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Pascal
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4,5
Publiée le 12 mars 2022
A Dijon , un adolescent et ses deux frères sont les fils d'un gynécologue. Leur mère trompe leur père. Un médecin diagnostique un souffle au cœur chez le jeune homme et conseille à ses parents de l'envoyer en cure. Sa mère l'accompagne. Film largement biographique de Louis Malle, dont il est le scénariste. On retrouve les préoccupations politiques de l'auteur qui figurent dans ses autres films ( guerre d'Indochine et perte de l'empire colonial francais), philosophique ( Camus et la théorie de l'absurde, considérations sur le suicide), littéraire ( citation de Brasillach et de Proust). Le film se focalise sur le passage de l'adolescence à la maturité. Il fit scandale à sa sortie, pour une des scènes ( suggestive) censee illustrer une relation incestueuse. Il fut interdit aux moins de 18 ans à sa sortie. Tres réussi, ( la prestation de Lea Masari n'est toutefois pas exceptionnelle et je ne suis pas convaincu qu'elle était l'interprète idéale pour le rôle), il fait partie des grands opus de Malle, même si je place " les amants " et "le feu follet" au dessus. On notera la présence de celle qui était à l'époque la compagne du réalisateur dans la distribution. Elle incarne le rôle de la prostituée, avec laquelle le personnage principal à une relation avortée par l'entrée intempestive de ses frères dans la chambre. La dernière demi heure perd un tout petit peu en intensité à mes yeux.
Louis Malle esquisse, sans aucun souci de bienséance, le portrait d’une famille bourgeoise libertine et parvient à évoquer, avec la délicatesse la plus absolue, des sujets extrêmement graves comme l’inceste ou la pédophilie. On aime la grâce naturelle de Lea Massari, le jeu un peu maladroit de Benoît Ferreux, et le vent d’insouciance qui semble flotter sur cette réalisation audacieuse. Malle, qui est un aussi un expert du documentaire, triture ses personnages et les expérimente à sa guise dans un univers on ne peut plus hétérogène. Alternant les références les plus distinguées aux grivoiseries les plus dérangeantes, il sait plonger le spectateur dans une ambiance unique, une ambiance qui ne visera ou n’accusera personne. Il s’agira simplement de visionner, de constater les faits, et de s’en faire une opinion personnelle. Le réalisateur ne se place pas en sacro-saint moralisateur. Il ne prend pas le spectateur par la main. Il stimule simplement sa capacité de réflexion. Que peut-on réellement penser d’un adolescent de quinze ans qui se dépucelle à tout va dans cette France des années 1950 ? Benoît Ferreux lui-même intrigue dans la peau du jeune Laurent Chevalier. Son attitude décontractée, à mi-chemin entre le dédain et l’interrogation, interpelle autant qu’elle surprend. Le garçon ne paraît nullement dérangé par les profonds changements qu’il vit. Bien au contraire. Il les aborde avec assurance. Personne autour de lui ne crie au scandale. C’est sans doute ce qui fait du bien dans ce film : une liberté assumée et esthétisée qui ne se préoccupe pas de politiquement correcte. Une liberté assumée et esthétisée qui relève désormais du passé. Qu’on se le tienne pour dit.
Louis Malle a réellement connu dans son enfance un souffle au cœur, nécessitant un important repos, et générant cette forte promiscuité avec sa propre mère. Il disait souvent que ses films sont traversés par l’incertitude, ce qui sera le troublant final du souffle au cœur, mais aussi par exemple le destin de Lucien Lacombe, qui se retrouve au cœur de la police Allemande, alors que son projet initial était le maquis.
Le souffle au cœur, c’est finalement un souffle de vie, tant grâce à lui, Laurent va s’ouvrir différemment au monde, y compris charnellement. Le film va en fait prendre le temps d’installer dans des détails chirurgicaux une ambiance, une atmosphère, qui va comme venir expliquer, sans jamais excuser l’acte d’amour final.
Sexe, catholicisme et haute bourgeoisie, Louis Malle, toujours à pas de velours, sort le lance-flammes. D’autant que le souffle est aussi celui de la liberté, en recontextualisant, on sort de mai 68, les envies d’émancipation du poids des institutions sont criantes.
Ce qui est troublant dans Le souffle au cœur et qui vaudra une sacrée polémique pour son autorisation à sortir mais pas dans les réactions du public, est qu’avec cette volonté didactique de toujours expliquer, le désir réciproque est montré comme naturel, animal, tellement instinctif. C’est un souffle sensuel. Le spectateur est témoin non pas d’une abomination mais d’un passage à l’acte, qui évidemment n’est jamais justifié ou banalisé, mais simplement montré. Même si la scène en question existe en fait à la toute fin sur 7 minutes d’un film en comptant quasi 120.
Le souffle au cœur ne donne pas la nausée, mais crée le malaise, ce qui était à n’en point douter la volonté d’un cinéaste qui dézingue à tout va, en toute discrétion. C’est le souffle d’une autre époque, qui se regarde avec curiosité comme un très bon film de cinéma, avec une place forcément unique dans la carrière de son auteur.
Peinture d'une bourgeoisie rigide. Gamins insupportables, relation mère fils qui tourne à l'inceste. Une réalisation sobre et le jeu de Léa Massari qui apporte une touche de charme subtil. Un bon film mais un peu longuet.
On retrouve ici les thématiques "malliennes":la grande bourgeoisie et ses turpitudes que Malle connait bien mais qu'il ne juge pas,le goût de la provocation et de la liberté,le difficile passage de l'adolescence à l'âge adulte...Lea Massari rayonne de beauté,Benoit Ferreux me paraît un peu gauche mais peut être le rôle en est la cause.Film intéressant sur une époque(1954),une classe sociale qui peut aisément tricher ou mal se conduire car elle ne manque de rien au niveau matériel.Un petit bémol toutefois: pourquoi les jeunes portent-ils tous des cheveux longs alors qu'on est en 1954!?(même remarque qu'on pourrait faire de manière encore plus accentuée à Pasolini pour Salo se passant dans les années 40).
Un film remarquable que je viens seulement de découvrir. Louis Malle y fait une satire au vitriol de la bougeoisie provinciale tout en abordant avec une rare subtilité une relation ambiguë puis carrément incestueuse entre le jeune heros (en pleine éducation sentimentale) et sa mère. Les decors, la bande son (des morceaux de jazz exceptionnels) nous plongent également avec bonheur au milieu des années 50. On n'est pas très loin ici du chef d'oeuvre.
Un film dont l'histoire incestueuse entre une mère et son fils, qui in finé n'est pas traitée, nous laisse mijoter en surface pour supporter un point de vue éparpillé, idéaliste et dénonciateur de la sexualisation de la société (bourgeoise). Tamponner ses arguments politiques du nom de Proust n'équivaut pas à convoquer la créativité de la recherche du temps perdu.. L'auteur eût été sûrement plus à l'aise dans l'écriture de thèses sociales et psychanalytiques que dans l'écriture dramatique.
Vu pour la première fois lorsque j'étais encore trop jeune pour comprendre l'entièreté de ce film. Dix ans plus tard, j'ai enfin compris pourquoi il m'avait tant marqué ! J'aime l'authenticité de la vie familiale de ce jeune garçon, les scènes entre frères et cette deuxième partie où Laurent se cherche et découvre la séduction. Il veut devenir un homme, mais il est encore un enfant, et cette nuance est incroyablement bien représentée.
Tout est d'un réalisme incroyable, presque théâtral, tellement juste. Laurent ne veut plus être un enfant, et son amour pour sa mère devient confus. Il est poussé à grandir trop vite par la pression sociale, par l'idée qu'il doit représenter une certaine image de la bourgeoisie. Ce film montre la difficulté pour un jeune garçon de penser qu'il doit devenir un homme pour séduire, et qu'il ne veut pas être considéré comme un enfant. Mais vouloir grandir trop vite peut être dangereux, et c'est là toute la beauté de ce film, signé d'un scénario parfaitement maîtrisé. C'est en comprenant bien le film qu'on comprend que certaines scènes ne peuvent pas être censurées.
Sous le prétexte de nous plonger dans une histoire d'enfants et son lot de vagabonderies chics, ce film traduit uen histoire forte,le jeu d'acteur des deux acteurs principaux est formidable,léa est bouleversante de beauté et sa légéreté est bercé de solitude,le jeune fils est piquant,l'inceste aboutit presque naturellement tellement le rapport est ambigu,un film d'une rare qualité.
J'aime globalement beaucoup le cinéma de Louis Malle, mais là j'avoue ma perplexité. Certes les histoires d'adolescents me laissent généralement de marbre, mais là on cherche à comprendre ce qu'a voulu dire le cinéaste, j'ai une impression d'avoir regardé une collection de scénettes mises en lien par une histoire sans grand intérêt, avec interprétations hasardeuses de certains comédiens ... à oublier.
Un film qui nous en apprend autant sur la bourgeoisie des années 50 que sur la relation ambigüe qui se construit petit à petit entre la garçon et sa mère. Là encore Louis Malle ne nous donne aucun jugement moral et nous laisse en fin de compte seuls juges. Bon film.
Certes, la relation incestueuse arrive en fin de film mais rendez vous compte du tabou que cela représentait à l'époque d'évoquer des choses ignobles telles que l'inceste. Et d'ailleurs Louis Malle ne se contente pas de montrer les désirs d'une jeune adolescent envers sa mère, il dresse une critique des bourgeois qui sous leurs airs de vierges effarouchées ne sont pas aussi disciplinés et honnêtes que l'on pourrait le croire.
Ce serait une erreur, surtout aujourd'hui, de réduire ce film aux jeux sexuels d'adolescents qui ont du mal à devenir des hommes. Il faut voir l'autre face du souffle au cœur, celle d'une société qui réagit avec les canons d'avant la seconde guerre mondiale dans un monde déjà différent. Quand Laurent répond :"Cet enfant à le droit d'avoir des opinions" on dépasse mai 68. Ce film nous montre la transition entre une société bourgeoise ( accentuée par le climat provincial de Dijon) hypocrite et celle d'aujourd'hui qui ne vaut pas mieux, mais au moins ne vit pas sur des préjugés. Le souffle au cœur est en cela un beau témoignage sociologique sur la France d'après guerre qui était confrontée à la crise économique ( inflation) et à des guerres coloniales. Laurent aurait pu être un héros romantique.