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Mathéo Feray
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3,5
Publiée le 4 avril 2019
Le film est déstabilisant en cela qu’il ne suit pas de trajectoire précise. ‘’ Lacombe Lucien ‘’, ce n’est pas l’histoire d’un personnage, c’est l’observation passive mais captivante d’une époque. Situant son film sous l’occupation allemande, Louis Malle décide de s’intéresser à l’autre camp, celui des traîtres, des vaincus, des salauds… des paumés. Lucien Lacombe, le personnage principal, n’est qu’un échantillon de cet univers particulier, mi-fanatisé mi-opportuniste, qui vit au rythme des bulletins mensongers de Radio-Paris et des ordres désespérés de la Kommandantur locale. Son profil n’est pas celui d’un assassin mais celui d’un pauvre bougre en manque de repères (un peu simplet sur les bords) qui cherche maladroitement à se rendre utile et à exister aux yeux des autres. Par malheur, il choisit non seulement le mauvais camp mais aussi le mauvais moment. A chaque instant, on devine que sa chute sera irrémédiable, violente. Scène frappante : lorsqu’un résistant moribond tente de le rappeler à la raison, Lucien préfère lui scotcher les lèvres, creusant ainsi un peu plus sa propre tombe. Car ‘’ Lacombe Lucien ‘’, c’est aussi l’observation minutieuse d’une force noire, abominablement poisseuse et entêtée. Les personnages, qu’ils soient gestapistes ou juifs, paraissent blasés, lucides quant à leur sort. Tous sont en effet condamnés. Et tous paraissent extrêmement conscients de ce qui les attend. Je n’ai pu m’empêcher de dresser un parallèle entre Lucien et Pierre Blaise, son formidable interprète. Les deux hommes ont en commun une bien brève existence et une fulgurance absolue partout où ils passent. Dans le même registre, il convient de ne surtout pas omettre la présence du trop méconnu et fascinant Holger Löwenadler, qui sait visiblement incarner la force du désespoir à lui seul. Il est compréhensible que la critique de 1974 ait été déstabilisée par un tel film, lequel ne reprenait pas les codes habituels et se permettait de dresser un portrait sans fard de la France collaboratrice. Cela valut d’ailleurs à Louis Malle bien des ennuis, le forçant notamment à se réfugier aux États-Unis pour un temps. Mais les années 1970 sont terminées et la France reconnaît désormais ses erreurs. ‘’ Lacombe Lucien ‘’ est un film qui a fait son chemin dans la bibliothèque du cinéphile. Il peut aujourd’hui être considéré comme une œuvre de référence sur la France des années noires. Bien plus qu’un simple récit, déstructuré au possible, c’est également un documentaire à hauteur d’homme. Et une arme formidable pour lutter contre l’amnésie dont certains aiment toujours se prémunir aujourd’hui pour diffuser leurs idées nauséabondes.
L'exemple parfait du film de guerre réussi avec sa propagande oblique, & les multiples représentations de cette délation sourde et infiniment malsaine du + infime commun dénominateur de 1942; Au lieu de glorifier des mythes inexistants, Malle opte pour le ton réaliste de cette médiocrité à refuser: Inratable.
Lacombe Lucien est une gifle silencieuse, un film qui ne juge pas parce qu’il préfère montrer — et ce qu’il montre dérange bien plus que n’importe quelle morale. Malle filme la collaboration sans héroïsme ni diable, juste un garçon vide, mou, irrécupérablement humain. C’est la banalité du mal version rurale, avec un fusil trop lourd pour des épaules trop jeunes. Un chef-d’œuvre glacial, qui ne crie pas… mais vous laisse un goût de cendres en bouche.
Et on appelle ça un chef d'oeuvre?! C'est l'histoire d'un jeune, apparemment désœuvré, qui s'ennuie à la campagne et qui décide peut-être malgré lui, de rentrer dans la collaboration pour exister. Bon, le décor est planté. Moi je vois surtout au fil de l'histoire, un gars niais, immature au possible, carrément bête, hyper vulnérable, et limite "araignée au plafond" mais quel intérêt ce genre de film ?? Des gugus comme ça il y en a eu des tas pendant la guerre et encore aujourd'hui. Je l'avais enregistré et j'ai souvent utilisé l'avance rapide. Moi je n'ai pas accroché, ennuyeux, peu d'émotion réelle, une étoile pour le jeu des acteurs, ça ne mérite pas plus, film inutile.
Ayant aimé le film quand je l'ai vu à cause de ses qualités évidentes , il y a quand même à posteriori quelque chose dans le coin de mon cerveau qui m'a empêché d'adhérer à son contenu. Je m'explique Lacombe Lucien est montré comme quelqu'un de frustre qui ne se pose pas de question. Il prend ce qu'on lui donne et si on lui dit que les juifs sont inférieurs, il considère cela comme une réalité objective puisqu'on le lui dit .Travailler pour les allemands ne lui pose pas de problème et est au contraire valorisant puisque cela lui donne un meilleur statut que faire le ménage dans un hospice. Pourtant, à la fin du film on a du mal à le détester ou à le condamner et on compatit presqu'au sort qui l'attend.( après tout, il n'était pas armé intellectuellement pour comprendre ce qu'il faisait et c'était l'époque qui voulait cela ) Pourquoi ce relativisme? Tout simplement, parce que si Louis Malle nous montre le personnage assister aux actes commis par les autres (regardant une scène de torture dans l'entrebâillement d'une porte ou assistant passivement à l'arrestation d'un juif) on ne le voit à aucun moment du film participer directement et activement auxdites saloperies. Du coup on a une vision édulcoré du personnage ( même si verbalement il se vante à un moment d'avoir tué un homme et d'avoir droit de vie et de mort sur son interlocuteur) il y a quelque chose de fondamentalement faussé et tronqué dans le film car j'imagine que quand on travaillait pour la police allemand on n 'était pas missionné pour cueillir des pâquerettes. En ne confrontant pas le spectateur aux actes concrètement commis par le personnage en tant qu' auxilliaire de la police allemand ou de la gestapo, Louis Malle nous livre un film certes trouble et captivant mais qui justifie à mon sens les polémiques dont il a fait l'objet à l'époque. le héros n'étant jamais représenté en train de commettre les actes criminels qu'impliquaient sa fonction d' auxiliaire et au contraire le film se terminant par une idylle amoureuse avec une jolie juive dans une verte prairie , on ressort du film presqu'avec l'idée que le choix entre Résistance et collaboration pouvait être le fruit du hasard et qu'en définitive le héros était responsable mais pas vraiment coupable ( ou l'inverse) au regard du contexte de l'époque.
Je peux comprendre pourquoi « Lacombe Lucien » a déchaîné les passions à l’époque. A travers le portrait de Lucien, brute pas finaude et immature, il montre comment un jeune homme peu réfléchi peut s’embarquer dans la collaboration par circonstances, alors qu’il voulait être résistant. Un sujet qui vaudra au film des accusations de complaisance envers la collaboration, contraignant Louis Malle à un exil vers les USA. Pourtant il n’y a ici aucune complaisance ! Dès le départ, la brutalité de Lucien est claire, montrée à travers des séquences de violence animalière… qui seraient infaisables et inexcusables aujourd’hui. Les méthodes de la police allemande (comprenez Gestapo française) sont également évoquées sans fard, entre torture et pillage. Tandis que Lucien profite sans sourciller de son nouveau statut et pouvoir. Malgré ce protagoniste antipathique, Louis Malle tient son récit de bout en bout, montrant les paradoxes de l’Occupation… dont Lucien qui est dédié à son travail mais amoureux d’une Juive. La prestation de Pierre Blaise aide beaucoup, il parvient à montrer son personnage comme abjecte, tout en gardant une certaine innocence de jeunesse. L’acteur s’offre là un beau premier rôle… mais connaîtra malheureusement une fin précoce, décédant l’année suivante dans un accident de voiture. Dans l’ensemble, le film contient tout de même quelques longueurs. Dont cette oppression un peu longuette d’une famille juive cachée. Mais ce portrait de l’Occupation demeure suffisamment singulier et bien mené pour mériter l’attention.
Pour une raison qui m'échappe Louis Malle a confié le rôle principal à un non comédien. Or, ce rôle est des plus complexe, et le manque de maîtrise de l'interprète se fait ressentir. Ce dernier ne parvient pas à donner suffisamment d'ampleur au personnage. En outre, certains passages auraient gagné à être plus court. La dernière partie du film est tout de même de qualité.
Louis Malle aborde le délicat sujet de la collaboration en France pendant l'occupation allemande, et ceci au travers d'un personnage qui s'engage dans la gestapo. On a l'impression qu'il est assez indulgent envers un très jeune homme qui semble plus paumé que répondre à une idéologie, par contre il ne laisse planer aucune ambiguïté sur la bande malfaisante de tortionnaires, voleurs et profiteurs qui l'embrigade. On se demande alors pourquoi son film a été aussi controversé à l'époque de sa sortie puisqu'il n'entache en rien la vision de la résistance et ne défend aucunement les collabos, au contraire. C'est plus sur d'autres points que "Lacombe Lucien" est moins bon que ce à quoi je m'attendais. Si le choix de son acteur principal est cohérent, le résultat est quand même assez déconcertant tant il ne dégage rien. L'autre point négatif est que pour moi le film manque de force, d'émotion, que c'est plus un sentiment de langueur qui l'emporte. Malgré cela "Lacombe Lucien" est un bon film.
Sur un sujet difficile Louis Malle réalisait là en 74 , mon année de naissance , un très intéressant film en traitant admirablement la psychologie ambigu d'un jeune homme Français et son manque d'Idéologie et résonne en ça avec la « banalité du mal » telle que décrite par Hannah Arendt !
Difficile de tenir une critique de ce film aux contrastes si particuliers. Il est captivant et étonnant, notamment parce qu'il est particulièrement froid dans son style et dans sa narration, tout en baignant dans la chaleur d'un environnement ancien, chaud et coloré. Poignant aussi. Plus on avance, plus on se demande ce qu'on peut bien être en train de vivre là et om ça va nous mener. Les interprétations, les visages, les costumes et les décors sont excellents. A connaître.
On dit que les acteurs non-professionnels donnent une certaine fraîcheur à leur rôle. Dans grand nombre de films de la Nouvelle Vague (ma marotte à moi !), un grand nombre d’acteurs sonnent faux dans tous les secteurs de leur jeu : voix chantante durant les dialogues, corps empruntés et regards appuyés dans l’exécution de la mise en scène. Tout se voit et s’entend surtout. On me dit - comme ça n’engage que moi, je le prends pour moi - que cela donne du réalisme à la scène. Désolé, les gens ne chantent pas quand ils parlent. Pratiquant le théâtre, je peux vous assurer que ces voix sont constamment corrigées. Apparemment, pas au cinéma. En tout cas, pas chez Eric Rohmer ou Robert Bresson. Pour ce dernier, c’est voulu. A noter que Louis Malle a été à bonne école puisqu’il a travaillé pour Bresson… Pourtant, il y a pléthore de non-professionnels qui, grâce à leur prédisposition ou à la direction d’acteurs, évoluent remarquablement dans les scènes qui leur sont attribuées.
Bref, Pierre Blaise qui prête ses traits à Lacombe Lucien de Louis Malle ne s’en sort pas trop mal. Et d’autant plus que son rôle s’y prête un peu dans la mesure où il interprète un gars simple. A travers ses regards un peu lents qui suivent soit une personne, un objet ou traduire une pensée on pourrait percevoir les recommandations de son metteur en scène. Il faut savoir que Pierre Blaise n’était pas si enthousiaste de faire du cinéma et selon les racontars, Louis Malle se serait souvent irrité du comportement de l’acteur débutant ; celui-ci se forçait à jouer. Il en est de même avec Aurore Clément pour laquelle j’ai toujours eu du mal avec sa façon de déclamer un texte. Elle n’est pas la seule, je peux citer Jean-Pierre Léaud que je n’ai jamais supporté ou Bernadette Lafont qui s’est améliorée au fil de ses expériences. Aurore Clément effectuait son tout premier film et là aussi elle s’en sort bien, voire très bien.
« Lacombe Lucien » est un film qui a fait scandale et cela se comprend. Il fallait oser parler de la collaboration. Il fallait oser endosser le rôle de Lacombe Lucien. Quoique Pierre Blaise peu ravi de faire du cinéma, paysan de 17 ans, avait la naïveté de son personnage et ne mesurait sans doute pas ce qu’il jouait. Lacombe Lucien est certainement le porte-drapeau de beaucoup de jeunes comme lui qui se sont engagés dans la collaboration synonyme d’un statut social qu’ils pensaient respectable. Il n’y a aucune idéologie, aucun engagement politique dans leur démarche. Evidemment, je suis persuadé qu’ils comprenaient assez vite ce qu’ils vivaient à travers leurs viles actions. C’est comme mentir, on se prend au jeu, on en est conscient mais il apparaît qu’il est trop tard pour faire marche arrière. spoiler: Pourtant Lacombe Lucien va parvenir à changer sa mitrailleuse d’épaule si je puis dire par amour pour France (Aurore Clément), une jeune fille juive.
spoiler: On peut toujours discuter de la présence du père de France, juif de son état dans ce petit village où tout le monde connaissait tout le monde en cette année 1944.
En ce qui me concerne, cela ne m’a pas dérangé du tout. « Lacombe Lucien » est un récit accaparant malgré quelques lenteurs, quelques scènes qu’on pourrait qualifier de redondantes. Louis Malle ne semble porter aucun jugement sur son personnage lequel serait plutôt victime d'une fatalité ! Et ceci participe sans doute à l’indignation et à la polémique qui s’en est suivi… Un film pour la mémoire…
Lacombe Lucien, c'est l'histoire du pauvre gars un peu simplet qui rêve de passer à la postérité pendant les années de guerre, voulant oeuvrer dans la résistance mais se trouvant malgré lui, collabo et amoureux d'une juive. Louis Malle affectionne cette période de l'histoire et nous délivre avec justesse et émotion des moments de vie de cette époque troublée. Le jeune acteur incarnant Lucien est remarquable. Il décédera un an plus tard dans un accident.
De l'idée dans le thème, je n'ai pas accroché au casting du film. Le jeune de la campagne, chassant et découvrant les femmes, la politique mais sans être engagé côté opinions. C'est assez lent tout juste correct malgré le côté subversif. J'ai cru que le jeune était joué par Michel Galabru. Il y a un petit air 2,8/5
Sur un rythme lancinant et avec une économie de mots et de gestes, Louis Malle filme le parcours d'un salaud de circonstance, soulignant que la collaboration ne fut pas qu'une affaire de conviction mais aussi d'opportunisme irréfléchi pour certains, avides de pouvoir et de reconnaissance. Clairement polémique et sans complaisance réelle, il offre à travers le regard et la figure du jeune Pierre Blaise un discours froid et cruel sur ces événements, dont la dimension émotionnelle n'est pas très perceptible mais où le malaise subsistera longtemps.
Louis Malle brosse courageusement -c'est-à-dire à l'encontre du manichéisme qui caractérise souvent l'Occupation puis les épurateurs de toutes sortes- le portrait d'un jeune homme ayant rejoint, en ces derniers temps de la guerre, et tout à fait par hasard, des auxiliaires français de la police allemande. Le cinéaste prend le parti de la neutralité -pas du tout dans le jugement vindicatif de l'après-guerre. Il ne défend ni n'accable Lucien dont il montre bien à quel point la personnalité fruste, intellectuellement et affectivement, détermine le choix, ou plutôt le non-choix, du jeune homme. Louis Malle ne relate-t-il pas qu'avant de se laissé seduire par le pouvoir de quelques minables collabos, Lucien l'immature s'était timidement proposé d"intégrer le maquis?
Le cas de Lucien Lacombe n'est pas celui de l'engagement dogmatique. Malle dessine le caractère psychologique d'un jeune homme taciturne et solitaire qui se découvre une raison d'exister. D'une sobriété exemplaire, tournant le dos aux idées passionnelles de la période et à une mise en scène spectaculaire, le récit s'appuie sur une reconstitution très juste de l'époque et se partage entre le rôle de collabo insignifiant de Lucien et l'etrange relation que celui-ci noue avec une famille juive. Convaincant sur un plan humain, le film l'est moins en revanche sur celui de la mise en scène, dont la lenteur, notamment dans les nombreuses scènes spoiler: chez le vieux couturier juif , occasionne des longueurs. Et, en dépit de la gravité du sujet, on se prend à s'ennuyer parfois dans un film où, par moments, le portrait du collabo s'efface sous celui plus général d'un jeune homme complexe.