Gilliam avait de la créativité à revendre. Après le quasi-cauchemardesque Brazil où il nous faisait vivre la dystopie d'un futur proche, il réinvente l'utopie dans le passé avec ce remake non officiel de l'histoire de ce fou de Münchausen qui se serait battu contre des moulins à vent… sur la Lune.
Gilliam y déplore ouvertement le manque d'imagination de ses semblables. Manquant lui-même de place comme de budget pour y caser la sienne, il accomplit un coup d'éclat en glissant sa propre interprétation du baron de Münchausen : rêveur des temps passés, le personnage est visionnaire, un peu comme s'il avait été le premier à toucher au futurisme. Devant la caméra de l'ex-Monty Python, il devient un personnage entier et sans faiblesses venant de Verne et de Méliès ; c'est un Cyrano et un Don Quichotte, un être sans âge.
Se baladant entre conte de fées et délire absurde, Gilliam apporte le point final ambigu à une sorte de trilogie sur chacun des trois âges commencée avec Time Bandits et Brazil. Il y accède à la quintessence de son talent graphique, faisant de cet ouvrage une promenade interminable dans ses visions d'artistes. Et extrêmement lourde à suivre.
Cette fois-ci le thème léger ne s'y prête pas : il faut vraiment aimer Gilliam pour aimer Münchausen. Mais si l'on veut assister à la transposition d'une imagination contemporaine débordante dans un âge passé, c'est un incontournable.
Si beaucoup voient dans le cinéma de Gilliam une résurrection enjouée et foisonnante du monde de l'enfance, je suis à des années-lumières de posséder la bonhomie nécessaire pour donner toutes leurs chances à ses récits. Ces Aventures du Baron de Munchausen m'auront encore plus irrité que Time Bandits. Car c'est bien de l'irritation et non de l'ennui que ce cinéma m'inspire : ne s'adressant pas vraiment aux enfants (de temps à autres, le récit se dote d'une certaine violence grotesque, un peu comme la signature de Gilliam qui l'utilise comme un jouet comique typiquement adulte) il remet pourtant tout en place de leur univers dans un mimétisme pour moi complètement vain. Sans développer une quelconque mélancolie, un regret cotonneux de cette époque ou le rêve était si naturel, Gilliam s'enfonce dans un vase clos auquel je m'étonne vraiment que tant ajoutent foi. Les moments poétiques sont rares (le croissant de Lune, le baron qui émerge en se tirant par les cheveux - point d'accroche du film de Gilliam sur la vraie légende de ce fantasque personnage de la culture allemande) et scène après scène, tout se construit comme un grand bazar mal rangé, une chambre pleine de jouets qui n'est pas la mienne, et que le propriétaire des lieux ne fait aucun effort pour me la faire visiter. Oui Gilliam est resté un enfant, tant mieux pour lui. Pour certains, il est pourtant impossible de s'oublier ou de remonter le temps et d'apprécier une oeuvre qui ne se destine in fine à personne d'autre qu'à son propre réalisateur. Un long-métrage incroyablement recentré sur lui-même.
Déjà adaptées au cinéma, notamment par Georges Méliès (1911) et Josef von Báky (1943), les aventures du baron de Münchhausen, officier allemand du XVIIIème siècle dont le récit romancé des exploits a mis en ébullition des générations d’artistes, ne pouvaient que titiller le fantasque Terry Gilliam. Il réalisait en 1988 ce film incroyable, à l’inventivité folle et à l’énergie débordante, qui nous embarque tour à tour dans les airs, sur la lune, dans un volcan, dans le ventre d’un poisson géant au cœur de batailles homériques sur terre. L’occasion pour l’ex-Monty Python d’exposer toute la richesse de son univers extravagant, sombre et exubérant, à travers des créations visuelles démentes, des situations improbables et d’un humour absurde. Si John Neville dans le rôle titre est génial, plusieurs seconds rôles sont également bluffants (citons Oliver Reed, Uma Thurman et Robin Williams). Une impressionnante débauche de moyens au service d’un cinéma grandiose, personnel et exigeant : rares sont les cinéastes tels que Terry Gilliam à avoir réussi cet exploit qui lui valut les éloges de la critique mais hélas, dérouta le public à sa sortie en salle.
Ah le cinéma de Terry Gilliam me fait toujours autant rêver ! Cette version truculente des "Aventures du Baron de Munchausen" a de quoi insuffler le goût de l'aventure à toutes les générations : personnages grandiloquents et dotés de capacités fantastiques, univers burlesques où foisonnent les trouvailles graphiques et visuelles, humour et farce dans la plus pure tradition du théâtre populaire, ce cocktail détonnant donne un résultat joyeusement chaotique et un peu foutraque pour le plus grand bonheur des éternels rêveurs. Les acteurs participent au capharnaüm général en ajoutant une touche de folie ou de démence, et la mise en scène de Gilliam fait fantasmer notre imaginairespoiler: (cf la lune, le volcan, la poiscaille..) . On pourra par contre regretter la lourdeur de certaines scènes comme l'interminable séquence avec le roi de la lune et d'autres, moins longues mais tout aussi lassantes, et un aspect foutoir un trop important, mais pour l'essentiel cela demeure une réussite sur tous les plans. Particulier mais jubilatoire !
J'ai une préférence pour la version allemande, colorée et très bien rythmée des aventures de ce même baron tournée pendant la période nazie avec lequel ce film n'a trop rien à voir, si ce n'est le titre, comme il est d'ailleurs bizarrement précisé dans le générique de fin ; mais j'ai bien aimé tout de même le Gilliam. Les décors et les effets spéciaux, stupéfiants de beauté et avec une poésie à la Méliès, ont parfois la fâcheuse tendance à écraser le récit et les personnages mais le film est diablement divertissant, sans pratiquement de temps morts, et avec des séquences d'action loin de manquer d'imagination ; et comme il y a beaucoup d'humour en plus, c'est toujours bon à prendre. Pour l'interprétation, on remarquera une petite fille qui joue remarquablement et qui tient la dragée (très !!!) haute à des prestigieux partenaires, et dont il aurait été étonnant qu'elle ne réussisse pas par la suite et qui s'appelle Sarah Polley. Une œuvre délirante, bordélique qui vaut le détour même pour ses défauts.
Les Aventures Du Baron De Münchausen fait parti des films qui ont profondément marqué mon imaginaire durant ma tendre enfance. Il faut dire que l'univers rocambolesque de ce héros populaire allemand se prête particulièrement bien au style farfelu de Terry Gilliam. Ici, point d'effets numériques tape-à-l'œil, mais des effets spéciaux à l'ancienne qui n'ont pas pris une ride. Le scénario, bien qu'inégal, regorge de milles idées toutes plus excentriques les unes que les autres. Avec ce film cocasse, Terry Gilliam livre un plaidoyer pour le recours à la fantaisie comme moyen de défense contre une réalité souvent morose et nous projette une nouvelle fois dans son imaginaire débridé.
Quelle petite merveille. J’ai vu ce film pour la première fois vers le début des années 90 (j’avais une quinzaine d’années) et j’avais déjà adoré ... revu aujourd’hui et c’est toujours aussi splendide ! Des décors magnifiques, des acteurs au poils, des dialogues savoureux, ce film fourmille de petites idées de mise en scène. C’est divertissant, poétique et drôle.
Terry Gilliam c'est l'assurance d'originalité, de maitrise du récit et d'un certain onirisme. Ici plongé dans autant une aventure lunaire qu'une époque historique flamboyante issue d'un conte loufoque.
Terry Gilliam m'a souvent agacé, et je déteste profondément certains de ses films, mais il demeure néanmoins un des cinéastes les plus originaux et les plus inventifs que je connaisse. On a ici affaire à une comédie d'aventure qui peut autant plaire aux enfants, par son côté comique et fantastique, qu'aux adultes, par les effluves de drogues qui s'échappe de tous les films de Gilliam, et qu'aux cinéphiles les plus avertis, car on a là un extraordinaire metteur en scène. Les décors sont kitschs et magnifiques à la fois, le film est visuellement impressionnant. John Neville, Eric Idle, Robin Williams... sont les meilleures pièces du casting, mais le reste de la troupe ne démérite pas. Un bon film.
Par moment on peut se demander si Gilliam n'est pas mégalo. Utiliser autant de moyens pour réaliser une oeuvre si personelle, fantastique et loufoque ; cela parait irréalisable aujourd'hui. O se retrouve rapidement dans un univers très Gilliamesque où la frontière entre réalité et imaginaire est très vite franchie, mais les deux notions restent quand même liées. La reconstitution et les décors sont saississants, d'autant plus qu'il ne s'agit finalement que d'une comédie extravagante et non pas d'un blockbuster hollywoodien dopé à la testostérone où les producteurs ont leur mot sur chaque plan. Malgré les difficultés rencontrées, Gilliam a été au bout de son idée, mêlant comme à son habitude humour décalé, univers déglingués et aussi une touche de féérie. Mais passé la première demi-heure qui nous installe dans cette impressionante reconstitution, on finit quand même par se lasser des va et viens incessants du Baron d'autant que Gilliam abusent des mêmes tuyaux avec un Baron (interprété par l'excellent John Neville) qui perd le moral dès qu'il se perd dans l'illusion de sa vie passée, boosté par une petite fille dont l'esprit reste ancré dans le réel et sert donc de fil rouge aux aventures du Baron. Un film tout à fait hors-normes donc, mais qui peut apparaitre frustrant tant il est décousu du fait de l'instablité du scénario.
Vu et revu des centaines de fois, c'est le film qui a marqué mon enfance. Casting de rêve (Uma thurman, Oliver Reed, Jonathan Pryce et même Robin Williams sous un pseudo...). Un peu les X-men avant l'heure, c'est gros, énorme même, mais tellement bon...
Un film qui a marqué mon enfance et qui fait parti de mes premiers souvenirs de longs métrages. Une époque où en toute insouciance, j'étais loin de regarder le nom des réalisateurs.
Terry Gilliam a souvent fait l'apologie d'un imaginaire fertile, les rêves et la créativité comme moyen de s'évader d'une vie triste et sombre. Thème récurrent chez lui, le réal veut avant tout faire rêver, faire voyager, montrer que même si tout va mal, il y a toujours de la lumière quelque part, au fin fond de nous-même. Et dans un sens, notre imaginaire c'est tout ce qui nous reste et nous resteras toujours quoiqu'il arrive. Il nous est propre et il nous est inaliénable. Le film présente à nouveau un univers fantastique et poétique à l'atmosphère surréaliste, parfois absurde. Les décors sont vraiment magnifiques, très soignés, on retrouve bien là Gilliam. Une excellente surprise, absolument pas déçu et de nouveau une belle réussite à mettre au crédit de l'ancien Monty Python. Toujours autant incisive quand il s'agit de s'attaquer aux diverses formes d'autorités. Un voyage plein de fantaisie et de bonne intention, une ballade truculente, on retourne en enfance, avec un certain plaisir, afin de mieux suivre les aventures extraordinaires du baron de Münchausen.
"Les Aventures du baron de Münchausen" est en quelque sorte le manifeste de Terry Gilliam. On savait bien sûr depuis l'époque des Monty Python la vision qu'il affectionnait, mais il va ici plus loin que jamais dans ses délires. "Bandits, bandits" était en effet déjà un condensé de scènes absurdes et surréalistes mais que les enfants pouvaient apprécier ; ici, il offre une nouvelle version de cette formule et énonce sa profession de foi par la même occasion. Gilliam affirme ainsi la toute-puissance du conteur dans un monde morne et gris tout en montrant du doigt les dérives de la raison, qui peut amener certains à ne plus considérer les individus autrement que comme des statistiques. Le tout est très rythmé, notamment grâce au fait que le récit soit raconté au sein d'une ville au bord de la destruction, et on a une nouvelle fois une véritable générosité dans les décors, les situations improbables, les idées innovantes et bien sûr l'humour. Peut-être ce film est-il le plus représentatif et honnête de son auteur ; il s'agit en tout cas de l'un de ses meilleurs.