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Un visiteur
5,0
Publiée le 24 juillet 2007
Chef-d'oeuvre de Bergman , un de plus. On est transporté dans ce voyage , avec les personnages , les souvenirs du docteur . Les personnages secondaires donnent une note comique au film. La psychologie entre les protagonistes y est fortement représentée , chacun peut se faire un avis , qui va changeant. Du grand art.
Jamais l'onirisme et le rêve n'ont été aussi bien traités que dans les films de Bergman. Les fraises sauvages en est une des preuves les plus évidentes tant le rapport du réel au rêve est subtil, ténu et se manifeste essentiellement dans des paroles lancées dans le vide que les autres personnages n'entendent pas. L'intrigue paraît simple de prime abord: un professeur répondant au nom d'Isaac se rend à Lund et, au cours de son périple, il se réconcilie avec lui-même et les fantômes de son passé. La narration menant le récit est fluide ainsi que les mouvements de caméra. Les dialogues s'enchaînent avec un naturel inimitable. La beauté plastique est toujours en clair-obscur, ne basculant jamais dans une forte concentration lumineuse ou dans une absence totale d'éclairage. Il y en a certaines qui sont drôles, à l'exemple des scènes de ménage, il y en a d'autres qui sont macabres comme lorsque le professeur imagine se voir dans un cercueil. A ce propos, on peut saluer la performance de Victor Sjöström qui est magistrale aussi bien dans sa retenue que dans la force qu'il confère à son personnage. En outre, la remémoration du passé par l'intermédiaire des fraises sauvages -qui sont à l'origine de ladite oeuvre- n'est pas sans rappeler la madeleine de Proust, cette comparaison révèle toute sa pertinence si on tient compte de l'atmosphère champêtre, bucolique, contemplative voire même conviviale. Dans l'absolu, les fraises sauvages sont une suite de la vie quotidienne, toutes brillamment mises en scène et agrémentées de dialogues à la fois ordinaires et dotés d'une certaine profondeur philosophique. Le génie de ce film réside particulièrement dans la subtilité et la sensibilité que Bergman a installé dans ce film. La mélancolie se traduit sur des visages, sur les branches des arbres, tous les plans étant maîtrisés à la perfection. Plus fondamentalement, les fraises sauvages peut se lire comme une leçon de sagesse à l'usage de la vieillesse à propos du temps qui passe, celui qui ne laisse de la vie qu'une pléiade de souvenirs confus et estompés et qui est magnifiquement symbolisés par une horloge sans aiguilles.
Juste une merveille. Ingmar Bergman signe ici l'un de ses films les plus douloureux, inquiet, onirique... Un voyage "initiatique" d'un personnage en pleine introspection. Superbe !
Voyage intérieur d’une douceur mélancolique, Les Fraises sauvages transforme un trajet banal en exploration vertigineuse de la mémoire et du regret. Avec une délicatesse presque irréelle, Ingmar Bergman entremêle rêves, souvenirs et rencontres pour composer une méditation sur le temps qui passe. La présence de Victor Sjöström, grave et fragile, donne au film une dimension profondément humaine, marquée par la solitude et la quête de rédemption. Chaque séquence semble suspendue entre réalité et introspection, comme si le passé affleurait constamment à la surface du présent. De cette simplicité apparente naît un chef-d’œuvre d’une émotion discrète mais persistante, qui touche à l’universel.
Un film sublime certes, mais dont les séquences oniriques (la première en l'occurrence) sont quelques peu déroutantes et paraissent vieillies aujourd'hui. En dehors de cela, les scènes de souvenir et la partie "road-movie" sont inoubliable.
Ingmar BERGMAN compte parmi les réalisateurs qui impressionnent tant le cinéphile que le chroniqueur, le spectateur que l'érudit. De par ses influences manifestes sur le cinéma depuis plus de 50 ans de par ses legs à la communauté sous la forme d'une filmographie difficile à prendre en défaut selon le consensus général.
Il y a comme ça dans la construction cinéphile que chacun se forge à son rythme, des étapes que l'on veut franchir, mais pour lesquelles il convient de se lancer au moment opportun. Patienter pour voir ce film pourtant culte qui vous manque et le voir dans les conditions idéales, faire preuve d'humilité et savoir quand on est près à recevoir une œuvre. C'est donc assez récemment que j'ai approché l'œuvre du génie suédois, mon premier film fût donc Le Septième sceau (1957), que j'ai trouvé brillant. Néanmoins alors que j'avais acheté le DVD des fraises sauvages le même jour, il m'aura fallu quasiment une année pour oser me confronter à un autre Bergman.
Mon premier ressenti, purement subjectif est qu'il est bien plus aimable et accessible même à un profane du cinéma bergmanien que ne l'est "le septième sceau", mais à y regarder de plus près est-ce vraiment le cas ?
Ingmar Bergman pose la question universelle : " Sommes nous préparés à notre jugement dernier ? " L'occasion qui est offerte à un vieux médecin à qui l'on dédie une célébration pour saluer l'ensemble de sa carrière, de profiter du voyage vers cet événement pour se questionner sur sa vie d'homme, convoque tout comme dans "le septième sceau" la dualité, l'opposition constante entre pulsions de vie et pulsions de mort, du chevalier revenu des croisades qui défie bravache la mort elle-même dans un duel aux échecs à l'introspection plus ou moins conscientes du docteur Isak Borg et sa capacité ou sa volonté à reconnaitre ses torts pour une fin apaisée obéissent aux mêmes schémas et aux mêmes symboliques.
Si dans "le septième sceau" la mise en scène puise dans l'expressionnisme pour figurer toute la charge symbolique, dans "les fraises sauvages" c'est une mise en scène plus romantique - dans le sens attribué à la littérature romantique du 18°, celle qui fût décrite par Alfred de Musset dans son "confessions d'un enfant du siècle" - qui se charge de ce symbolisme tout aussi présent.
Enfin un autre parallèle me semble évident en n'ayant vu que ces deux films du réalisateur, c'est l'acceptation tant de son destin pour ceux qui y croient qu'en ses choix et leurs conséquences. Alors "les fraises sauvages" plus accessible, plus aimable et moins exigeant avec son spectateur que ne l'est "le septième sceau" ? Aux premiers abords peut-être mais ensuite, j'en suis moins persuadé.
Quoi qu'il en soit ce film m'a emporté tout comme l'avait fait le précédent et je verrai sans aucun doute un autre Bergman, un jour prochain ou dans un an, et tant pis si tant que je ne connaitrai pas l'essentiel de son œuvre certains mettront en doute ma cinéphilie .
Un vieux médecin devenu misanthrope rêve à sa propre mort la nuit précédant une cérémonie organisée en son honneur. Le long trajet en voiture qu’il entreprend avec sa bru pour se rendre à la soirée hommage devient un road trip thérapeutique. Après avoir reçu de la bouche sa belle-fille ses quatre vérités au sujet de sa personne, il fait un arrêt pour visiter sa vieille mère qui lui fait voir de vieux objets ayant marqué son enfance, il fait un détour pour retourner voir la maison de campagne familiale. L’auteur se sert de ce prétexte pour nous dévoiler entre autres la grande blessure amoureuse de son personnage à l’origine de son mal-être. À partir de ce moment, le metteur en scène y met le paquet en nous ramenant dans le passé tout en conservant le vieil Isaac dans l’image. Il fait jouer par la même actrice la cousine Sara en flashback et la jeune et bienfaisante Sara qu’il rencontre par hasard et qui s’invite avec ses deux amis pour faire le reste du voyage avec eux. Tous les morceaux du film servent l’odyssée psychanalytique du protagoniste. Le génie de l’œuvre tient au fait qu’en filigrane on sent se dessiner une guérison chez le vieil homme. Avant de le voir se glisser dans son lit possiblement pour la dernière fois, on a le sentiment que sa journée lui a servi à faire la paix avec lui-même et avec ses proches. Une œuvre brillante du maître suédois par sa conjugaison parfaite entre le propos, la structure scénaristique et les éléments de mise en scène fidèles à l’approche théâtrale du réalisateur.
On peux qualifier ce film de road movie bien que le genre n’existait pas encore, en considérant que le départ et l’issue du voyage n’ont pas d’importance. Dans les yeux du personnage principal, Isaac, c’est en tout cas l’effet ressenti. Dans une volonté de parallèle entre la vie et les regrets d’Isaac, et le voyage présent qu’il est entrain de vivre, le triangle amoureux qu’il accueille dans sa voiture est un reflet de sa propre expérience avec son frère. Ce même triangle cependant accorde à l’inverse d’Isaac, beaucoup d’importance à l’issue du voyage, le Jubilee de son activité de docteur, une manière de nous rappeler comme de nombreuses fois dans le film, qu’il faut vivre pleinement sa vie, exprimer ses sentiments et apprécier son entourage.
Dommage que ce si beau film soit tellement ennuyeux non pour sa lenteur excessive mais parce qu'il aurait gagné à être plus rapidement explicite. Il a mal vieilli. À ce moment-là, Bergman n'avait que 39 ans. Il réalisa Sarabande à 86 ans et son approche de la vieillesse me semble autrement efficace.
Les films de Bergman sont des ovnis et celui-ci ne démord pas à la règle . Un road-movie poétique et étrange aux images marquantes par l'utilisation géniale ( du noir ) et blanc . Difficile malgré tout de comprendre le pourquoi du comment ; mais bon l'intérêt de ce genre de film réside avant tout à faire travailler l'imagination du spectateur non ?