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Un visiteur
3,5
Publiée le 10 mars 2013
Ensemble intelligent, très bien maitrisé, formidablement écrit... Mais, on peut préfèrer le Lubitsch plus émouvant, plus maladroit, et pour cela beaucoup plus profond.
« Haute pègre » ou « Trouble in Paradise » (titre original plus approprié) était revendiqué par Ernst Lubitsch lui-même comme son film le plus abouti stylistiquement. En quelque sorte, la quintessence de la fameuse « Lubtisch Touch » . Une appellation encore d’usage de nos jours que selon le critique américain Richard Christiansen on peut décrire comme l’assemblage unique et mystérieux des vertus suivantes : sophistication, style, subtilité, esprit, charme, élégance, suavité, nonchalance raffinée et nuance sexuelle audacieuse. C’est exactement tout ce que l’on retrouve dans « Haute pègre » sorti en 1932 qui marque les débuts d’une très riche période parlante pour Lubitsch alors sous contrat à la Paramount. Avec son scénariste favori Samson Raphaelson, il adapte une pièce de l’auteur hongrois Laszlo Aladar (parue en 1931). Le réalisateur nous emmène tout d’abord à Venise au sein de l’univers cosmopolite de la haute société du début du XXème siècle, parcourant l’Europe des palaces cherchant à tuer l’ennui en dépensant leur trop-plein d’argent. Ils sont aidés dans leur démarche oisive par des escrocs de haut-vol toujours à leurs basques pour grâce à leur entregent patiemment rodé, les divertir, les séduire et enfin les « alléger » un peu de leur « fardeau ». Deux mondes qui se frottent assidûment au point que les frontières qui les séparent paraissent parfois ténues. Gaston Monescu (Herbert Marshall) personnage inspiré d’un escroc roumain (George Manolescu) ayant publié ses mémoires en 1905 et Lily (Miriam Hopkins), après s’être reconnus de la même confrérie, forment une association fondée sur l’amour mais aussi une forme de rivalité dont Lubitsch fait son miel tout au long du film. Leur nouvelle cible est une très riche industrielle célibataire (Kay Francis). Avec brio et la forme d’élégance qui lui est propre, le réalisateur présente en entame les protagonistes, le contexte et les enjeux de l’intrigue dont il va régaler le spectateur . Les innovations de mise en scène mais aussi la très subtile drôlerie des dialogues variés et ciselés sont portées par un trio d’acteurs brillants au possible. Le très suave et policé Herbert Marshall et la piquante et tonitruante Miriam Hopkins alors au summum de sa beauté et de sa popularité, accompagnés de la très belle et sensuelle Kay Francis dont la carrière si elle a été prolifique, aurait sans aucun doute dû être plus brillante. Sa performance remarquable fait à merveille le contre-point avec celle plus fougueuse de Miss Hopkins. Les nombreuses trouvailles toujours réjouissantes additionnées au jeu des acteurs, composent la petite musique envoûtante et indicible que l’on nomme « Lubitsch Touch ». Du grand art assurément qui fait dire que la très flatteuse réputation de Lubitsch qui perdure par-delà les décennies (Wes Anderson s’est réclamé de « Haute-pègre » lors de la sortie de « Grand Budapest Hôtel » en 2013) n’est en rien usurpée.
Lubitsch signait donc ce qu'il considérait comme son meilleur film, la quintessence de son style. Comédie formée autour de différents trios (amoureux, de business) avec des dialogues piquants, une mise en scène virevoltante, un scénario qui aborde différentes thématiques tout en racontant une vraie histoire. Au niveau des acteurs, on est face à du très haut niveau, les dialogues sont débités sur un rythme impeccable, défendant des personnages attachants. Le résultat est d'une classe folle, piquant, emballant, d'une belle intelligence, avec ce qu'il faut de sourires et d'audaces polissonnes pour lui assurer une certaine postérité. Un beau classique du genre.
Envolé, subtilement amusant grâce à une mise en scène jouant de ressorts narratifs ou du hors champ, tendrement amoral, ce vaudeville aux faux airs de film noir tord les codes génériques. Tandis que les comédiens nous entraînent plaisamment dans leurs intrigues par leur entrain et leur impeccable regard, l'image marque elle parfois son âge. Un exemple tout de même pertinent de l'inspirante Lubitsch touch!
J'ai revisionné ce film récemment et c'est une capsule temporelle assez savoureuse. On est plongé dans le Paris et la Venise des années 30, avec une ambiance art déco hyper léchée qui donne tout de suite du cachet au visionnage. L'histoire de ces deux voleurs de haut vol, Gaston et Lily, qui s'associent pour dépouiller une riche héritière, fonctionne toujours grâce à son élégance naturelle. Ce qui frappe, c'est la subtilité des dialogues. On sent bien l'esprit de Lubitsch, ce mélange de piquant et de sous-entendus malicieux, très moderne dans sa vision des relations pour l'époque. Le trio d'acteurs est excellent, avec une mention spéciale pour l'alchimie entre Herbert Marshall et Miriam Hopkins. C'est une comédie de mœurs raffinée qui se déguste pour son intelligence visuelle. Si le rythme peut paraître un peu daté aujourd'hui, avec un côté théâtre filmé, l'ensemble reste un moment de cinéma très fréquentable. C'est un film plutôt bon, idéal pour une soirée tranquille, même s'il manque d'une réelle intensité dramatique.
Le titre français fait référence à l’association entre 2 voleurs, se faisant appeler respectivement Baron et Comtesse, Gaston Monescu (Herbert Marshall, 42 ans) et Lily (Miriam Hopkins, 30 ans) qui se sont rencontrés à Venise en escroquant François Filiba. Le titre original (qui est aussi celui de la chanson du générique, écrite à 32 ans par Leo Robin) fait allusion à l’idylle qui se noue entre Gaston et une riche héritière veuve, Mme Collet (Kay Francis, 27 ans), propriétaire d’une entreprise de parfums à Paris, chacun croyant manipuler l’autre. On sent que le film est adapté d’une pièce de théâtre (1931), « A Becsületes Megtaláló » (littéralement, le chercheur honnête) du Hongrois László Aladár car les scènes d’intérieur sont majoritaires et même Venise est reconstituée en studios. C’est une sorte de marivaudage un peu désuet, limite théâtre de boulevard (avec des portes qui s’ouvrent et qui se ferment) où on retrouve le style de Lubitsch, notamment à travers son sens de l’ellipse et du hors-champ, symbolisés souvent par une horloge. On esquisse parfois un sourire [notamment grâce à Edward Everett Horton (46 ans), découvert dans « Les horizons perdus » (1937) de Frank Capra et qui joue une victime du duo d’escrocs, François Filiba] mais rien de bien transcendant et passionnant. On est loin du « Roman d’un tricheur » (1936) de Sacha Guitry !
En 1932 (!) Ernest Lubitsch signe ce joli film, élégant, simple et raffiné. Le début du film est pourtant un peu décousu et malhabile. La présentation se fait avec peine et avec tâtonnement. Une fois passée ces premières minutes laborieuses, lorsque la situation est installée, le film devient réellement bon. Lubitsch parvient dans ses films à les rendre à la fois simple, beau, solaire et profond. C'est jamais trop appuyé, quand on compare aux comédies américaines actuelles assez calibrées, on peut se dire qu'un mec avec la délicatesse de Lubitsch manque cruellement quand même.
Absolument extraordinaire ! Haute Pègre est un film brillant, qui n'a pas pris une ride malgré sa date de sortie initiale : 1932 ! Le film est brillamment construit : sa trame scenaristique est si bien amené, et tout cela est dû à un développement des personnages principaux à leurs paroxysmes !
La touche comique du film rajoute ce côté malicieux à ses personnages. Également, la mise en scène est assez étonnante pour son époque
Lubitsch est d’une virtuosité confondante. C’est dramatiquement très subtilement construit, réglé comme une horlogerie. La séduction se mêle jusqu’à s’assimiler au vol, à l’escroquerie : ils ont la tromperie en commun. Pendant un bon moment on a l’impression d’assister à un marivaudage mondain un peu gratuit, un peu vain. C’est petit à petit que les enjeux de pouvoir deviennent manifestes, entre le couple d’escrocs subsistant de leur « art » et la riche héritière disposant de tout et de tous. Certaines répliques soulignent d’une manière toute à la fois ironique et féroce le fossé séparant la tromperie du simple escroc de celle des personnages de la haute société (elles sifflent d’une façon parfaitement modernes à nos oreilles de citoyens français de 2010...). Lubitsch a le sens de l’ellipse dans sa mise en scène comme dans son récit. Ce n’est sans doute pas par hasard s’il situe une comédie très à la manière d’un Marivaux (et d’un Beaumarchais ?) dans un cadre français.
C'est le premier Lubitsch que j'ai découvert, aussi j'ai à son égard une affection particulière. "Haute Pègre" est, il faut bien le dire, un des sommets de la "Lubitsch Touch". On y retrouve ses thèmes de prédilection : milieu bourgeois, personnages élégants et raffinés avec des sentiments un peu moins élégants et raffinés, utilisation savoureuse des dialogues et des sous-entendus, triangle amoureux... Le tout traité avec un doigté que devrait étudier tous les cinéastes de comédie. S'inspirant clairement du théâtre (on pense à Marivaux), Lubitsch livre avec "Haute Pègre" un film particulièrement réjouissant dans lequel un escroc devient le secrétaire particulier d'une riche dame qui ne tarde pas à tomber sous son charme alors que lui est venu pour la voler ! A l'aide de mouvements de caméra amples, d'une maîtrise des ellipses et du sous-entendu, Lubitsch met alors en place un récit d'autant plus savoureux qu'il est court (1h22), mettant la gomme, ne laissant pas une seule séquence nous faire respirer. Si évidemment on ne se tape pas le cul par terre devant le film, force est de reconnaître que sa force comique, amplement maîtrisée et généreuse, est incontestable. Face à une Kay Francis particulièrement charmante et une Miriam Hopkins mutine, Herbert Marshall force le respect dans une partition hilarante, pouvant se targuer d'être un gentleman de bout en bout.
Autant pour son intrigue que pour son sujet ( Le racket obligé par 1 entourage à 1 héros pour vivre & "survivre"... ), ce polar un peu léger ne manque pas d'atouts; quoique l'ensemble et ses nombreux intermèdes pourront choquer ceux qui ne vivent pas - ou plus - en 1959.
Exquis… C’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce Trouble in Paradise qui apparaît comme une comédie étonnamment amorale et très fine. J’ai passé un fort agréable moment devant ce film subtil et intelligent, nous narrant les activités d’un escroc s’attaquant aux personnes du « grand monde ». Un film d’une grande élégance qui s’appuie sur de très bons dialogues et une interprétation de qualité, qui résulte d’un mélange entre jeu théâtral et expressionisme d’un acteur de muet. Une mise en scène de grande qualité, une photographie aux petits soins et une bande sonore pertinente, techniquement ce film est une réussite. Un humour qui m’a plu, sans pour autant me rendre hilare, mais en tout cas une grande joie ressentie durant ce film
Un couple d'escrocs intègre la haute société parisienne pour monter un gros coup. C'est quand on revoit un film comme celui-là, que l'on prend conscience de c'est qu'est un génie de la mise en scène. Tout est en finesse et subtilité, les femmes comme toujours chez Lubitsch sont intelligentes et indépendantes. Les relations entre les personnages sont tout en sous-entendus. Le contournement du code moral Hayes est presque un atout pour le film, tant il oblige à se surpasser dans le scénario. Il y a 80 ans Lubitsch définissait les règles de la comédie romantique, franchement je ne vois pas une seule originalité depuis. Pour les amateurs je vous conseille aussi "Ninotchka" et surtout "sérénade à trois" (son chef d'oeuvre).