Louis Malle a filmé un ado bourru et à l'étroit dans sa condition, et à qui une rencontre avec des membres de la Gestapo va offrir une identité et du pouvoir qu'il va rapidement apprécier...A méditer. Cinématographiquement, cela devient redondant une fois la première heure passée, le film montre mais n'émeut guère.
Portrait d'une brute épaisse qui préfère la collaboration à la résistance, et qui jouit d'un pouvoir qu'il ne contrôle pas vraiment. Louis Malle éprouve de grandes difficultés à montrer l'ambiguïté du personnage principal, car on ne ressent finalement que de l'antipathie pour lui. Le film manque aussi cruellement de profondeur et de réflexion. Les personnages n'existent quasiment pas. Leurs pensées ne sont retranscrites que de façon brève et illustrative. Le tout s'inscrit dans une atmosphère dérangeante mais jamais pesante. Louis Malle provoque, dénonce, mais il le fait très gentiment, avec une mise en scène soignée mais peu imposante.
Tout au long de sa carrière, Louis Malle s'est attaqué à de nombreux tabous : l'inceste ("Le souffle au coeur"), la dépression, l'alcolisme ("Le feu follet") mais aucun de ceux-ci n'aura été plus puissant que "Lacombe Lucien". Surtout lorsqu'on sait qu'il contraindra le cinéaste à s'exiler du pays. Sorti un an après "Le chagrin et la pitié", le long-métrage est en effet de ceux qui déconstruisent le mythe résistancialiste, visant à donner l'image d'une France unanimement résistante. Les notions d'engagements et de patriotismes sont ramenées à hauteur d'homme et d'instants T. D'une part, Louis Malle insiste sur le rôle des circonstances dans les choix d'appartenance. D'autre part, il étale l'ampleur de la collaboration sur le sol français, notamment son climat de délation. Bien photographié, le film bénéficie d'une écriture solide co-menée par le cinéaste et l'écrivain Patrick Modiano. On regrette cependant qu'il vienne à traîner en longueur dans sa dernière partie, sans en comprendre la raison. Un film courageux.
Ce film est déjà plutôt ancien et a été vu et revu à la télé. A mon avis, c'est un film intéressant mais le scénario est un peu plat, sans rebondissements, privilégiant un seul aspect, celui de la psychologie du héros (au sens de personnage principal, faut-il le préciser ?). Et c'est à ce sujet que je m'interroge aujourd'hui en lisant les commentaires des internautes à propos de l'interprète, Blaise, disparu tragiquement quelque temps après le tournage. Certains, en effet, le jugent "génial" affirmant même que le film lui doit beaucoup, d'autres le dénigrent totalement en le qualifiant de "nul". Comme souvent, il sera bon de nuancer. En tout cas, pour ma part, je lui accorde une grande présence à l'écran, un naturel certain même si l'on peut trouver qu'il parle faux. Mais Jean-Pierre Léaud, dans les films de Truffaut notamment, était dans le même cas, ce qui ne l'empêcha nullement de faire une belle carrière. Rien de rédhibitoire donc, pour M. Blaise qui, malheureusement, n'a pu départager les uns et les autres en interprétant par la suite des rôles divers.
Film qui a peut être joué un rôle de précurseur mais qui a terriblement vieilli. Les fictions sur les collaborateurs ont été tellement nombreux depuis et sont considérés comme normaux. Une minorité de Français ont collaboré, tout le monde l'admet aujourd'hui. Reste un film trés lent avec un héros désagréable qui doit aligner vingt mots en une heure et demi... Les motivations du tailleur sont incompréhensibles. Banalisé et pas trés réussi
Ce n’est que dans les années 60, soit vingt ans après la libération de la France de l’occupant nazi, que le cinéma hexagonal a commencé à revenir sur cette période difficile, avec surtout des films louant les mérites de la résistance face à l’oppresseur. Dans cette veine, on retiendra surtout Paris Brule-t-il (1965), L’armée des Ombres (1969) mais aussi La grande Vadrouille (1966). Mais aucun des films sur l’occupation nazie et la résistance n’avait, trente ans après la fin de la seconde guerre mondiale, tenté de comprendre le cheminement qui pouvait avoir poussé un français à entrer au service de l’occupant. C’est exactement ce qu’a tenté Louis Malle dans Lacombe Lucien, déclenchant ainsi une levé des tabous d’une part de l’Histoire que beaucoup essayait encore d’oublier mais aussi une grave polémique sur la finalité idéologique recherchée par l’auteur. Pourtant, le film ne cherche aucunement de donner raison au personnage principal qui, tant par lâcheté que par recherche d’un certain confort matériel, va collaborer avec les allemands. Mais c’est plutôt de démontrer que c’est à des fins purement carriériste et aucunement idéologique que ce jeune paysan français particulièrement naïf et peu éduqué, se met à rallier la Milice française (une troupe d’agents français travaillant pour la Gestapo), puisque, au début sans la moindre conviction politique, on le voit gravir l’échelle sociale à mesure qu’il adhère aux préceptes nazis et à leurs méthodes brutales. Le fait de ne pas avoir fait de son personnage un odieux antisémite (qui ira jusqu’à vivre une amourette avec une juive) et qu’il semble agir sans réaliser les conséquences de ces actes, donne à cette interrogation psychologique sur le problème de la collaboration une conclusion qui rapproche davantage ce comportement à une preuve de bêtise qu’à une réelle adhésion au fascisme. Cette délicate réflexion psychologique sur le comportement des français pendant cette sombre période n’aurait d’ailleurs pas eu autant d’impact sans l’interprétation brillante de l’acteur non-professionnel Pierre Blaise malheureusement décédé peu de temps après le tournage du film.
Lacombe Lucien, ou comment faire un film sans jugement. Lucien est un jeune homme, qui, parce qu'on lui a refusé l'entrée dans la résistance, décide de devenir collabo à la Gestapo. Ce n'est pas plus compliqué que ça, et pourtant, la non conscience de cet humain nous glace.
16 196 abonnés
13 142 critiques
Suivre son activité
4,0
Publiée le 27 juillet 2013
il aura fallu attendre de longues annèes pour que l'on puisse tourner librement des films sur l'Occupation, ne relevant pas d'une optique « officielle » : de "La bataille du rail" de Renè Clèment à "Lacombe Lucien" de Louis Malle, la route est longue! Sujets tabous donc, à ne pas toucher, certains films sont toujours trop brûlants, malgrè le recul, et on ne doit pas irriter certaines susceptibilitès! Avec cette oeuvre qui fut particulièrement controversèe à sa sortie, Louis Malle adopte un point de vue nouveau sur la collaboration, qui fit scandale! Evolution du genre ? [...] Dans une reconstitution d'èpoque opèrèe avec une grande èconomie de moyens, le cinèaste ètudie le cas psychologique très èquivoque d'un jeune paysan qui s'engage dans la police nazie pendant la seconde guerre mondiale! Dans sa première apparition à l'ècran, Pierre Blaise est bluffant en jeune collabo dans des scènes de braconnage qu'on ne peut oublier! Une puissance d'interprètation qui n'aurait pu aller qu'en progressant puisque cet acteur non professionnel mourut d'un accident de la route peu de temps après le film! Pierre Blaise avait vingt ans et "Lacombe Lucien" lui doit ènormèment même si l'histoire est encore tabou pour nombre de gens qui ne veulent pas toujours se souvenir! Ce qui est fort comprèhensible...
Rares sont les films sur la coopération et la résistance des civils pendant la seconde guerre mondiale. Le film de Malle est plat, lent, monotone, rectiligne, uniforme et décevant tant il manque de rebondissement! Et était ce obligé d'utiliser un interprète amateur nullissime? On se souviendra de la scène d'ouverture, le personnage sursis vélo descendant en trombe la rue!
Louis Malle part du présupposé cinématographique suivant: le spectateur doit avoir de l’empathie pour le personnage principal. Or, comme cela se passerait-t-il si le personnage principal n’a rien de l’étoffe du héros classique de cinéma, et s’il a plutôt l’air d’un antipathique… collabo? Il se créée alors un malaise latent, une ambivalence perturbante. Lacombe Lucien illustre ce trouble à la perfection. Lire la suite sur ce lien: http://quaiducinema.wordpress.com/2012/10/29/un-corniaud-dans-la-milice-lacombe-lucien-louis-malle-1974/
C'est un sujet passionnant , un film réellement interressant et bien fait mais malheuresement il y a vraiment trop trop trop de longueurs a mon gout , dommage , c'est quand meme un bon film
Quel film ! Louis Malle nous démontre que la frontière entre le bon et le mauvais est souvent ténue. Il ne juge pas et laisse à chacun le soin de poser ses propres jugements ; c'est sans doute ce qui en a dérangé certains.
Film qui repose sur ces personnages et les acteurs, d'abord le principal très intéressant Lacombe Lucien jeune abruti qui ne comprend rien à ce qu'il se passe autour de lui et également Albert Horn le juif effrayé. Louis Malle fait encore une belle preuve de son savoir-faire en matière de portrait de société en restant sobre.
L'ascension prétentieuse, perverse et naïve d'un porte flingue illettré à qui il suffit de fournir un costume de bonne coupe pour en faire l'instrument temporaire d'un dominant.
L’acharnement d'un personnage insensible, brutal et maladroit dont les persécutions irréflechies sont entretenus par une population éteinte par la peur.
L'éveil à la sensualité et aux délires d'un jeune age atténuent par instants l'inexpérience d'un adolescent grisé par la récupération d'un rapport de forces.
Pierre Blaise est effarant. Il n'est plus Pierre Blaise il est Lacombe Lucien.