Un vieil homme qui vient de mourir se présente directement au Purgatoire, considérant que sa vie, dont il s'apprête à faire le récit, ne peut certainement pas lui valoir le Paradis. Quels terribles péchés Henry Van Cleeve va-t-il confesser?
Très simplement son goût des femmes, lorsqu'adolescent il lorgne sur sa gouvernante -française donc légère- puis quand, marié, il se laisse aller à quelques infidélités -tout juste insinuées par Lubitsch, code moral oblige; enfin, lorsque veuf, Henry ne semble pas décidé à renoncer à la séduction.
Lubitsch raconte toute une vie sentimentale, une vie tellement ordinaire qu'elle manque souvent de relief. Disons-le, l'existence d'Henry Van Cleeve, qu'elle soit considérée avec une affection bienveillante ou avec ironie par le cinéaste, n'accouche que de situations de marivaudage très plates et si rarement caustiques qu'on ne s'en amuse jamais.
On a connu Lubitsch plus audacieux et trivial ("Haute pègre", "Sérénade à trois"...). Comme ramolli par le décor joli et les couleurs acidulées de la grande bourgeoisie américaine dont Henry est un représentant, le cinéaste adopte un humour un peu mièvre, parfois puéril, pour nourrir des personnages qui, bien que pratiquant le non-dit ou le sous-entendu cher au cinéaste, n'expriment que de fades et pudiques idées sur le désir ou le sentiment conjugal.
Evidemment que l'existence d'Henry n'est pas si indigne : sa conduite d'homme et d'époux vulnérable aux femmes n'a rien que de très commun et de naturel. C'est bien à ce constat, à cette absolution charitable, que Lubitsch voulait aboutir, mais c'est au moyen d'une histoire et de figures plutôt ennuyeuses et d'une ironie sans grande saveur (en dépit de la composition délicate et charmeuse de Don Ameche)