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3,0
Publiée le 14 avril 2026
Avec Lancelot du Lac, Robert Bresson dépouille la légende arthurienne jusqu’à une forme d’ascèse radicale, où la chevalerie devient mécanique et désenchantée. Les corps, enfermés dans les armures, semblent privés d’élan, comme réduits à des gestes répétitifs et sans gloire. Bresson privilégie une mise en scène fragmentée et austère, qui refuse toute emphase héroïque. Cette rigueur, fascinante dans son principe, peut aussi instaurer une distance presque hermétique. Reste une œuvre singulière et exigeante, mais dont la sécheresse formelle peut limiter l’adhésion émotionnelle.
Il ne faudrait surtout pas aborder Lancelot comme un film de Jackson ou de Boorman : là n'est pas l'enjeu. Ce Lancelot donne au contraire à Bresson l'occasion de tester sa méthode sur le mythe, le merveilleux, et d'en donner une interprétation sèche et concrète qui mettrait en tension la légende et la basse matérialité qu'elle recèle. Il y a donc cette voix blanche bressonnienne omniprésente, qui interdit aux acteurs toute forme d'effusion pour laisser toute place au texte et à l'interprétation du spectateur ; mais aussi cette attention portée sur la réalité concrète des choses représentées, constamment soulignée par les hennissements et les bruits d'armures. Ainsi débarrassée de son folklore, la légende arthurienne devient pour Bresson le lieu d'une dualité entre les hautes aspirations et le terrien, voire le terre-à-terre (ce que les plans de pieds soulignent abondamment). C'est ainsi à une opération de déconstruction méthodique qu'il a recours ici, non sans humour, notamment quand il s'agit de souligner le ridicule de ces armures qui ne couvrent que l'avant de nos preux chevaliers. À défaut d'être particulièrement éblouissante, cette interprétation des légendes arthuriennes a l'intérêt de réfléchir à la nature et au sens de son matériau source, et est par conséquent souvent stimulante -- malgré ses atours parfois très kitsch.
Adaptation d'un moment de la légende arthurienne, celle du retour de Lancelot du lac, le meilleur des chevaliers de la table ronde, sans le graal. Cet échec, Lancelot le sait, vient de sa relation adultère avec Guenièvre la reine, femme d'Arthur. Pour éviter tout malentendu, soulignons que nous sommes chez Bresson et que le film ne s'adresse en rien au grand public. L'oeuvre de Chrétien de Troyes n'est pas ici le prétexte à des aventures à grand spectacle, mais à se resserrer sur le sens de ce moment de la légende Arthurienne. Mon hypothèse est que Bresson se propose ici d'illustrer " le désenchantement du monde". Lancelot revient les mains vide, il n'est pas un chevalier honorable et fidèle, sa relation adultère conduira à la guerre et au massacre entre les chevaliers. Réalisé avec peu de moyens, on retrouve ici la manière de faire et le style fameux du metteur en scène. Austère ( surtout dans sa seconde partie), pratiquant l'ellipse, le film appartient à la dernière période de Bresson. Voisin dans l'esprit, de "Perceval le Gallois" de Rohmer, " lancelot du lac" est un film exigeant qui s'adresse au cinéphile qui apprécie le cinéma d'auteur. Il n'est toutefois, certainement pas la porte d'entrée adéquate pour le néophyte qui souhaiterai explorer la filmographie de cet auteur. On notera la présence de Humbert Balsan, futur fameux producteur de cinéma, qui se donnera la mort plusieurs décennies plus tard, tout juste quinquagénaire.
Des collants, des boîtes de conserve, des hennissements (en fait toujours le même) et du coulis de framboise : voilà pour les effets spéciaux et sonores.
Un jeu d'acteurs et actrice qui se prend au sérieux mais ne parvient qu'à être une parodie d'intellectualisme bouffi d'arrogance, des échanges vides et indigents : voilà pour les dialogues.
Enfin, une légende revisitée mais sans légendaire, des héros sans héroïsme, une passion sans aucun lyrisme, une froideur de ton, une histoire qui se résume en une phrase et n'a strictement aucun rapport avec le roman de Chrétien de Troyes : voilà pour la narration.
... et des Bretons avec des chapeaux ronds. Un sommet de ce que le cinéma français a fait de pire.
« Kling Klang Kling Klang » et « clopa clopa clopa » représentent à peu près 50% de la bande sonore de « Lancelot du Lac », car au bruit du métal pour boite de conserve qui habille des gens belliqueux, répond celui des fers à cheval sur les pavés (y compris dans la forêt sans pavés !). Sans doute un hommage au « Jeanne d’Arc » de Fleming et l’armure bidon d’Ingrid Bergman. De plus Bresson affuble des personnages de quatre-pates très westerniens, mais avec un bouquet de couleur pour faire davantage fête foraine avec des Smarties. Epouvantablement mal filmé, (le moins nul étant encore la caméra qui se promène majoritairement sous la ceinture, le reste disputant une laideur embarrassante à une technique de mauvais vidéaste amateur), le film s’appuie (enfin si on peut dire) sur des dialogues d’une platitude de roman photo, déclamés par des récitants au voix monocordes. Comme l’ORTF a participé au financement (avec des vues quand à la diffusion sur le petit écran), les écuyers et palefreniers sont vêtus de jeans dont la marque a été soigneusement camouflée. Quelqu’un aurait du expliquer au cinéaste que de transposer la légende d’Arthur, Genièvre et les petits camarades de la meilleure manière la plus austère, c’était de ne pas faire de film du tout. A ceux qui pensaient voir une parodie (euh… Bresson serait un grand comique?) je ne parlerai même pas de la comparaison avec «Monty Python, Sacré Graal ».
Jamais je me suis aussi chier dans un film, impossible de tenir jusqu'à la fin, jeu d'acteur médiocre, décor, son, costume nul ! Une purge ! Éventuellement pour un cadeau à quelqu'un que vous détestez ....
Dès l’entame du film, Robert Bresson fait usage de trucages de mauvaise qualité sur les scènes introductives de duels armés. La narration prend ensuite rapidement le dessus sur l’action mais reste circonscrite à un court épisode de la conquête du Graal. Lancelot du Lac n’a pas la vocation d’une fresque historique tant sur la forme que sur le fond. Bresson centre son récit sur Lancelot du Lac incarné par Luc Simon - ce qui vient justifier le titre du film - et sur la reine Guenièvre interprétée par Laura Duke Condominas. L’interprétation des comédiens et quelques scènes répétitives ont raison d’une intrigue peu captivante.
Une adaptation austère et littéraire. Ce n'est pas du romanesque c'est de la réflexion qui prend appui sur la légende arthurienne riche en situations mettant en scène le devoir et l'honneur. Sans oublier également l'amour, fragile élément qui déclenche parfois la lutte. Une fresque historique intéressante et belle.
Scandaleux une comédie pillée par les monty python! Ah ce n'est pas une comédie !!? On voit bien la limite de l'utilisation de comédiens amateurs et malheureusement pour le réalisateur ce défaut va s'amplifier dans la suite de sa filmographie. Le montage n'est pas non plus très judicieux quelques scènes limites les dégats et laissent entrevoir ce qu'aurait pu être le film.
Robert Bresson frappe là où on l'attend pas en s'attaquant au mythe arthurien et principalement sur ce personnage légendaire qu'est Lancelot du Lac. Bien sûr, il l'adapte à sa manière. Loin des fresques visuellement impressionnante et pleines d'action que sont les films de Richard Thorpe ("Les Chevaliers de la Table ronde" de 1953) et de John Boorman ("Excalibur" de 1981), ce "Lancelot du Lac" propose, dans une ambiance presque intimiste, une vision iconoclaste du célèbre chevalier. L'intrigue est donc centrée sur les états d'âme de Lancelot et sur la psychologie des chevaliers de la table rondes après l'échec de la quête du Graal. Une approche intéressante pourtant gâchée par plusieurs défauts. Le premier et principal d'entre eux est assurément les comédiens eux-mêmes. Ils nouent tous plus mal les uns que les autres. Ils n'insufflent aucune vie à leurs personnages et se contentent de réciter, sans passion, leur texte. Ensuite, il faut bien admettre que si la réalisation typée de Bresson colle parfaitement à certains de ses films précédents, elle ne fait pas des merveilles pour une oeuvre comme celle-ci. La mise en scène et en effet laborieuse, maladroite et le plus souvent répétitive. Il ne nous reste pas grand-chose digne d'intérêt à se mettre sous la dent. Et ce n'est pas la pauvreté des décors et des costumes qui changera la donne. Décevant de la part de Bresson qui nous avait habitué à beaucoup mieux.
Ne vous attendez pas à voir une fresque épique arthurienne. Nous avons encore droit à l'éternelle adultère entre Lancelot et Guenièvre, plutôt que de se concentrer sur le Graal. Surtout, quand le film est réalisé par Bresson, qui livre plus un aspect poétique que guerrier. Il est difficile de parler de superproduction : les armures peinent à cacher la pauvreté des décors qui contiennent une certaine modernité ( la vieille fermière est trop contemporaine par son habit ). Ce sont les acteurs qui font reconnaître le style de Bresson : l'amateurisme peut décontenancer le spectateur, mais on ne peut le reprocher puisque le "modèle" est un choix voulu. Cela n'empêche pas que l'on puisse rire de phrases totalement en décalage avec le ton : "j'ai peur.", "je t'ordonne de te taire". Même les éclats de rire sonnent faux. L'absence de musique est en partie responsable de la monotonie progressive, sans ajouter les henissements de chevaux tournant en boucle et qui agacent très vite. Restent les scènes qui bougent plus que les nombreux dialogues, à savoir les combats : ceux du début font sourire par le grotesque et l'absurde ( ou le manque de moyens ? ), et les scènes de tournois sont très longues. Sorti en même temps que Sacré Graal, le film, mineur dans la filmographie de Bresson, est intéressant mais a été détruit par sa comparaison avec le film des Monty Python ; le sujet semblait d'ailleurs incompatible avec le style bressonnien.
L'œuvre de Bresson se fait ici des plus ambiguës. La première séquence du film pourrait illustrer la quête du Graal selon le cinéaste ; une quête qui se résumerait alors aux combats passablement sanglants entre quelques chevaliers un peu balourds (on penserait presque à « Sacré Graal »). On se dit alors qu'on va assister à une véritable entreprise de désacralisation d'un mythe, ce que la suite ne semble pas tout à fait démentir : la forteresse du roi Arthur se résume à un ensemble de pièces grisâtres, les tournois sont filmés comme des systèmes mécaniques tournant à vide, les préoccupations des chevaliers n'ont pas grand chose de noble …
Mais en même temps, il y a une sorte de pérennité du verbe, comme une force particulière accordée aux dialogues, seuls à pouvoir préserver la grandeur et le lyrisme de l'œuvre d'origine. À cet égard, on notera que, comme souvent chez Bresson, le jeu d'acteurs est des plus minimalistes, comme si ces derniers étaient forcés à réciter leur texte. Se crée alors une sorte de discordance interne au film, où deux mouvements antagonistes s'affrontent – l'un vouant une œuvre à l'usure, l'autre s'employant étrangement et faiblement à lui faire garder quelque souffle épique.
Rarement tel film aura donné un tel ressenti d'irréductibilité- le montage est un hachoir dans certaines séquences, un marque-page dans d'autres, le tout est infiniment doux et poétique avant d'enchaîner les manifestations d'une violence d'ampleur inédite. Bâti sur des antithèses et des contrastes, Lancelot du lac donne par moments l'impression que le temps s'arrête. Lorsque toute rencontre était encore une aventure dans les tenants de l'humanité, telle chose nous était familière. Le film suivant illustrera la même situation, mais, cette fois-ci, il n'y aura plus aucun idéal, fût-il à revoir à la baisse, juste du malheur s'abattant sur des poupées déshumanisées.
Robert Bresson adaptant les romans de chevalerie de Chrétien de Troyes, ce pourrait être une blague, mais non. Il l'a fait. À sa manière. Autant dire que l'on est à mille lieues des flamboyants Chevaliers de la Table ronde de Richard Thorpe, ou encore d'Excalibur, de John Boorman. On ne pouvait rêver adaptation plus triste. Voix blanche des acteurs, jeu désincarné, décors de misère, austérité narrative... Un film sans passion, sans vie. D'une grande rigueur, certes, mais formidablement ennuyeux. À bas la dimension romanesque et spectaculaire, vive le jansénisme ! Prix de la critique internationale au festival de Cannes 1974.
L’image du cheval emballé et sans cavalier qui clôt « Lancelot » est un peu la métaphore de la manière de Bresson arrivée à ce film : un procédé de dépouillement lancé au galop, parfois pour le mieux, mais mettant aussi à coté de la plaque. Il sert parfois la profondeur spirituelle du propos, comme le ferais la nudité de certaines églises romanes. C’est surtout vrai des scènes d’intérieur, de celles de dialogues. Mais ça reste beaucoup plus problématique dans la stylisation des scènes d’action. On a par exemple du mal à comprendre pourquoi le tournoi n’est plus guère qu’une gestuelle répétitive à la limite du comique. L’ellipse est poussé tellement poussé dans le final qu’on a l’impression qu’il est bâclé.