Je n'avais pas revu de Fassbinder depuis que j'ai vu l'excellent Roulette Chinoise. Je continue cette fois avec un autre superbe titre : Les dieux de la peste. Je le dis à chaque fois, mais les titres de Fassbinder, c'est quelque chose. On a immédiatement envie de voir le film et on est tout de suite plongé dans l'ambiance. On sent qu'on aura quelque chose de triste, de froid et macabre.
Et c'est exactement ce qu'est ce film. Quelque chose de beau, sombre, sans espoir. On retrouve la mise en scène sublime de Fassbinder, quel grand réalisateur qui a un sens du cadre juste inouï. J'adore cette scène sur la fin où ils marchent dans un supermarché en passant devant ces grands miroirs. Grandiose. Ou bien cette scène où le héros est dans le lit avec une fille qui a un portrait géant d'elle au dessus de son lit. On va dire que ça marque. Et pas qu'un peu.
L'histoire quant à elle est vraiment très simple et ce n'est pas l'intrigue en elle même qui est intéressante, c'est les personnages. Voir ces petites frappes taciturnes, peut-être un peu déprimée s'aimer, se haïr, se quitter, se trouver. On sent que le personnage principal, malgré son noir déprimé, triste, a une force en lui, qu'il ne faut pas trop le faire chier, c'est le genre de mec qui en a bavé, qui ne veut pas en parler et qu'il peut éclater n'importe quoi. Et ceci juste par son air dépité, sa façon monocorde de s'exprimer. Disons qu'il est intrigant. J'aime beaucoup aussi les deux personnages féminins qui sont vraiment intéressants, surtout la blonde bouclée du début qui est juste émouvante lors de la scène finale.
Après je ne pense pas que ça soit le meilleur film de Fassbinder, loin de là. Mais ça reste foutrement sympathique de suivre pendant 1h30 ces petites frappes. Et chose enviable on n'a pas envie d'être comme elles, ce n'est pas une apologie du crime ou autre. C'est juste des gens normaux, un peu gauche, qui ont leurs problèmes, leurs femmes, etc. Ici contrairement à beaucoup de films sur le milieu ils semblent surtout misérables.
Après avoir satisfait les nécessaires obligations consécutives au lever, je me suis dit "dis donc mon p'tit pote, ça fait un petit moment que t'as pas pris de ton temps pour un Fassbinder !". En ayant un à portée de main, dont acte ! Bon, pour peu que l'on soit un minimum familier, les premiers du films du Rainer sont particuliers dans la forme. Ressemblant énormément aux films de la Nouvelle Vague Française, ils peuvent par conséquent très rapidement exaspérer. Ce n'est pas le cas des "Dieux de la peste", mais il faut quand même avouer que certains passages sont trop longs et d'un ennui profond. Et manque de bol pour nous, ce sont précisément ceux-là que Fassbinder filme en se regardant le nombril. Mais d'autres ont bien plus d'intérêt à faire valoir. Non pas parce qu'il s'y passe quelque chose de concret, mais grâce au contraste saisissant qu'ils mettent en scène. On notera la quasi habituelle présence d'Hanna Schygulla, mais ça ne fait pas tout. Tel un Lucky Luke du cinéma, Fassbinder était prolifique et tournait plus vite que son nombre, il était bien évident que certains films soient laissés de côté sans trop de scrupules.
Dans une thématique aussi fermée que Fassbinder, on ne peut que jouer le comparatif entre ses films ; l'objectivité et l'absolu se résumeraient sinon à tout répéter. Ainsi, dans l'évolution de ce réalisateur, cette oeuvre marque comme un tournant : si tout est dans le même style, la musique n'est plus unique ni répétitive, les acteurs récitent moins, la lenteur s'estompe...mais l'histoire reste complètement incompréhensible, comme le titre