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In Ciné Veritas
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4,5
Publiée le 7 décembre 2020
Nul doute, en tournant L’incinérateur de cadavres (1968), Juraj Herz a réalisé un des films les plus audacieux et marquants de la Nouvelle Vague du cinéma tchécoslovaque. Produit sous une dictature (tournage interrompu par l’arrivée des chars en Tchécoslovaquie, montage technique réalisé en secret), le film longtemps censuré relate l’insidieuse folie de son protagoniste principal peu à peu happé par l’idéologie nazi. Pour aborder ce sujet rude à travers la trajectoire de cet homme, Herz fait démonstration d’une grande inventivité et aisance dans la mise en scène adoptée. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2020/12/07/lincinerateur-de-cadavres/
Avec une incroyable maitrise, le réalisateur tchèque Juraj Herz donne forme à la folie dans ce long métrage noir et glauque. La mise en scène tient tout simplement du génie et accentue cet effet de démence progressive affectant le personnage principal qui, il faut le dire, n'est initialement pas net du tout. Gros travail également dans le montage et la prise de son. Si l'ensemble est complètement décalé, le film ne tombe jamais dans l'incohérence même si la compréhension de certains éléments demeure malaisée.
Karl gère un crématorium en Tchécoslovaquie où il vit avec sa femme et ses deux enfants. Sa fascination pour ce procédé va devenir une véritable obsession, et, contacté par des Nazis il deviendra un de leur « technicien ». Une photographie superbe et morcelée mêlant gros plans furtifs (animaux, parties du corps et du visages...), érotisme (beaucoup de nus) et mort. Le personnage de Karl se dédouble progressivement. Il se sent responsable d'une mission : débarrasser l'humanité de sa souffrance en la brûlant. « Dans la vie rien n'est plus sûr que la mort ». Ce que l'on prend au départ pour un humour cynique, s'avère en réalité être une véritable profession de foi. Karl apprend que sa femme a du sang juif, mais rien de l'arrêtera dans sa quête « mystique », où il se confond de plus en plus avec la réincarnation de Bouddha. Un film bad, d'autant plus que la violence est amortie par ses discours habités, son délire perfectionniste, les tués sans cris, et une musique classique douce qui mettent le spectateur dans un état de malaise permanent. Nous plongeons avec horreur dans la logique d'un fou. Ma scène préférée reste celle où il assiste à une fête juive sombre en tant que taupe, scène où le déclic irréversible se produit : il est fasciné par l'un d'eux chantant pieusement ce qu'il exècre, la douleur et la souffrance. Grand film esthétique et pensée profonde sur l'impact du délire de grandeur dans la destruction des races (et ici le procédé pour Karl compte davantage que l'extinction des juifs en soi semble-t-il), même si perso les 1H30 de super glauque n'ont pas évidente à absorber surtout qu'aucune libération ne se produit dans un quelconque châtiment.
Intéressant dans la forme, voire comme témoignage de l'originalité d'un cinéma tchèque disparu , mais surtout un petit film morbide, à la mise en scène complaisante pour son acteur malsain . Relents d'antisémitisme insupportables que la critique feint d'ignorer.