La Bête humaine
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102 critiques spectateurs

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anonyme
Un visiteur
5,0
Publiée le 22 janvier 2013
Un bon petit film populaire signé Jean Renoir, à partir du roman d'Emile Zola. Renoir est toujours dans sa logique de nous montrer le "petit peuple" et ça marche. On est dans un milieu populaire, celui des cheminots. L'histoire se situe durant la période industrielle de la France. On retrouve cet aspect populaire dans les dialogues notamment, dans les façons de s'exprimer. Ce n'est pas le film que j'ai préféré de Renoir, mais ça reste un super film.
soniadidierkmurgia

1 435 abonnés 4 337 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 23 avril 2024
“La bête humaine “ de Jean Renoir tourné en 1938 fait incontestablement partie des dix films qui ont forgé la légende de Jean Gabin devenu en trois ans le héros romantique et tragique du Front Populaire. Trois films tournés avec Julien Duvivier (La Bandera”, “La belle équipe”, “Pépé le Moko”), trois avec Jean Renoir ( “Les bas-fonds”, “La grande illusion”, “La Bête Humaine”), deux avec Marcel Carné (“Le quai des brumes”, “Le jour se lève”) et deux avec Jean Grémillon (“Gueule d’amour” , “Remorques”). Héros romantique croisant sur l’écran Anabella, Viviane Romance, Suzy Prim, Jany Holt, Mireille Balin, Dita Parlo, Michèle Morgan et Simone Simon. Héros tragique car ne parvenant presque jamais à s’extraire de sa condition pour accéder au bonheur que le plus souvent il ne fait qu’entrevoir ou encore rattrapé par un passé sombre qui le mène imanquablement dans une impasse. Héros d’un Front Populaire qui n’aura duré que deux étés pour laisser place à la menace d’une guerre qui en août 1938 alors que démarre le tournage de “La bête humaine”, paraît inéluctable.
Jean Renoir l’a bien compris qui est déjà revenu de sa “Grande Illusion” et de son compagnonnage avec le Parti Communiste qui doit beaucoup à sa liaison avec sa monteuse Marguerite Houllé dont la famille était fortement engagée politiquement. L’échec tout récent de “La Marseillaise” fresque historique manichéenne financée par le PCF, le porte vers un retour à plus de simplicité et moins d’ambition politique pour son prochain film. Quand il arrive tardivement sur le projet d’adaptation de “La bête humaine”, Renoir très emballé par la thématique centrale du film liée à l’atavisme familial qui handicape les classes populaires à travers l’alcoolisme, se met en tête d’inscrire son nouveau travail dans la veine esthétique du “Quai des brumes” qui est en train de triompher avec Jean Gabin dans le rôle du déserteur. Film qu’il qualifia de fasciste et que toujours un peu “vachard” il renomma “Le Cul des brèmes”, provoquant l’ire de Jacques Prévert qui avait écrit le scénario pour Marcel Carné.
Il entend avec l’aide posthume de Zola, ancien ami de son père et qu’il avait déjà adapté douze ans plus tôt ( “Nana” en 1926), démontrer que lui aussi sait confectionner du réalisme léché mais sans que les coutures en soient apparentes. Sur la genèse du projet, le réalisateur n’a encore une fois pas pu s’empêcher de s’accomoder avec la réalité historique. Celui-ci était semble-t-il tout d’abord dans les mains du jeune réalisateur Marc Allégret à partir d’un scénario de Roger Martin du Gard qui déjà avait déplacé l’action de 1869 à 1914 (Renoir la placera dans les années 1930). Parallèlement Jean Grémillon était embarqué avec Gabin sur un projet nommé “Train d’enfer”. C’est par l’intermédiaire de Denise Tual , ancienne monteuse sur “La chienne” (Jean Renoir en 1931) et devenue productrice suite à son mariage avec Roland Tual que le scénario écrit par Martin du Gard serait parvenu entre ses mains. Opportuniste Jean Renoir l’a certainement été, sachant saisir sa chance mais laisser croire que le projet était en maturation dans son esprit depuis un moment est sans doute exagéré.
Très prompt et efficace, il comprend que le roman sera trop lourd à porter à l’écran en raison du nombre de personnages et de sous-intrigues à caractère social qu’il contient. Il se concentre donc sur la personnalité de Jacques Lantier rongé par ses pulsions meurtrières et sur la Lison dont la vitesse et l’attention qu’elle requiert semblent seules capables d’empêcher le cheminot de sombrer dans la folie. Autant dire que le grand styliste qu’était Renoir va faire merveille, livrant une séquence d’ouverture dantesque et lyrique montrant La Lison lancée à toute vapeur entre Rouen et Le Havre avec à son bord Jean Gabin et Julien Carette à la manœuvre. Des plans magnifiques des deux hommes au travail filmés par Claude Renoir (le fils de Pierre Renoir) qui sont toujours aussi grisants. Gabin noir de charbon, lunettes de protection plaquées sur le visage penché à l’extérieur de la locomotive dit tout de ce qui unit le conducteur à sa machine comme substitut à un plaisir sexuel qui lui est impossible à satisfaire sans violence comme le montrera peu de temps après Renoir dans la scène avec Blanchette Brunoy échappant de peu à une étreinte mortelle stoppée par un train passant à toute vitesse. La boucle est bouclée, Lantier est enfermé en lui-même. Pour filer la métaphore sexuelle, l’entrée dans la gare du Havre avec la machine comme repue du plaisir que lui a donné celui qui l’a poussée à pleine vitesse est tout simplement magique.
Du début à la fin, Jean Gabin est encore une fois époustouflant qui s’il ne portait pas très bien le costume dans les films d’époque était complètement lui-même dans les habits de l’ouvrier qu’il soit au travail, dans un bal musette ou accoudé à un comptoir. La peur de lui-même qui ne quitte jamais Lantier se lit sur le visage de l’acteur, n’offrant pratiquement jamais l’expression de la joie ou même du simple repos. Quand il rencontrera Séverine (Simone Simon) la femme de son sous-chef de gare joué par un terrifiant Fernand Ledoux à contre-emploi, son destin funeste se met en marche face à ces deux-là unis par un crime de jalousie. La narration est exactement en ligne avec l’angle précis choisi par Renoir qui accompagne Lantier sur son chemin de croix. Si l’on adopte le point de vue du réalisateur et la partition que lui offre un Jean Gabin à son meilleur, difficile de ne pas être fasciné par cette frénésie mentale qui ne pouvait se conclure que par un saut hors de La Lison, dernier lien terrestre pour celui qui n’était en réalité qu’un mort en sursis.
Julien Carette qui est Pecqueux le fidèle compagnon de Lantier montre ici que la sobriété lui allait comme un gant, parfois un peu trop démonstratif dans la gaudriole roborative qu’on lui réclamait trop souvent. Enfin, concernant Simone Simon dont la prestation a parfois été jugée décevante, on doit seulement se demander qui à l’époque aurait pu la remplacer dans ce rôle de femme-enfant tout à la fois candide et calculatrice. Françoise Arnoul aurait sans doute été la plus indiquée mais elle était alors seulement âgée de sept ans ! Enfin, saluons Jean Renoir qui utilise ici au mieux le Stradivarius qu’était un Jean Gabin que l’on pouvait trouver en retrait lors de sa rencontre un peu frustrante avec Louis Jouvet sur “Les bas-fonds” et trahissant à travers un jeu atone ses doutes sur les tenants et aboutissants de “La grande illusion” dont il semblait avoir compris avant son réalisateur l’inanité et l’irréalité de la démarche.
this is my movies

823 abonnés 3 087 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 10 juillet 2014
Difficile pour moi de bien noter ce film en raison de ses qualités cinématographiques évidentes que sont bien sûr la virtuosité de la mise en scène de J. Renoir, qui nous offre des séquences ferroviaires avec des caméras embarqués absolument sidérantes, toujours aussi puissantes de nos jours, une lumière magistrale, un J. Gabin au top mais seulement voilà, je m'attendais à un film plus social, avec une description, qui se promettait fascinante, du métier de cheminot, autrement plus difficile et pénible qu'aujourd'hui (comme à peu près tous les corps de métier me direz-vous). Seulement, Renoir a préféré l'évocation du destin de Lantier et on a donc droit à une énième histoire d'amour tragique et incompréhensible (pourquoi et comment tombent-ils amoureux ? Nul ne le sait, les scènes censées représentées cet amour naissant n'existant pas à mon goût) et si ce destin est bien sûr ô combien tragique, il a surtout été déjà vu et revu des centaines de fois, surtout à cette époque. C'est beau et tragique, les acteurs sont plutôt bons (sauf S. Simon, qui est vraiment insupportable) et les dialogues sont bien soignés. Mais ça ne m'a plu en l'état actuel. Dommage pour moi je crois. D'autres films sur
Max Rss
Max Rss

252 abonnés 2 307 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 novembre 2021
Il y a un truc qui m'avait frappé la première fois que j'avais vu ce film et qui m'a encore plus frappé à la revoyure : on ne va pas se mentir, en terme d'histoire, de dialogues et de mise en scène, bref en terme de cinéma, cette "Bête humain" est une véritable pièce-maîtresse mais, et ce à plusieurs reprises, elle passe tout près d'être foutue en l'air à cause de deux choix de casting peu judicieux. Et pour cause, Fernand Ledoux fait un Roubaud fade et peu crédible tandis qu'à ses côtés, Simone Simon est l'auteure d'une prestation (très) souvent agaçante. Heureusement, pour palier à ces grosse lacunes, on retrouve un nommé Jean Gabin, impérial de bout en bout, dans un rôle qui, même avant qu'on lui propose de le jouer, était fait pour lui. Rappelons que l'acteur, du temps de son enfance, rêvait de devenir conducteur de locomotive. Il n'y a aucun hasard. Avant de venir au cinéma, il était déjà promis à être un jour ou l'autre un Lantier plus vrai que nature.
NoSpoil
NoSpoil

76 abonnés 138 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 28 décembre 2022
N'ayant pas lu l’œuvre littéraire, je ne juge que le film. Pourtant assez indulgent avec les classiques, je trouve qu'il a très mal vieilli. Le jeu d'acteurs est passable, voire mauvais (si, je maintiens). Jean Gabin, notamment, nous a prouvé ensuite qu'il savait faire beaucoup mieux. Ici, difficile de croire en son mal intérieur. Pour le reste, l'intrigue policière n'est pas franchement excitante de suspens et il y a beaucoup trop de lenteurs. La musique, classique et omniprésente, empêche certains silences salutaires de s'installer. Sûrement un film qui en son temps a marqué, mais aujourd'hui, l'impression générale a bien changé.
Maqroll
Maqroll

203 abonnés 1 123 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 9 juin 2011
Entre ses deux grands chefs-d’œuvre, La Grande Illusion et La Règle du jeu, Renoir adapte le roman de Zola pour offrir à Gabin un rôle de conducteur de locomotive. Les images sont grandioses, magnifiées par le noir et blanc et toutes les nuances de gris du charbon, de la locomotive et de la poussière. Le film déroule une forêt de symboles pour exprimer les passions humaines, de la locomotive entrant sous un tunnel au débordement des flots lorsque Lantier et Séverine cèdent à leur amour. Gabin tient là un de ses derniers grands rôles (après la guerre, il y aura la traversée du désert puis il se tournera vers le cinéma commercial) et la distribution autour de lui est aussi prestigieuse qu’éblouissante : Fernand Ledoux en mari bafoué, Simone Simon en séductrice diabolique, Julien Carette en ami dévoué et Blanchette Brunnoy en jeune fille pure. L’intrigue est épurée, le montage est d’une précision magique et la musique de Kosma vient appuyer chaque moment de cette tragédie. Le seul problème est que Renoir n’a visiblement su que faire du naturalisme de Zola qui rend l’atavisme alcoolique responsable de la folie meurtrière de Lantier. Cette thèse, reprise de nos jours par nos gouvernants et certains de nos psychiatres, selon laquelle les maladies psychiques sont des tares héréditaires, est plus que discutable et même dangereuse pour l’humanité. Renoir l’humaniste a du mal à composer avec elle et il ne fait que l’esquisser sans jamais la développer, ce qui est bien compréhensible (et même tout à son honneur) mais laisse une part de flou dans la conduite du récit et surtout au niveau du propos. Du coup, la « bête humaine » devient difficile à saisir, dans son essence et dans son symbole (la Lison). Mais, à cette réserve près, La Bête humaine reste, pour ses qualités cinématographiques pures, un grand moment de la carrière de Renoir et du cinéma français de l’avant-guerre.
Ti Nou

624 abonnés 3 851 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 26 septembre 2010
Il ne fallait pas moins que le charisme de Jean Gabin pour incarner le personnage de Jacques Lantier né sous la plume d'Émile Zola. Grâce à la qualité de sa mise en scène et des interprètes, Jean Renoir réussit une brillante romance tragique.
Shephard69

405 abonnés 2 259 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 décembre 2016
Peut-être pas le film le plus connu de Jean Renoir mais une oeuvre magnifique fortement influencée par le cinéma muet mais étonnamment facile d'accès grâce à une mise en scène moderne et des personnages à la psychologie profonde et fouillée. Un film noir dans la lignée classique du genre avec ce triangle amoureux avec des acteurs livrant chacun des prestations fortes entre Jean Gabin en proie à des pulsions meurtrières, Simone Simon en épouse volage et Fernand Ledoux en mari jaloux. Un long-métrage remarquable également pour ses scènes en cabine de pilotage de locomotive, probablement les plus belles séquences de train. Un chef d'oeuvre.
ManoCornuta

359 abonnés 3 068 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 2 décembre 2018
Renoir a toujours excellé dans la peinture sociale, et cette Bête Humaine lui donne encore l'occasion de formidables séquences sur l'univers des cheminots (notamment la scène d'ouverture), où son sens du détail fait merveille. Au-delà de cet aspect, le film présente un drame noir assez ordinaire dans sa structure comme dans l'interaction des personnages, offrant à ses acteurs quelques beaux moments, mais l'ensemble commence à accuser le poids des ans; l'histoire en elle-même ne fonctionne que sur peu de ressorts, ce qui n'engendre guère de surprises pour le spectateur au final. Le film reste toutefois intéressant aussi pour sa représentation des "petites mains" et son sens dramatique.
Yasujirô Rilke
Yasujirô Rilke

272 abonnés 1 059 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 mars 2008
Film emblématique du réalisme poétique français des années 30, «La Bête humaine» (France, 1938) de Jean Renoir adapte le roman homonyme d’Emile Zola. Les deux œuvres se dissociant en bien des points, ce n’est pas dans la force de transposition qu’il faut voir la réussite de Renoir. Le titre du film a son importance est qualifie amplement chaque personnage. La bête humaine n’est pas seulement Lantier (Jean Gabin), héritier des Rougon-Macquard. C’est en chacun que gronde la sauvagerie. Par sauvagerie il n’est pas question de vulgarité ou d’insociabilité. La sauvagerie tient là de sa définition ontologique. Est sauvage ce qui est dépendant, subordonné à-. Et Renoir, adroit analyste de ses contemporains, sait que la civilisation n’amène pas à la libération des hommes mais à leur assujettissement. Tout commence dans un fracas tumultueux, dans l’assourdissant aigu d’un train en marche. L’industrie du monde s’offre à nous d’emblée comme un monstre vociférant et étouffant. La sombre intrigue ne fera que confirmer cette cohue des choses. Et si la vie des hommes est ainsi, c’est car aucun n’est libre, aucun ne peut disposer de sa personne. Lantier est subordonné au train, à la machine, seule capable d’apaiser ses accès de folie meurtrière ; la douce et troublante Séverine est esclave de son passé, ne pouvant aimer sans oublier son enfance ; Roubaud également ne peut vivre heureux, captif de l’amour qu’il porte pour Séverine. Chacun ici est une bête sauvage incapable de vivre indépendant. L’industrialisation est la cause de ces maux. Renoir ploie les codes du réalisme poétique, ses brumes aveuglantes, pour les mettre au profit d’un monde qui s’évapore, d’une liberté d’existence qui se dilue au profit de la machine. La folie des êtres n’en est pas à sa première représentation chez Renoir. «Nana» (France, 1926) et «La Chienne» (France, 1931) déjà relataient la corruption de l’esprit par la femme.
Ghibliste
Ghibliste

94 abonnés 577 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 5 mars 2015
"La Bête Humaine", adaptée au cinéma par Jean Renoir, ce sont d'abord de très belles images embarquées sur les voies ferrées, où l'on se retrouve comme happés par l'horizon... A l'image de Jean Gabin, même si celui-ci connaîtra des rôles plus adaptés à son charisme. En tout cas, d'un point de vue technique, le film est excellent. Et les dialogues sont également très bons... Mais voilà, le roman d'Emile Zola est bien trop complexe pour être traité en un laps de temps aussi court, et du coup on passe à côté de pas mal de choses, comme des comment et des pourquoi de la folie de Jacques Lantier... Au final, il y a dans la mécanique si bien huilée de "La Bête Humaine" comme un petit quelque chose d'inabouti, voire de superficiel...
Eowyn Cwper
Eowyn Cwper

163 abonnés 2 040 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 14 janvier 2016
Une adaptation de Zola qui se devait d'être à la hauteur, et qui est finalement portée au pinacle de façon tout à fait normale par la prestation de Simone Simon pour le côté "gentil et mignon" qui contrebalance la dureté du rôle de Jean Gabin, dont on réalise spécialement le talent lorsque figure dans son texte la phrase introductive du film, elle-même tirée du livre. Le fond très psychologique qu'en tire l'oeuvre cinématographique ne peut que rendre attrayante l'atmosphère pourtant horriblement oppressante et glauque. Bref, un bon mélange, une alchimie qui marche et un film d'anthologie.
Jack G
Jack G

12 abonnés 175 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 13 mai 2020
Dans cette libre adaptation du roman éponyme d’Emile Zola, publié en 1890, Jean Renoir, l’un des cinéastes français les plus actifs du mouvement réaliste poétique des années 1930-1940, plonge dans l’enfer de suie et de feu des anciennes locomotives pour raconter une tragédie humaine et sociale.
C’est la deuxième fois que Renoir s’attèle à adapter une œuvre d’Emile Zola, après Nana, réalisé dix ans plus tôt. L’échec cruel qui s’ensuit marque le réalisateur, mais l’appel des caméras reprend vite le dessus.
Si Jean Renoir abandonne ou modifie plusieurs éléments de ce dix-septième volume de la série des Rougon-Macquart, il veille tout de même à en conserver l’esprit. Ainsi, s’il déplace l’époque de l’intrigue de 1869, en plein Second Empire, à la période contemporaine des années 1930, le milieu ferroviaire est gardé. Toutefois, et de façon compréhensible, il simplifie l’action et résume les 400 pages de l’œuvre originale, trop longue pour être fidèlement adaptée. Il abandonne également la dimension sociale du roman et la description d’une société bourgeoise sur le déclin, même si le pouvoir arbitraire des puissants est dénoncé à travers le personnage de Grandmorin. Enfin, la conclusion du film est différente de celle du livre, où Jacques et Pecqueux se battent sur la plateforme du train et finissent par mourir, emportés sous les roues. Ce changement, s’il est peu fidèle au livre, a quand même le mérite d’enrichir l’idée du drame humain de ce cheminot rongé par la violence et manipulé par séductrice peu scrupuleuse. Jean Renoir place donc Jacques Lantier au centre de son intrigue, comme il le prouve dès l’introduction du film, où le réalisateur reprend quelques lignes du livre faisant directement référence au personnage en question.
Fidèle au réalisme qui caractérise l’essentiel de son œuvre, Renoir offre un long-métrage avec un fort aspect documentaire. En effet, le film est tourné en août et septembre 1938, soit l’année suivant la création de la SNCF, qui n’a pas hésité à fournir de lourds moyens à cette vitrine cinématographique du monde ferroviaire : tronçon de voie et train à disposition de l’équipe de tournage, et formation de conducteur de train pour Jean Gabin notamment.
Tourné la même année que Le Quai des Brumes, film assez proche sur le style et les thématiques, La Bête humaine traduit la même anxiété des dernières années précédant la Seconde Guerre mondiale, une inquiétude générale sur laquelle Jean Renoir s’est confié en évoquant le film : « Je voulais faire un film agréable, mais qui soit en même temps une critique d’une société que je considérais comme résolument pourrie et que je continue à considérer comme résolument pourrie, parce que cette société est la même, elle n’a pas fini de nous entraîner vers de très jolies catastrophes… »
Si dans le monde réel, la véritable catastrophe à venir est d’ordre politique, dans La Bête humaine, elle provient des passions et des pêchés humains. Jacques Lantier, conducteur de la locomotive Lison, fait équipe avec Pecqueux sur la ligne de chemin de fer qui relie Paris au Havre et fait la rencontre de Séverine. Epouse de Roubaud, chef de la gare du Havre, elle entretient une liaison avec un homme riche et la découverte de son adultère conduit Roubaud à assassiner son adversaire sous les yeux de sa femme. Dès lors, les deux époux maudits se retrouvent scellés par ce secret sanguinaire, et dans l’espoir illusoire de s’affranchir de cette prison, Séverine séduit le torturé Jacques Lantier, ravagé par une pathologie psychologique qui le pousse à des excès de violence. Les deux amants entretiennent une relation passionnée à l’issue de laquelle la vamp utilise ses beaux yeux et leur amour pour persuader sa proie d’éliminer la source de ses ennuis.
Dans ce romantisme noir, Jean Gabin offre l’une de ses prestations les plus sincères, belles et fragiles, pathétiquement humaines et terriblement émouvantes. A ses côtés, Simone Simon, de retour en France après son échec aux Etats-Unis, interprète Séverine, aussi sensuelle et féline que douce et fragile. Malgré un manque de perversité et de malveillance dans son rôle de femme fatale, l’actrice parvient à faire naître une certaine ambiguïté sur ses véritables intentions, qui peuvent autant troubler Lantier que le spectateur. Enfin, certains rôles secondaires parviennent à se détacher du lot et à étoffer l’ensemble, tels que Fernand Ledoux dans le rôle du mari meurtrier ; Julien Carette dans celui du collègue de Lantier ; et enfin, Renoir lui-même, qui campe l’innocent cruellement jeté en prison à la suite des omissions volontaires de Lantier, Roubaud et Séverine.
Ce drame humain, ce documentaire du milieu ouvrier dans le ferroviaire, bénéficie d’un réalisme et d’un romantisme dont la noirceur est magnifiée par le style de Renoir. En 1954, Fritz Lang réalise un remake de La Bête humaine, sous le titre « Désirs humains », avec Glenn Ford et Gloria Grahame.
Attigus R. Rosh
Attigus R. Rosh

253 abonnés 2 690 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 24 octobre 2016
La Bête Humaine est un très bon film de la part de Jean Renoir.
L'histoire est très bien (tout le mérite revient quand même à Émile Zola).
Jean Gabin porte sublimement le film, grâce au rôle fascinant, d'un homme essayant de contrôler un démon en lui (qui prennent la forme de pulsions meurtrières). Simone Simon est une excellente comparse féminine et le duo entre les deux acteurs est très bien. Fernand Ledoux et Julien Carrette sont bien également.
Le monde des chemins de fer est très bien représenté et constitue un décor parfait pour cette intrigue.
Un grand classique.
Eselce

1 621 abonnés 4 240 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 13 février 2018
On ne voit rien, tout est suggéré. Seule l'introduction en locomotive est bien ! Le film contient des longueurs à foison, aucune musique d'ambiance à moins que les personnages ne soient au bal ou près d'un orchestre. Des acteurs qui semblent en roue libre et une histoire qui traîne, qui traîne... Avec des dialogues à l'eau de rose, ennuyeux au possible ! Finalement, je ne suis pas du tout bon public des films de Jean Renoir... Le tic malheureux de Jean Gabin est pas mal.
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