Vivre
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Arthur Debussy
Arthur Debussy

193 abonnés 777 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 23 avril 2017
De tous ses films, «Vivre» était celui que préférait Akira Kurosawa. C'était aussi son plus personnel. Il y exposa la question qui l'obsédait le plus : comment vivre? Comment se défaire de la routine, comment surmonter la misère sociale et affective, comment se dépasser, comment croire en l'avenir quand on connaît la finitude de l'homme et ses nombreux défauts, comment garder l'espoir, comment vaincre la maladie et la mort, comment donner un sens à sa vie? D'innombrables interrogations qui émaillèrent toute son oeuvre et dont il serait présomptueux de prétendre pouvoir y répondre avec exactitude. Mais Kurosawa n'était pas homme à se laisser abattre et il essaya avec «Vivre» d'avancer des pistes de réflexion. Et la principale peut se résumer à peu de choses près comme ceci : la vie n'a d'intérêt que si elle est mise au service d'autrui. C'est tout du moins ce que découvrit le fonctionnaire Kenji Watanabe après avoir surmonté la douloureuse annonce de son cancer en phase terminale. La révélation de sa fin prochaine lui a fait l'effet d'un électrochoc, comme s'il se rendait enfin compte de l'importance des choses qui l'entourent en devant les quitter. La vie laborieuse et triste (il est veuf) qui fut la sienne l'avait plongé dans une apathie comateuse, il est devenu subitement d'autant plus décidé à faire le bien qu'il sentit la mort approcher. Incontestablement, «Vivre» est l'une des grandes réussites d'Akira Kurosawa, porté par une narration inventive, une mise en scène comme toujours exemplaire et un Takashi Shimura au sommet. Plus que la simple chronique d'un modeste homme parmi tant d'autres, il s'agit d'une véritable exhortation qui nous est adressée pour vivre avec bonté et espoir. Et au final, Kurosawa livre bien plus qu'une histoire touchante et magistralement interprétée, il a réalisé un de ces (rares) films qui marquent à jamais par leur profondeur et leur capacité à changer la vie des spectateurs. Un chef-d’oeuvre bouleversant. [4/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Plume231

4 421 abonnés 4 639 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 mai 2012
Une dose de néoréalisme italien du côté de la mise en scène, un peu de dostoïevskisme pour la confrontation face à l'inévitable mort et une grosse poignée de Gogol pour la description sarcastique des fonctionnaires ; voilà les ingrédients avec lesquels le géant Kurosawa fait un grand film. Si on oublie quelques longueurs dans la seconde moitié, "Vivre" est un portrait d'homme très émouvant magnifiquement incarné par Takashi Shimura. Le réalisateur est comme à son habitude très pessimiste sur l'homme en général mais réussit à insuffler une touche d'optimisme sur ce tableau très noir montrant que celui-ci dans certaines circonstances est capable de se dépasser.
cylon86

2 842 abonnés 4 430 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 mai 2016
"Vivre" (titre aussi simple qu'évocateur) fait partie des grands films humanistes d'Akira Kurosawa. Il conte l'histoire simple de Kanji Watanabe, employé de bureau qui n'a rien fait de sa vie depuis 25 ans et qui se découvre un cancer incurable. Un cancer subtilement annoncé par les médecins comme étant un ulcère au pauvre Watanabe. Or, un patient de l'hôpital lui avait clairement dit dans la salle d'attente que lorsque les médecins annoncent un ulcère au patient, celui-ci a moins d'un an à vivre... Watanabe, surnommé ''la momie'' par ses collègues de travail et peu apprécié par son fils qui profiterait bien de la retraite de son père, a donc un électrochoc. Mourant, il va donc réapprendre à vivre. Kurosawa lui-même se disait malheureux à l'idée de ne pas vivre assez et c'est cette idée qu'il transmet dans son film, portrait humaniste d'un homme qui se réveille brusquement d'une vie ensommeillée passée dans les bureaux d'une administration incapable de faire bouger les choses. Dès le début, Kurosawa ne se prive pas de critiquer vivement les fonctionnaires, qu'il juge aussi impitoyablement que les yakuzas. La bureaucratie est, selon le cinéaste, un fléau du Japon d'après-guerre. Mais ce n'est pas son pays qui intéresse le plus le réalisateur ici, c'est Watanabe. Explorant les tréfonds de l'être humain, "Vivre" nous montre comment son héros accepte la mort et décide de tout lâcher lors d'une soirée bien arrosée avant de se rendre compte qu'il veut faire quelque chose de bien dans sa vie au contact d'une jeune femme qui était l'une de ses collègues. Le voilà donc décidé à transformer un terrain vague en terrain de jeu pour les enfants, où les balançoires pourront enfin remplacer la gadoue. spoiler: Et puis brutalement, à l'annonce de cette décision, le film commence sa deuxième partie et fait une ellipse. Nous voilà aux funérailles de Watanabe. Celui-ci est mort et le parc pour les enfants est construit. Après la cérémonie, ses collègues tentent de comprendre ce qui a pu le pousser à avoir une telle détermination pour mener à bien son projet. C'est l'occasion pour eux de se souvenir de brefs moments passés avec lui afin de mettre en lumière la personnalité complexe d'un homme condamné par la maladie et dont ils ne savaient pas grand chose.
Portrait complexe de l'être humain dont les mécanismes nous sont encore inconnus, "Vivre" est un drame émouvant dans lequel Kurosawa démontre tout son humanisme tandis que Takashi Shimura offre une composition particulièrement touchante. Sans jamais en faire trop dans la mise en scène, le réalisateur parvient à faire naître l'émotion d'un rien (une balançoire lancée dans le vide peut nous faire monter une petite larme) et nous bouleverse car un Watanabe sommeille en chacun de nous. Pas de doute, "Vivre" porte bien son nom.
Teardrop
Teardrop

4 abonnés 60 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 août 2012
La construction narrative du film est très bien pensée. Il débute avec le portrait d'un homme dressé par un narrateur peu scrupuleux, qui entre tout de suite dans le vif du sujet pour annoncer la maladie du protagoniste, et poser la grande question du film : comment ne pas seulement vivre comme une momie, en étant déjà mort ? Comment dépasser cette vie qui n'en est pas une ?
Le film montre ensuite la façon dont le protagoniste essaie de profiter de ces derniers mois à vivre, les divertissements auxquels il participe afin de ne pas penser à sa mort prochaine. C'est le moment le plus important de sa vie, spoiler: son dévouement aux autres à travers une action ciblée et altruiste réalisée par le biais de son travail, qui sera conté en ellipses à la fin du film, en alternance avec les souvenirs et réactions de ses collègues réunis pour son enterrement.
Fameuse scène de fin qui, malgré sa longueur, est réellement savoureuse : on découvre toute la nature humaine à travers ses bureaucrates soumis à la hiérarchie, ayant peur de perdre leurs privilèges, prêts à acculer le mort pour se laver de toute ressemblance, puis, en de multiples volte-faces, prêts également à s'identifier à lui afin de profiter indirectement de sa fraîche reconnaissance. La satire de la bureaucratie, de son immobilisme, est franchement drôle.
Même si presque tous les personnages sont égoïstes, décevants ou ingrats, il reste beaucoup de joie et de goût pour la simplicité dans ce film qui fait l'apologie de l'altruisme, finalement le seul comportement qui semble vraiment apaiser le personnage principal et lui donner l'impression d'avoir, si ce n'est réussi sa vie, au moins vécu.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 30 décembre 2010
Ce film représente tous ce pourquoi le cinéma est un art. La mise en scène, la réalisation, les images, le jeu d'acteur et surtout le message véhiculé bien loin des films holywoodiens, des derniers films à la mode qui crée le buzz, des (rares) films qui passent à la télé entre 2 séries et qui n'ont pas vocation à faire réfléchir ou tout du moins pas de la même façon que ce genre de film ou l'on atteint des pensées à caractère divin et qui pousse le lecteur à l'expérimentation de "vivre" dans sa vie. Chef d'oeuvre!
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 2 juillet 2011
Mon film préféré du Maître japonais. De par la narration et sa réalisation, ce film est un chef d'oeuvre absolu. A méditer encore et encore. Par certaines analogies, il me fait penser à la condition humaine de Malraux.
Dieu qu'il est difficile de vivre sans se remettre en question une fois l'avoir vu.
Il me sert souvent de "mètre-étalon" sur ma réflexion du genre humain.
Inégalé.
Inégalable.
teofoot29
teofoot29

109 abonnés 648 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 2 avril 2010
Un film de toute beauté, le préféré de son réalisateur, sensible et mouvement, ce chef d'oeuvre japonais est plus qu'une leçon de vie.
Lenalee23
Lenalee23

42 abonnés 369 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 24 décembre 2009
Vivre, Ikiru, faire une analyse sémiologique du film n'aurait pas autant d'impact que toute la charge symbolique renvoyée par le seul titre du film. Les scènes choisies par le maître Kurosawa montrent habilement les paradoxes d'un homme qui se sait condamné. On observe les derniers instants d'un homme qui connait tous les sentiments que l'on ne souhaiterai à personne : la sagesse et le coeur de l'homme prend le dessus et on passe à notre tour de sentiments comme la pitié à une profonde empathie qui ne nous fait pas sortir indemne de cette incarnation filmique de la valeur et du sens de la vie dans toute sa poèsie.
BlindTheseus

348 abonnés 2 566 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 5 juillet 2009
La bonne critique sociale de ce film en fait une oeuvre implantée dans la réalité et surtout l'histoire du Japon ; avec l'histoire de ces gens déçus à qui l'on avait promis un futur sûr en dépit de quelques moments inégaux.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 27 avril 2008
Ca faisait bien 5 ans qu'un film n'avait reussi à me tirer une larme. D'une finesse extreme, Kurosawa se detache du cinema "historique" (retenez les guillemets) et nous livre une fable sociale (qui depuis 56 ans n'as pas pris une ride) impertinament juste sur qu'est ce que l'humanité et, surtout, qu'est ce qu'une vie, quel est son poids, son interet? Un film en deux partie extremement bien monté sur les desillusions et la reconstruction soudaine de la vie d'un homme mourant. Tendre et violent, beau et laid à la fois humain et monstrueux: ce film est une ode à la vie mené avec perfection decrivant aussi bien à quel point la vie est precieuse que comment les hommes la gache.
Elsa S
Elsa S

6 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 14 mars 2011
Watanabe , tout comme ses collègues , à la mairie , a passé une grande partie de sa vie derrière son bureau et sa carrière s'est déroulée à ne pas faire grand'chose , à entasser des dossiers puis à les classer , " sans suite ."
Lorsqu'il apprend qu'un cancer lui ronge l'estomac et qu'il ne lui reste que quelques mois à vivre , il se dit qu'il va donner un sens à sa vie . Il essaie bien de se confier à son fils , puis renonce : ce fils et sa femme ne l'estiment guère et , même le dédaignent , pensant surtout , que , lui mort , la maisonnette où ils habitent tous les trois semblera moins étroite .
Watanabe , alors , décide de "vivre sa vie " , il rencontre un romancier , s'achète un chapeau blanc et fait le tour des boîtes avec lui .
Le matin venu , il est dégrisé , son chapeau est sale et la mort est toujours là , à l'attendre .
Il décide alors de tomber amoureux , il invite une jeune collègue à déjeuner , mais le cœur n'y est pas ...
C'est alors qu'il comprend qu'il peut réaliser une grande chose et que c'est par le biais de son poste à la mairie qu'il peut y arriver . Une chose minuscule et immense : créer un terrain de jeux pour les enfants du quartier qui pataugent dans un endroit insalubre infesté de moustiques .
Dès lors , et jusqu'à sa mort , il fait le siège des administrations , essuyant les refus ou les réponses gênées de ses anciens collègues .
À force d'obstination , il obtient la réalisation du jardin .
C'est ce chemin de croix qui nous est conté lors de sa veillée funèbre . Ses collègues sont réunis , ils sont d'abord sur leur quant-à-soi , puis , le saké aidant , ils ouvrent un peu leur cœur , le fils découvre son père .
Ce film , le chef d'œuvre de Kurosawa , est ponctué de scènes extraordinaires comme celle où Takeshi Shimura chante " Gondola no Uta " dans le bastringue , une chanson où il est question des roses de la vie et de l'urgence qu'il y a à les cueillir .
Cette scène est une des plus belles du cinéma , avec les mouvements du rideau de perles qui se balance , les danseurs qui se lèvent pour une danse simplement , se figent puis fuient la piste en fixant Watanabe , en fuyant la mort .
La seconde scène-clé du film est celle où Watanabe , assis sur une balançoire de son parc enfin achevé , commence à chanter " Gondola no Uta " ; la mort arrive , il la voit venir , il a tenu la promesse qu'il s'était faite de " Vivre " et il n'a pas peur : il a vécu .
max6m
max6m

79 abonnés 180 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 février 2007
Inspiré par le néoréalisme italien, Kurosawa signe ici une oeuvre profondément humaniste qui témoigne de l'état du Japon d'après-guerre. Il y dépeint une administration extrêmement mal organisée, qui fuit le travail et les responsabilités et abrutit ses employés, les "vissant" sur leur sièges en leur ôtant le goût de la vie. C'est dans ce contexte qu'évolue Kenji Watanabe, employé modèle (30 ans de bons et loyaux services), complètement amorphe (le système a gagné et l'a vaincu), et qui apprend soudainement l'imminence de sa mort. Après une phase douloureuse de constat sur la pauvreté et l'inutilité de sa vie (très bon jeu expressioniste de Shimura Takashi), notre héros décide enfin de vivre pleinement le peu de temps qui lui reste et se met à chercher le but de son existence. Cette histoire est l'occasion pour Kurosawa de nous donner sa vision du sens de la vie: vivre c'est agir, mais agir pour le bien des autres. Magnifique leçon de vie qui puise dans ce qu'il y a de meilleur chez l'homme et qui trouve une résonnance particulière dans nos sociétés modernes, apogées de l'individualisme. "Vivre" est une oeuvre touchante mais qui au-delà de çà nous expose des valeurs morales d'une grande importance. La fin du film est d'une justesse démoralisante: on y voit les employés de la mairie qui, sous l'effet du saké et admiratifs de la grandeur de leur chef décédé, décident d'agir pour le bien de tous et de se mettre au travail. Ces belles intentions sont oubliées dès le lendemain, de retour à leur bureau où la loi du système reprend ses droits. Sur le fond, "Vivre" est sûrement la plus belle réalisation de son auteur. Indispensable.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 29 septembre 2006
Ceux qui peuvent encore douter des qualités de Kurosawa peuvent regarder cette leçon de cinéma et en tirer les leçons. Car seul un "Citizen Kane" peut surclasser ce pur chef d'oeuvre dans sa mise en scène et dans sa narration.
anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 29 septembre 2006
Si Akira Kurosawa reconnaissait admirer V. De Seca et être influcencé par le mouvement néo-réaliste italien au lendemain de la seconde guerre mondiale, il considère aussi Vivre comme l'oeuvre qu'il préfère à travers sa titanesque filmographie. Ce conte sur le sens de la vie et de son utilité dévoile un profond humanisme d'une naïveté assez "Capresque", et à l'essence purement chrétienne. Ainsi, un homme ordinaire et vieillissant, noyé dans sa vie banale et de bureaucrate apprend un jour qu'il est atteint d'un cancer, et qui ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Durant le récit, il cesse de se laisser porter impuissament par la vie pour véritablement vivre, et profiter de la vie avant qu'il ne soit trop tard. Une première partie présente le changement que prend cette nouvelle sur sa vie et sa conception de l'existence, représenté par un chapeau blanc qui coiffe désormais sa tête. Dans la seconde partie du film, le film diffère dans sa structure et se constitue principalement d'une unique scène où des collèges de travail l'ayant connu se retrouvent pour son enterrement. Il parle de lui, évoque son changement qu'ils n'ont pas comprit au premier abord et se rémémore les derniers moments passés avec lui. Une série de Flashback à la fois court mais puissant dans leur message nous montre les derniers instants de sa vie et le dernier combat qu'il a mené, à savoir laisser une trace de ce qu'il est devenu, et non pas de ce qu'il était, dans ce monde.
La reflexion métaphysique et personnelle de vivre est riche, illustrée avec de la détresse ( en témoigne ce montage rapide et l'allure pressante que prend le film à mesure que la santé se dégrade ) et fonctionne en adéquation avec le jeu tragique de T. Shimura qui sait être tellement digne et admirable dans ce combat pourtant perdu. Cet employé de l'administration pourrait aussi représenter pour certains le symbole d'un Japon qui meurt à la fin de la seconde guerre mondiale pour renaitre de ses cendres encore ardentes.
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 29 septembre 2006
Je n'ai pas beaucoup aimé la première partie du film et les premières déambulations du héros, mais ensuite, l'apparition de la jeune femme puis la construction en flashbacks sur la fin donnent tout l'interêt au film. Dans l'ensemble, ça m'a fait penser à La Vie est belle de Capra, avec la même morale, à ceci près que Kurosawa l'applique à la société bureaucratique japonaise dont il fait globalement la critique. A voir.
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