Synopsis : Dans un collège de Rome, un professeur dénommé Dodo est en pleine dépression. Silvia, sa femme vient de le quitter pour un autre homme. Il ne cesse de penser à leurs ébats érotiques passés. En rendant visite à son exhibitionniste de père, Dodo fait la connaissance de Fausta, la servante de la maison. Cette jolie fille au tempérament torride va rapidement lui faire oublier ses déboires conjugaux. Plus tard, Dodo fait la rencontre de Pascasie, une ravissante étudiante métisse dont il va tomber amoureux…
Si Le Voyeur – L’Uomo che guarda est sorti sur les écrans en 1994, ce projet remonte en fait presque dix ans en arrière, mais avait dû être mis de côté suite à la mort de l’écrivain et journaliste Alberto Moravia. En effet, dès la publication du roman publié en France sous le titre L’Homme qui regarde, Tinto Brass désire l’adapter et ce avec la bénédiction de l’auteur avec lequel il était très ami. Avant le décès d’Alberto Moravia en septembre 1990, le cinéaste avait été obligé de reporter cette transposition. Suite à cette disparition, les deux anciennes compagnes de l’intellectuel transalpin s’en mêlent et refusent finalement que le nom illustre de l’auteur soit mentionné par Tinto Brass si son projet venait à naître. C’est finalement ce qui arrive en 1994. Le maître du cinéma érotique s’en donne à coeur joie et celui-ci plonge une nouvelle fois le spectateur dans son univers personnel, teinté de décors tiré du théâtre avec ses toiles peintes, dans lesquels déambulent des comédiennes aux formes très rebondies, allant là où Federico Fellini n’avait su ou pu s’engouffrer, parfois même jusqu’aux frontières de l’anatomie féminine, le tout sur une musique de Riz Ortolani qui mise sur le « sexophone ».. Ode au plaisir et, comme si son titre l’indique, au voyeurisme, « qui n’est pas une perversion, ni un vice, mais une vertu » comme l’a souvent indiqué Tinto Brass au cours de sa vie et de sa carrière, Le Voyeur n’est pas son opus le plus célèbre, mais reste marqué par quelques belles fulgurances et certains délires qui lui sont propres. Et puis, soyons honnêtes, L’Uomo che guarda demeure un film que l’on peut aisément qualifier de bandant.
Eduardo (surnommé Dodo par son entourage) enseigne la littérature française dans une faculté. Sa vie sentimentale n’est pas au beau fixe depuis sa séparation avec sa fiancée Silvia. Peut-être est-ce dû au fait que, faute de moyens financiers, le couple était obligé de partager le vaste appartement du père de Dodo, Alberto, un ancien professeur d’université, aujourd’hui retraité et confiné dans un lit après une mauvaise chute l’ayant privé de l’usage de ses jambes. Toujours est-il que Silvia a une liaison avec un autre homme dont elle refuse de divulguer l’identité à Dodo. Ce dernier est toujours amoureux de Silvia, qui reste l’objet de ses fantasmes. Dragué par une étudiante, puis intrigué par les rapports que son père entretient avec son auxiliaire de vie, la ravissante Fausta, Eduardo ne parvient cependant pas à chasser son ex-copine de son esprit. Et puis, une question le taraude : qui peut bien être son rival ?
Les aficionados de l’univers de Tinto Brass ne seront pas dépaysés. Tout y est et Le Voyeur est même une belle porte d’entrée au cinéma de l’intéressé. Évidemment, sans surprise, ce que l’on retient avant tout est la beauté des comédiennes et de ce point de vue, le réalisateur nous a encore gâté avec d’un côté la (blonde) polonaise Katarina Vasilissa (alors mannequin de Playboy) et de l’autre l’italienne (brune) Cristina Garavaglia. La première apporte un charme original au « harem » de Tinto Brass avec sa beauté de l’est et ses yeux bleus de félin, s’offrant volontiers à la caméra et donc aux spectateurs, en dévoilant son corps sculptural, même si étonnamment moins généreux en ce qui concerne le fessier, habituellement plus proéminent chez l’amico Tinto. La seconde rentre plus dans le carcan des créatures qu’affectionne le cinéaste avec sa large bouche et ses formes voluptueuses. Du point de vue dramatique, Cristina Garavaglia s’en sort nettement mieux, dans un rôle pourtant plus secondaire et celle-ci fait penser à un personnage échappé de chez Pedro Almodóvar. Peu de choses marquantes en ce qui concerne sa carrière, à part une incursion chez Dino Risi en 1996 pour Giovani e belli, l’un des derniers longs-métrages du maître. Le Voyeur est pour ainsi dire son moment de gloire, d’autant plus qu’elle vole la vedette à chaque apparition.