J'avais vu Irréversible l'année de sa sortie, en 2002, mais pas en salle et pourtant j'ai quand même été extrêmement secouée. Je le revois aujourd'hui, 22 ans plus tard, sans doute mon côté maso sachant ce qui m'attendais. Résumer ce film aux seuls sentiments de scandale et de dégoût serait largement incomplet ; pire, ce n'est qu'une mise en bouche, si j'ose m'exprimer ainsi : c’est dur, puissant, glauque, malsain, violent, sauvage, sanglant, fort, intense, insoutenable, choquant, marquant.
J'ai énormément aimé ce film, à part les premières vingt minutes et ces mouvements de caméra tourbillonnant incessamment au point de me donner la nausée. Même si j'ai bien conscience de l'intérêt de cet effet, qui représente parfaitement les tourments de l'âme et surtout le chaos qui règne lors de la découverte de l'horreur puis de la vengeance qui s'ensuit.
Le choix de Gaspar Noé de faire un film antéchronologique, "à l'envers", est extrêmement judicieux. On ne se demande plus alors ce qui va arriver, mais comment on a pu en arriver là, à un drame aussi monstrueux et à une telle sauvagerie. Au fil des scènes, le chaos et la colométrie rouge des débuts s'estompe.
Puis on arrive à la scène charnière, celle qui a tant fait jaser: Le viol d'Alex, personnage campé par Bellucci. Une scène jamais vue au cinéma, d’une violence et d’une horreur si extrêmes que vous aurez bien du mal à ne pas détourner pas le regard. L’intégralité de cette scène-là dure en tout plus de 10 minutes, dont 9 minutes et quelques de pure horreur. Je ne supporte pas tous ces gens que j'ai pu lire ou entendu dire que c'est de la violence gratuite. Chaque viol ne se termine heureusement pas comme ici, mais c'est une réalité, et G. Noé a le mérite de montrer la réalité. Et oui ça dure longtemps un viol, ça dure rarement 20 secondes comme dans les autres films, et bien souvent plus longtemps que 9 minutes. Alors ceux qui ne supportent pas sortent de la salle, c'est leur droit, mais qu'on ne dise pas que c'est une provocation de plus du réalisateur. C'est une scène anthologique et nécessaire.
La fin (ou plutôt le début, chronologiquement), avec pour fond sonore la 9ème symphonie de Beethoven, est
bouleversante.
La chronologie étant inversée, on sait ce qui va arriver après cette toute dernière scène
magnifique où je me souviens avoir énormément pleuré
. Je pense que cela n'aurait pas été aussi intense avec une chronologie classique. À la lumière de cette dernière scène, je n'ai pu m'empêcher de me repasser en tête les horreurs, comme pour comprendre. Mais il n'y a rien a comprendre. La fatalité, ou le destin, la monstruosité de certains humains.
Et tout bascule en à peine quelques heures.
Il y a deux scènes insoutenables, mais cela n'en fait pas moins un chef d'oeuvre. Et dire qu'au début Gaspar Noé voulait juste faire un film érotique avec Cassel/Bellucci afin de financer le suivant, Enter The Void, qui lui tenait bien plus à coeur. Heureusement que ces deux-là on refusé et qu'il a de fait dû trouver un scénario plus consistant à leur proposer! Sans cela ce film culte qui aura tant fait parler n'aurait jamais vu le jour.