Un petit film fauché, crade et sincère, qui réussit à être plus touchant qu’il ne devrait.
Dans un New York crasseux du début des années 80, un jeune homme débarque dans un hôtel miteux avec un grand panier qu’il ne quitte jamais. À l’intérieur, un secret difforme, une blessure qu’on ne peut ni cacher ni fuir.
Tourné en 1981 dans les rues de Manhattan sans autorisation et avec à peine 40 000 dollars, Basket Case s’inscrit au cœur du cinéma d’exploitation new-yorkais, à une époque où Times Square symbolisait encore la décadence urbaine : vitrines de peep-shows, hôtels insalubres et ambiance punk. Frank Henenlotter, cinéaste autodidacte et marginal, tourne avec des acteurs inconnus et une caméra 16 mm qui capture la crasse et la vitalité d’un New York disparu. Ce réalisme brut confère au film une authenticité rare : curiosité horrifique mais aussi instantané du monde souterrain de l’époque. À sa sortie en 1982, le bouche-à-oreille transforme cette production fauchée en phénomène underground, portée par un public avide de liberté et d’irrévérence.
Henenlotter signe l’un des films les plus étranges du cinéma bis américain. Il transforme une histoire grotesque en parabole sur la marginalité, la fraternité et la part monstrueuse qu’on porte tous en soi. Derrière le gore et les cris, il filme deux êtres rejetés, liés par une dépendance aussi violente que tragique. L’esthétique bricolée, sang épais, latex visible et stop-motion maladroit, donne au film un ton singulier, parfois involontairement comique mais toujours sincère. Rien n’est lisse, tout est viscéral, animé d’une liberté totale.
Le film interroge ce que signifie être complet : la chirurgie n’a pas réparé, elle a mutilé. C’est une métaphore du déni de soi et de la peur de la différence. Basket Case parle de ceux qu’on cache, les corps difformes, les pauvres, les laissés-pour-compte. Belial, le frère siamois, n’est pas qu’un monstre : il incarne le double refoulé de Duane, sa colère, sa sexualité, ses pulsions. Henenlotter montre que le danger vient de ce qu’on a voulu séparer pour paraître normal.
J’ai trouvé le film agréable à regarder, original et parfois dérangeant, même si certaines longueurs rappellent son statut de série B. Son réalisme renforce la peur, au point qu’un jeune public pourrait être marqué malgré des effets datés. Avec un budget aussi dérisoire, il aborde un nombre étonnant de thèmes : le corps, la différence, la solitude, la folie.
Malgré son aura culte, Basket Case reste bancal. Le jeu maladroit des acteurs et les effets rudimentaires trahissent la pauvreté du tournage, mais ces failles participent à son charme. Sous son vernis gore et son humour de série Z, c’est une œuvre imparfaite mais attachante, où Henenlotter transforme la laideur en humanité.
Œuvre fauchée et vibrante, Basket Case parle du rejet, du corps et du lien fraternel avec un mélange d’ironie et de désespoir. Un film inégal, mais sincère jusque dans ses maladresses, où la monstruosité devient un miroir et où la tendresse finit par surgir du panier.