Malgré la version VHS (l'image est vraiment dégueu : jetez-vous minimum sur la version Blu-ray), Trauma est loin d'être un film vieillot. S'il feint d'enfiler ses pantoufles pour vous faire la visite de cette jolie demeure à fleurs où un couple avec enfants va séjourner contre l'effort de s'occuper de la gentille mamie qui occupe les lieux, c'est pour mieux nous captiver avec les (très nombreux !) phénomènes étranges qui s'y déroulent : tout le monde a rapidement la berlue ! Entre le papounet qui voit fréquemment débouler une espèce de docteur nazi au sourire carnassier (et aux intentions obscures) au volant d'une rutilante voiture noire, la maman qui disparaît peu à peu (
puis complètement, dans le final "à la Psychose" où elle remplace la mamie
) dans les pièces de la maison, et le gamin qui manque de se
noyer dans une piscine à vagues
qui ferait pâlir Aqualand et qui se prend carrément
une cheminée en briques dans la tête
(Carrie au bal du Diable n'a qu'à bien se tenir, ici aussi, la maison
se jette littéralement sur les gens qui essaient de la quitter...
Radical !), et on repense à Shining (écrit l'année d'après) dans la dernière scène mystérieuse qui mêle
photos de disparus et le lieu maudit sur plusieurs époques...
On n'oublie pas non plus une attaque de plantes bien énervées (que papounet entreprend de résoudre en
transformant son vieux tacot en voiture-bélier, conduite par le nazi - serait-ce le père, vu par son fils ou lui-même ? -
on ne comprend pas, et on s'en fiche un peu, la scène étant d'une générosité étonnante, et contribuant au mystère qui entoure cette maison). On adore aussi le personnage de la mamie bizarre, pas forcément terrifiante (on n'est pas dans un The Visit ou X), mais d'une fascinante étrangeté : elle dit qu'elle aime tripoter les gens dans leur sommeil (on espère, en même temps que les personnages, qu'elle radote complètement en disant cela avec le sourire...), elle gémit et convulse, on la perd de vue toutes les dix minutes et elle réapparaît dans des moments improbables... Vraiment, si vous cherchez un film qui a énormément de bonnes scènes à défendre, d'idées pour surprendre (sans arriver jamais à la facilité du sursaut : ici l'ambiance est reine), déranger (
le père en fauteuil roulant qui rampe lamentablement pour essayer de sauver son fils, le gamin qui se fait écraser par une cheminée - quand même ! - à la fin, l'omniprésence de ce nazi qui attend de faire joujou, mais on ne sait jamais avec qui, ou comment...
) et même attendrir, puisqu'ils s'aiment tous bien, essaient tous de se sauver, même la mamie étrange qu'on ne se résout pas à abandonner (et cette empathie va finalement être la pire erreur de ce couple : on s'identifie, on aura fait pareil). Trauma aura même l'intelligence de toujours nous faire douter sur la réalité des évènements qui se produisent, mettant en lumière la folie grandissante des personnages (surtout le père, comme chez Stephen King), et ne versant jamais dans la démonstration d'esprits frappeurs (ici, la maison se suffit en elle-même). Si vous cherchez un film (très) généreux en phénomènes étranges (sans sursauts faciles), avec des personnages qui en bavent, une petite mamie qu'on plaint et qu'on craint en même temps, une musique agréable, des décors plutôt soignés, et une fin qui met le paquet : prenez Trauma. Un film vraiment étonnant pour les années 70 !