Si on doit le scénario de sa pépite Drive à l'adaptation d'une nouvelle de James Sallis par Hossein Amini, il n'est un secret pour personne que le film choc de l'année 2011 doit beaucoup à la cinéphilie de son metteur en scène Nicolas Winding Refn, et à un parterre d'influences variées mais d'un goût très sûr. Parmi elles, Bullit, The Driver ou encore A Bittersweet Life, mais aussi ce Thief, à qui le succès cannois du Driver Ryan Gosling aura offert une seconde jeunesse, c'est-à-dire une seconde sortie cinéma. Une seconde chance en salles pour le premier long-métrage de Michael Mann a les avoir envahies, après quelques expériences dans le documentaire et le téléfilm Comme un homme libre, que je n'ai pas vu mais qui jouit plutôt d'une flatteuse réputation. Ici, ce qui impressionne d'abord, c'est de constater à quel point tout le cinéma de celui qui réalisera Heat ou Collateral est en place. Sa fascination pour la nuit urbaine d'abord, qu'il restitue indemne à l'écran par des éclairages splendides, des néons à profusion, des jeux de reflets qui donnent une vie à l'immatériel. Si ce travail sur l'atmosphère annonce bel et bien l'impressionnisme du polar eighties en tranchant avec les images cassantes de la décennie précédente, il apparaît également comme la meilleure preuve de l'analogie entre Thief et Drive. Comme chez Nicolas Winding Refn, le couplage de ces images aux traînées lumineuses réminiscentes à une BO prégnante distord l'espace-temps, jouant sur la perception de l'évolution du récit. Si le procédé est moins hypnotisant ici, c'est certes peut-être parce que Mann maîtrise moins bien sa palette formelle (certes, personne n'a à lui apprendre grand chose en matière d'environnement urbain, mais Drive était le 7ème long-métrage de son réalisateur quand il s'agit ici d'un coup d'essai) mais aussi parce qu'il s'essaye à un développement bien plus fouillé de son personnage principal, qui implique de poser une réalité un peu plus consistante et donc de moins s'adonner à une contemplation impressionniste. Le temps déjà de signaler ses interrogations sur la virilité et de tracer son sillon dans le néo-noir, s'emparant de l'emprise qu'à le genre sur ses personnages. Et aussi, déjà, de regarder la ville comme un ensemble multi-directionnel, dans lequel perdre son héros n'est rendu que plus facile par l'omniprésence qui lui est conférée. J'ai aussi vraiment appréciée les libertés prises par le montage pour travailler la temporalité de l'intrigue, et faire comme dans Drive (quand je vous dis que la filiation crève les yeux, et pas que formellement !) de la romance qui se noue un intermède onirique dans une marche inarrêtable. Et puis surtout, Thief est l'occasion de retrouver un très bon James Caan, qui érige une figure solide sans oublier d'en dévoiler les compartiments annexes. Je regrette simplement l'utilisation un peu naïve d'une certaine imagerie (la scène de la plage comme décor utopique, qu'on retrouvera d'ailleurs dans Manhunter, du même Michael Mann) et le mauvais goût de la dernière fusillade dont les ralentis ne sont pas (plus ?) du plus bel effet. Dans l'ensemble, Thief est quand même un film noir de qualité, d'ailleurs sans doute trop vite oublié.