Calvaire décrit le chemin de croix (oui...) d'un homme à la vie pas commune (il est chanteur de maison de retraite, entres autres)dans un univers assez commun et pourtant méconnu, celui de la profonde campagne (je dis profonde non pas par snobisme citadin, mais parce que je viens d'une de ces campagnes). Proportionnellement parlant, il doit y avoir autant de tarés dans les villes que dans ces bouts de terre désertés par la jeunesse et l'énergie. Là où le temps s'est arrêté. Et où l'angoisse commence. Pas de sortie de secours, pas de groupe électrogène, pas une scène pour deviner le bout de l'enfer. Si vous manquez de souffle, de self-control, roulez sur le bitume. Echappez à la peur primale, aux cris guturaux, aux jouissances animales. Qu'est-ce qui est plus horrible et haissable que la souffrance ? Sa durée. Pourtant ici c'est un film court, mais amplement efficace, au casting impeccable, qui vous laisse muets, un peu secoués quand même, par tant de vice et de peines. Et plus tard, le recul aidant, on éclaircit, on élague, on fait le tri. Après le choc vient une prise de vue non réjouissante de l'état actuel des choses. Il n'y a pas que la banlieue qui brûle. Et, encore au-delà, à l'horizon du recul, quand on sait que ce n'est "qu'un film", on se dit que le cinéma a toujours ce goût inimitable, et que les gens qui le construisent et le portent avec autant de tripes vont encore faire des films qui remuent, et qui nous portent là où nous ne pensions pas arriver. Si l'occasion se présente pour vous...