Un beau film très nostalgique, à travers lequel Bergman fait l’examen de conscience d’un vieux médecin devant l’approche de la mort, doublé d’une réflexion du temps qui a passé.
Si, année après année, visionnement après visionnement, Les fraises sauvages d’Ingmar Bergman conserve toujours ses mêmes et nombreuses saveurs c’est avant tout lié au caractère atemporel et intemporel donc impérissable du film. Ici, le cinéaste suédois se plait à brouiller puis effacer l’espace-temps. L’itinéraire emprunté par le personnage principal (Victor Sjöström) accompagné par sa belle-fille (Bibi Andersson) est rétrospectif. Il déroule avec une grande subtilité une large gamme de tonalités. Ce parcours d’un homme âgé et usé peut être perçu rétrospectivement comme un autoportrait anticipé du cinéaste suédois.
Bergman n'a pas qu'un talent technique, il a le talent de la clarté, même quand elle passe par le scénario. Quoique je n'aie pas personnellement trouvé que Le Septième Sceau cassait des briques, je dois reconnaître que le produit de son imagination est toujours incroyablement explicite, même filtré par le prisme de la créativité. Si certains créateurs ne peuvent pas créer sans faire déferler le résultat à la manière tumultueuse d'un torrent, Bergman est un fabriquant de ruisseaux tranquilles d'où naissent des réussites océaniques.
Les Fraises sauvages associe les rêves aux souvenirs, le plaisir de se connaître à la crainte de se méconnaître, le tout plongé dans le bain d'un road movie nordique somme toute bien agréable, même si l'on y perd la notion du temps. Les acteurs sont fantastiquement vivants, ce qui nous fait remettre en question l'utilité d'avoir une culture du cinéma comme en France ou aux États-Unis quand un seul homme peut la créer de toute pièce et en faire quelque chose d'aussi grandiose. Victor Sjöström n'a pas une carrière d'acteur aussi grande que de réalisateur, et c'est à se demander si on ne doit pas le regretter... au même titre que le reste du casting. La fin de cette œuvre ne pouvait être que trop violente et c'est parfait qu'elle se fasse dans la suggestion.
Bergman a beaucoup de choses à dire, mais il n'a pas son pareil pour les agencer avec sang-froid. Alors il peut se permettre de nous parler d'égoïsme, de vieillesse, de mort, et de faire un film qui soit agréable sans culpabiliser le spectateur. Je finirai avec un mot sur sa maîtrise de la lumière, qui m'a fait m'exclamer plus d'une fois.
Le grand cinéaste suédois Victor Sjöström (auteur des chefs d’œuvre du muet que sont La Charrette Fantôme 1921 et Le Vent 1923) joue le rôle du Professeur Isaac Borg , 75 ans, qui va de chez lui à Lund en voiture recevoir son diplôme de doctorat jubilaire marquant ses 50 ans de médecine. Sa bru Marianne l’accompagne, illuminant tout le film, comme le fait toujours Ingrid Thülin, par sa beauté éclatante, son expressivité et la question qu’elle porte : avoir un enfant alors que son mari Evald (Gunnar Björnstrand qui joue souvent des rôles tourmentés chez Bergman) n’en veut pas. Ils prennent en stop trois jeunes gens dont Sara (Bibi Anderson, toujours pétillante) rappelle au professeur Borg sa cousine Sara qu’il a aimée. Le film est alors entrecoupé des rêves de Borg qui reconstitue le temps de sa jeunesse et de son enfance vers 1917, à l’époque où, près du fjord, il cueillait des fraises des bois avec sa cousine. Enfin, après plusieurs péripéties et explications, on arrive à Lund chez Evald que Marianne avait quitté après une crise. Le père et le fils se rendent compte qu’ils ont été gagnés par la froideur de la mort, et, juste à temps, arrivent peut-être à exprimer leurs sentiments. Dans la dernière scène Ingrid Thulin resplendit comme une étoile dans sa robe de bal et embrasse le professeur qui s’endort. Sjöström 79 ans, joue excellemment la fatigue de cet âge, car justement, il la ressentait pendant le tournage, Bibi Anderson qui terminait sa relation avec Bergman éclate de dynamisme et d’amour un peu ironique, Ingrid Thulin (1926-2004) qui était une immense actrice qui ne s’est pas mise en avant mais reste la plus grande comédienne suédoise transforme le film autour de la question vivre ou pas, qui ressurgit dans tous les films de Bergman. La beauté de la photo noir et blanc s’exprime à la fois dans les visages et la paysages et les cadrages souvent complexes ne le sont jamais inutilement. Comme tsouvent chez Bergman on pense qu’il s’agit d’une pièce de Tchékhov déjà jouée maintes fois, au découpage rodé, qu’il ne s’agissait plus que filmer en extérieur. Les Fraises Sauvages a toujours été un des mes trois films préférés, je n’en n’ai pas honte car je partage cet avis avec beaucoup d'autres cinéphiles, Stanley Kubrick, notamment.
Un vieux médecin devenu misanthrope rêve à sa propre mort la nuit précédant une cérémonie organisée en son honneur. À travers les propos tenus par les membres de son entourage on com-prend qu’Isaac Borg est un être égoïste, froid et entêté. Le long trajet en voiture qu’il entreprend avec sa bru pour se rendre à la soirée hommage devient un road trip thérapeutique. Après avoir reçu de la bouche sa belle-fille ses quatre vérités au sujet de sa personne, il fait un arrêt pour visiter sa vieille mère qui lui fait voir de vieux objets ayant marqué son enfance, il fait un détour pour retourner voir la maison de campagne familiale. L’auteur se sert de ce prétexte pour nous dévoiler entre autres la grande blessure amoureuse de son personnage à l’origine de son mal-être. À partir de ce moment, le metteur en scène y met le paquet en nous ramenant dans le passé tout en conservant le vieil Isaac dans l’image. Il fait jouer par la même actrice la cousine Sara en flashback et la jeune et bienfaisante Sara qu’il rencontre par hasard et qui s’invite avec ses deux amis pour faire le reste du voyage avec eux. Tous les morceaux du film servent l’odyssée psychanalytique du protagoniste. Le génie de l’œuvre tient au fait qu’en filigrane on sent se dessiner une guérison chez le vieil homme. Avant de le voir se glisser dans son lit possiblement pour la dernière fois, on a le sentiment que sa journée lui a servi à faire la paix avec lui-même et avec ses proches. Une œuvre brillante du maître suédois par une conjugaison parfaite entre la structure scénaristique et le propos.
Dès les premières notes, on a l'impression d'être chez Ozu. Le thème de la nostalgie y est superbement évoqué. Le passé qui se reforme à travers les images qui reviennent au personnage. Que c'est beau quand le vieil homme rentre dans la maison au moment où le repas va être servi et qu'il voit véritablement tout sa vie antérieure renaître..... Les images sont magnifiques et le simple regard ou le sourire sont évocateurs d'un monde dont il ne reste que des regrets. On ne peut nier comme il le dit lui-même que tout ça ne peut apporter que "vide et tristesse", mais je suis persuadé qu'ils peuvent également représenter une source de jouvence certes temporaire mais ô combien salutaire pour l'esprit et le bonheur fugace qu'il procure devient pierre angulaire d'une vie encore meilleure.
Voilà enfin un Bergman qui me plaira durablement, sans condition ou presque. Je ne détaillerai pas son scénario, toute analyse ne servant qu'à paraphraser ce que dit le film, certes subtilement, mais sans se cacher, loin de là. Ainsi, rien de ce que j'ai pu lire sur Les fraises sauvages ne m'a paru toucher à son mystère, ce mystère de l'émotion, du souvenir et du temps sur lequel Bergman se juche, reconstituant par son art les remous intimes de ses doutes pour pouvoir les fixer et ainsi en extraire un peu plus la saveur. Et c'est ça, précisément, que j'attend d'un cinéma aussi introspectif ; qu'il se détourne définitivement des petites scories discursives qui paralysaient Le Septième Sceau, film relativement proche dans son interrogation métaphysique mais qui adoptait un regard trop collectif pour ne pas perdre en profondeur et céder au schématisme par moments. Ici, Bergman demeure à chaque instant, qu'il pénètre directement la psyché de son personnage par les rêves ou se pose à ses côtés le temps de longues séquences de dialogues thérapeutiques, dans la plus pure intériorité ; le cheminement de l'image est celui d'une seule âme, d'une seule conscience qui examine et scrute avec fascination et un œil quelque peu incrédule les ramifications d'une existence qui à l'heure de son crépuscule parait se dissoudre dans le Temps au gré de souvenirs autonomes et de réincarnations qui ne lui appartiennent plus. Même quand il se penche sur d'autres personnages, Bergman le fait en adoptant la picturalité (au sens propre comme au sens figuré) propre à l'âme dont son film est à la fois la béquille et le tableau. Voilà comment je peux être durablement touché, par cette sincérité et ce dévouement total à un personnage dont le chant du cygne possède la saveur immortelle des peurs et des vibrations qui ne s'éteindront qu'avec l'humanité.
C’est l’histoire d’un professeur de médecine, joué par Victor Sjöström (78 ans), grand réalisateur du cinéma muet suédois, qui rejoint en voiture, en compagnie de sa belle-fille (Ingrid Thulin, 28 ans) la ville de Lund, à l’extrême sud de la Suède, où il doit recevoir une distinction honorifique. Le film est entrecoupé de 2 rêves (dont l’un annonce sa mort) et de ses souvenirs d’enfance (où il partageait des fraises sauvages avec sa cousine). N’en déplaise aux admirateurs de Bergman et bien que le film ait reçu l’Ours d’Or au festival de Berlin en 1958, c’est ennuyeux et assez théâtral ; c’est logique car Bergman a déclaré dans le passé : « pour moi, le cinéma, c’est avant tout du théâtre »). Par contre, la photographie est d’une grande beauté. Point de détail, il y a une scène d’accident de voiture dans le film ; on constate que les automobiles roulaient à gauche à l’époque. Il faut rappeler que la Suède est passée à la circulation à droite (comme ses voisins danois, norvégiens et finlandais) le 3 septembre 1967 à 5 H du matin.
Ingmar Bergman signe un road-movie contant le trajet d'un vieux médecin allant chercher une récompense. Si les rencontres ne sont pas des plus passionnantes, le récit est ponctué de séquences oniriques formidables illustrant à merveille les doutes du personnage sur la façon dont il a mené sa vie.
Il est déjà absurde d'en venir à noter Bergman : il est certain que même les plus grands cinéphiles auraient du mal à saisir tout ce qu'il veut dire. Par les émotions, il fait passer beaucoup de son cinéma: atypique, plaisant, mystique, incontournable, les fraises sauvages est un des plus beau film de l'histoire du cinéma sans aucun doute.
Un vieux médecin de 78 ans vit seul avec sa gouvernante dans une grande maison au sein de laquelle il se tient loin de ses semblables. Invité à fêter le jubilé de son doctorat (50 ans après son obtention), le voyage de 8 heures va lui permettre de faire le point sur sa vie. La mort s’approche, durant le trajet, des rencontres mais aussi la visite des lieux de sa jeunesse vont faire office de psychothérapie. Mon premier Ingmar Bergman : une mise en bouche, vivement l’entrée… Et oui !!! Une bonne expérience pour un auteur dont on dit qu’il est difficile d’accès. Le film s’ouvre sur l’environnement du vieux monsieur que l’on sent socialement isolé, entouré uniquement par sa gouvernante. Un long monologue ponctué par de gros plans sur des photos de famille nous fait comprendre que cet homme a tout donné à sa carrière et est passé à côté d’une vie sociale riche avec les siens. Plus tard, on comprendra que ce vieil homme est lui aussi une victime… d’un « utérus froid ». Constamment entre réalité et rêve, à travers 4 rêves ou incursion dans le passé, les blessures du vieil homme, ses ratés mais aussi sa peur de la mort vont nous permettre de comprendre le trajet intellectuel effectué par cet homme durant ce road movie. Durant ce trajet, il va rencontrer sa mère (héritage de sa froideur), son fils (à qui il a transmis le mal familial), sa belle-fille (si loin de lui… mais si proche une fois devenu plus humain), Sara son amour de jeunesse (écho de Sara l’autostoppeuse qui lui permet de comprendre son échec de jeunesse), une baudruche lui ressemblant fortement (le reflet de son identité qui se brouille du fait de son introspection), un couple se déchirant (conscience du propre couple de son fils),… Car ce film est un road movie brillant par sa réalisation mais surtout par sa réflexion intelligente et intense sur l’existence. Ce scénario philosophique aurait pu être ennuyeux car lent et entêtant avec une touche d’expressionnisme, mais que nenni, le voyage introspectif prenant la forme d’une remise en question totale d’une vie entière est passionnant. A l’issue de ce bref trajet, le vieil homme va user du peu de temps qui lui reste à combler le fossé creusé avec les siens. Jusqu’au final, qui à défaut d’être plombant, permet au vieil homme de retrouver une harmonie intérieure pour finir sa vie dans une paix quasi enfantine, est une réussite. Un beau film de méditation sur la vie et son sens, la mort et sa peur, le bonheur, la culpabilité, l’altruisme et l’amour. Pas intello du tout, modeste, sensible et intelligent de bout en bout.
Malgré l'ennui que j'ai parfois ressenti pendant la lecture du film, j'ai été énormément séduit par la qualité des dialogues et du scénario. J'ai apprécie la façon avec laquelle Bergman peint la fin de vie de ce vieil homme. Le réalisateur utilise des techniques de narration intéressantes et très novatrices à l'époque. A travers le voyage du héros, on peut déceler la mélancolie, la bonté, les conflits entre les générations... Les fraises sauvages est vraiment un film intéressant
Un film sublime certes, mais dont les séquences oniriques (la première en l'occurrence) sont quelques peu déroutantes et paraissent vieillies aujourd'hui. En dehors de cela, les scènes de souvenir et la partie "road-movie" sont inoubliable.
J'ai mis très longtemps à découvrir "Les fraises sauvage"s de Bergman, ayant commencé par ses oeuvres antérieures, "La nuit des Forains", "Monika"," Rêves de femmes" - formidable aussi - et "Jeux d'été", peut-être mon préféré avec "La Source", film puissant. Mais j'aime aussi "A travers le miroir"," Le silence", "Persona" et bien sûr "Fanny et Alexandre". Cependant "Les fraises sauvages" possède une densité inégalée, une nostalgie bouleversante, qui nous le fait toujours revoir avec plaisir. Bergman a un art sans pareil pour décrire le temps qui passe, la vieillesse et la mort approchante, mais aussi les conflits familiaux, la vie, et les relations amoureuses. Peut-être est-ce l'un des films les plus universels de son auteur, celui dans lequel chacun peut y puiser une leçon de vie, une approche sensible des êtres, et un reflet à son propre miroir. De par la justesse du regard qu'il pose doucement sur les êtres, Bergman inspire le respect, et Les fraises sauvages tort le cou aux idées toutes faites et à ses détracteurs qui voudraient l'enfermer dans la case du cinéma d'auteur hermétique et inaccessible. Si l'écriture est le point fort de l'auteur du 7ème sceau, ce film n'en reste pas moins un modèle de mise en scène et de cinéma tout court, chaque plan étant conçu pour faire apparaître à la finalité une sorte de long travelling sur le parcours d'un homme aux confins de sa dernière saison. Profondément lucide, le film nous rappelle qu'une vie ne peut se satisfaire de son déroulement, sans y apporter de compréhension véritable.
On ne dira jamais assez à quel point Bergman a marqué le cinéma mondial, je ne connais pas d'autres cinéastes, à part Tarkovski peut-être, qui est allé si loin dans l'exploration intérieure de l'être humain. Son travail est unique à tous points de vue, et il est bon de le rappeler aussi souvent que possible.
Sorti juste après "Le septième seau", "Les fraises sauvages" nous plonge dans un road-movie tournant autour de thèmes comme la vieillesse, la mort et la nostalgie. Parfaitement maitrisée par Ingmar Bergman, l'intrigue du film est captivante avec une touche d'onirisme appréciable et beaucoup de poésie. Du grand cinéma !