore méconnu et replié sur les films d’horreur. Il compose alors l’une des BO les plus grandioses que le cinéma ait connu : une succession monumentale de leitmotives wagnériens, chansons, thèmes héroïques, romantiques, épiques, inquiétants, choeurs elfiques (dans les langues inventées par Tolkien !).
Voilà pour ce qui est du film en lui-même, maintenant parlons de cette troisième et dernière partie, “Le retour du roi”. Le découpage par rapport au film se faisant avant Arachné il s’agit là de l’épisode le plus long avec une heure de plus que les deux premiers, que ce soit en version courte ou longue. Le résultat n’en est que plus épique mais souffre aussi parfois de longueurs. Frodon met beaucoup de temps à faire parfois de simples gestes, Elijah Wood ayant pris le parti d’avoir un jeu d’acteur toujours en décalage avec les autres (sans pour autant être mauvais). Il n’est pas juste de dire que Sam est le vrai héros de l’histoire, même si ses exploits s’avèrent surhumains dans cette dernière partie, Frodon incarnant le sacrifice de porter le fardeau le plus lourd. De manière générale, les personnages font tous face à leurs destins et connaissent une évolution. Il y a bien la partie avec Denethor qui paraît un peu gratuite, en plus d’être assez traumatisante…
Le bestiaire est une fois de plus très convaincant, en particulier une Arachné à faire pâlir la famille d’Aragog, et les oliphants impressionnants par leurs tailles et leurs puissances. Les batailles sont évidemment grandioses, même si bien sûr plus anecdotiques que celle du gouffre de Helm, et malgré les habituels mouvements cheatés d’un Legolas au carquois inépuisables.
La venue des rohirrims est un beau moment qui fait pourtant écho au fait que le gondor ne soit pas venu au secours du rohan dans l’épisode précédent.
Le personnage de Gollum reprend un tournant complètement mauvais, parfaitement illustré par son “Vilain petit moucheron...”). Le film s’ouvre d’ailleurs sur un flashback relatant sa rencontre avec l’anneau, flashback à mes yeux raté
puisque Gollum en tant que jeune hobbit Sméagol est montré comme déjà vicieux, schizophrène (il se nounoie) et ayant déjà la même voix horrible, alors que tout ça est censé se produire dans sa solitude.
Lorsqu’on a demandé à Tolkien pourquoi les aigles géants ne se rendent pas souvent utiles, tout comme Gandalf qui peut repousser les nazguls en un coup de bâton magique mais ne le fait jamais avec les armées d’orques, l’auteur aurait répondu “Shut up”, ce qui est inutile de traduire.
Dans ce troisième volet les monteurs du son commettent encore plus de bourdes pour ce qui est du placement des leitmotivs musicaux composées par Howard Shore mais ces erreurs sont rattrapées par des passages lyriques à faire fondre le coeur, tels que les voix dans les morceaux “Minas tirith” ou “The steward of Gondor”, les thèmes héroïques du Gondor et du Rohan et mon dieu la fin compile à elle seule les morceaux les plus profonds du maestro. “The black gates opens” pendant que Frodon et Sam se remémorent sur le versant de la montagne du Destin vous fait verser une larme, “The end of All things” fait se succéder une musique de combat final infernale et grandiose et un son de victoire à se lever de son siège, et alors le medley “The return of the king”/”The grey heavens”/’Into the west chantée par Annie Lennox offre le meilleur final à la trilogie.
J’ai beau avoir lu et vu plusieurs fois, je n’apprécie toujours pas, à titre personnel, la fin du Seigneur des anneaux.
En effet Gandalf avait dit dans “La communauté de l’anneau” que Gollum (mon personnage préféré) aurait sûrement un rôle à jouer avant la fin en mal ou… en bien, et il s’avère au final que ce “bien” incarné par Gollum était seulement de guider les hobbits jusqu’en Mordor, même si c’est un choix purement intéressé. J’aurais préféré que Gollum connaisse une vraie rédemption et jette lui-même l’anneau dans la lave incandescente là où Frodon perd la tête et tente de s’enfuir avec, ça aurait donné une fin plus consistante et moins évidente, moins manichéenne, et puis on aurait pu se passer du Gollum qui atterrit dans le volcan comme si c’était une bonne piscine. Ceci dit la fin admet tout de même une forme de texture à travers les cicatrices mentales de Frodon qui devra partir, pour guérir, vers les Havres Gris, qui sont dans mes souvenirs des terres paradisiaques elfiques à l’ouest de la Terre du milieu, mais dans les films il manque ces explications, le départ final de Frodon pourrait tout aussi bien être une métaphore de sa mort. Le dernier regard de Frodon en montant dans le bateau traduit à mon avis plus que de l’amitié à l’égard de son jardinier qui l’a suivi pendant toute l’aventure, et après plus d’une heure que l’anneau est détruit le film se termine enfin,
car bien qu’il s’agisse sans nulle doute d’une des meilleures trilogies jamais écrite/réalisée, la fin est à n'en plus finir.