Hanté est un film peu connu réalisé par le vieux routier de Lewis Gilbert, pourtant, ce métrage, certes d’un certain académisme, anticipait Le 6e sens et Les Autres, avec peut-être moins de maîtrise, mais pas sans poésie.
Je dirai que côté casting déjà on a d’excellents acteurs, avec une mention spéciale pour la très jeune Kate Beckinsale qui est en quelque sorte la petite perle du film. Resplendissante, souvent nue (mais comme elle le dit elle-même, elle est ce qu’il y a de plus beau !), elle joue parfaitement la fausse candeur dans un rôle énigmatique et quelque peu pervers. Elle a été parfaitement choisie, comme Aidan Quinn dans le rôle du héros, qui convient tout à fait à son personnage, en particulier par sa présence physique. Il a le type du professeur américain perdu en Angleterre ! Anthony Andrews est bon lui aussi, mais je pense qu’il est la seule erreur de casting, car beaucoup trop vieux (il approche alors des cinquante ans) pour jouer son personnage (en plus d’être en gros décalage avec Beckinsale qui a tout juste la vingtaine au même moment, la différence est énorme et visible pour un frère). Le reste des acteurs est top et évolue dans un film très élégant. Les décors, la photographie lumineuse, l’ambiance sonore, la musique, tout est vraiment très beau et raffiné dans ce métrage qui séduit par son soin des détails et sa poésie visuelle, emmené par le travail d’un Gilbert certes classique mais fin connaisseur de son art. Le film fait plus vieux que son âge, on pourrait, par certains effets, par sa photo, son ambiance, sorti des années 1980, mais il en gagne un charme supplémentaire d’authentique. Vraiment, j’ai été très emballé par la forme qui convient parfaitement à la dimension conte fantastique pour adulte.
Le scénario est tiré d’un livre, et même s’il m’a emballé, là se trouvent aussi les bémols. Oui, le film séduit, notamment par son idée qui anticipe comme je le disais des métrages comme le 6e sens ou Les Autres. Maintenant, il y a des incohérences, le concept est moins bien développé que dans ces deux films, ce qui mène à une fin moins crédible, d’autant que cette même fin s’avère tortueuse et un peu laborieuse narrativement. Si tout le film est globalement prenant (certains déploreront peut-être un rythme lancinant mais qui pour moi sert le métrage), emmené par sa poésie noire, son ambiance d’une séduction malsaine, l’étrangeté de certaines séquences, il n’en reste pas moins que l’idée scénaristique qui tient l’ensemble est bancale et laisse, en fin, un petit goût de déception ou d’inachevé.
Il n’en reste pas moins que Hanté est un film très joli, charmant, d’une douceur vaporeuse trompeuse ! A voir, ne serait-ce que pour la beauté irradiante de Kate Beckinsale dans ce métrage. 4.