L'œuvre culte de Mamoru Oshi (Ghost in the Shell) et Yoshitaka Amano (l'illustrateur officiel de la saga de jeux vidéo Final Fantasy) arrive enfin chez nous au cinéma presque 40 ans après sa sortie, et en remaster 4K s'il vous plaît ! C'est un véritable monument de l'animation qui a droit à ce joli traitement et qui nous permet enfin de le découvrir dans les salles obscures, de la meilleure des manières. C'est un film un peu à part où l'on reconnaît très vite les traits caractéristiques de l'illustrateur de renommé et la mise en scène particulière du maître de l'animation. Le film date de 1985 et on le ressent très bien dès les premières images, mais l'aura est bel et bien intacte. On y retrouve ainsi le charme des animés des années 80, avec ses dessins, designs, son animation et même ce grain caractéristique au niveau visuel et sonore. La restauration respecte totalement le film d'origine tout en le remettant au goût du jour. C'est mystérieux, contemplatif, beau, envoûtant, baroque, avec un ambiance de fin du monde à la fois paisible et agitée. Le film dure 1h11 mais prend tout son temps. Il pose des plans, des scènes, des situations pendant quelques secondes où il ne se passe pas forcément grand chose, où c'est calme, contemplatif, où il y a très peu d'action et c'est déroutant au début. Qu'est-ce que l'on est en train de regarder ? Où le film veut en venir ? Le réalisateur joue avec nous et le scénario aussi. Il nous transporte dans cet univers à la fois si doux, magnifique et paisible, mais aussi morne, triste et pessimiste. Une immersion profonde dans ce monde presque vide où l'on assiste à la rencontre de deux personnages bien distincts, d'une dualité qui fait naître l'étrange. Tout cela appuyé par des musiques sublimes, berçant l'aventure d'un lyrisme fou. En revanche, il possède très peu de dialogues, le strict nécessaire dirons-nous, donnant une aura supplémentaire à cet œuf de l'ange. À noter un passage des plus marquants, quand la petite hurle, son cri a résonné dans toute la salle et était des plus glaçants, à en faire frémir les spectateurs. On se pose beaucoup de questions, s'interroge, interprète, car c'est très riche en symbolique, en allégories, métaphores et représentations. L'œuvre garde une belle partie énigmatique au final. Une part d'ombre assumée qui participe encore plus à son ambiance et son atmosphère pesante et mystérieuse. Plus qu'un film, c'est une expérience, une immersion, de la poésie à l'état brut, une œuvre d'art, un tableau qui prend vie sur pellicule. Ce n'est certainement pas un film fait pour tout le monde et qui plaira à tout le monde, mais on ne peut pas lui enlever ses très nombreuses qualités et son statut d'œuvre culte.