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Un visiteur
5,0
Publiée le 11 mai 2009
Synopsis: Johnny McQueen, dirigeant d'une organisation clandestine irlandaise (IRA) est blessé et tue un homme lors d'un hold up visant à remplir les caisses de l'oragnisation. S'en suit une course contre la montre, la police traquant le coupable, ses amis cherchant à le retrouver tandis que Johnny s'affaiblit progressivement... A mon avis, un des meilleurs films de tous les temps... Ce qui est le plus frappant est la poésie, la mélancolie qui s'en dégage (le film visant plus à être un bilan métaphysique et une recherche sur le comportement humain qu'un film à suspens) : tout d'abord par le jeu des acteurs: James Mason est plus que touchant dans le rôle de Johnny, il est dur de pas avoir le ventre noué en le voyant s'affaiblir progressivement tandis qu'il devient un jouet à la merci des réactions des autres; le désespoir est tellement parlant dans ses yeux... Il est secondé avec brio par Kathleen Ryan dans le rôle de la femme amoureuse, Robert Newton dans celui d'un peintre fou et alcoolique avec mention spéciale pour F.J. McCormick qui fait penser aux moineaux même qu'il élève et à Denis O'Dea dans le rôle de l'inspecteur sur les traces de Johnny (il apporte une dimension trouble aux 2 scenes avec Kathleen, poussant à se demander s'il n'éprouve pas une certaine attirance pour elle???). Du côté image le film est en lui même une vraie oeuvre d'art, que cela soit aux niveaux des cadrages, des décors ou de l'atmosphère (transformation du temps qui rend compte de l'évolution du film: soleil, pluie puis neige) et le noir et blanc sert magnifiquement cette perspective. Enfin la musique de William Alwyn appuie la dimension émotionelle du film, surtout pour le thème de Johnny qui laisse entendre à l'avance son destin...
"Huit heures de sursis" occupe une place particulière dans la filmographie de Carol Reed. C'est en effet ce film qui lui a permit d'ouvrir sa carrière à l'international. Après visionnage de cette oeuvre, ceci semble tout à fait légitime. Le spectateur est donc ici plongé en Irlande, au début du XXème siècle. Nous y découvrons des indépendantistes, qui, pour parvenir à frapper le gouvernement et se procurer des fonds, décident de braquer une banque. Seulement le braquage tourne mal et l'un des hommes, le superviseur du braquage, tue un caissier et est blessé dans la lutte. Touché à l'épaule, abandonné dans la poursuite par ses amis, cet homme n'aura d'autre choix que d'errer seul dans les rues de Belfast. C'est là la grande force du film. En effet, au lieu de se centrer sur le combat pour l'indépendance, Carol Reed décide de décrire la société et les hommes qui la composent durant la guerre. Ainsi, en compagnie du personnage principal, Johnny McQueen (immense James Mason), nous sommes amenés à rencontrer des personnes touchées en plein coeur par ce conflit. Tandis que certains aimeraient aider McQueen mais sont contraints de le voir partir en raison de la police qui est à ses trousses, d'autres profitent de lui, comme ce peintre, s'en servant de modèle alors qu'il est mourant devant lui. Cette galerie de personnage est filmée avec une grande élégance par Reed, qui nous dépeint un Belfast splendide de nuit, sous la pluie et la neige. De plus, la beauté de la mise en scène est renforcée par de superbes compositions signées William Alwyn. Les musiques accompagnent le spectateur dans cette oeuvre à la fois sombre, belle et tragique, portée par un James Mason superbe de retenue dans un rôle définitivement humain et désespéré. Ce film intense laisse entrevoir le chef d'oeuvre que sera, deux ans plus tard, "le troisième homme".