Shampoo pourrait bien être moins futile qu’il n’y parait, et joue en permanence sur les faux semblants.
Le film se passe sur une journée, celle de l’élection de Nixon en novembre 1968, pendant que les grands électeurs comptent les voix.
George (Warren Beatty) est employé dans un salon de coiffure branché de Beverly Hills. Séducteur, il couche avec pratiquement toutes ses clientes, et jongle ces derniers temps entre Jill (Goldie Hawn), Jackie (Julie Christie), et Felicia (Lee Grant).
Grâce à ses maitresses, il va rencontrer Lester (Jack Warden incroyablement drôle), homme d’affaire mêlé de politique qui pourrait l’aider à se mettre à son compte. Lester (engagé dans la campagne Nixon) étant lui-même le mari de Felicia et l’amant de Jackie.
Dans ce film, il est question d’amour (un peu), et de sexe (beaucoup).
George représente une certaine image de la jeunesse américaine des années 60, insouciante et bercée d’illusions: il a la mèche folle et l'air ahuri; son sèche cheveux est une extension phallique de sa virilité (il le trimballe dans la ceinture de son jean comme un flingue); sa gestuelle quand il coiffe est hyper sexuelle; les femmes le supplient de les coiffer comme elles le supplieraient de les aimer.
En plus de ses 3 conquêtes, il va aussi séduire Lorna, fille de Felicia et Lester (premier rôle d’une Carrie Fischer à peine sortie de l’adolescence)..
Mais le film raconte surtout, condensé sur une seule journée, la perte d’illusion de ses personnages et de l’Amérique toute entière.
Hashby et Towne (scénariste avec Beatty) décrivent une époque largement révolue.
Et c’est là tout l’intérêt de Shampoo: le film balaie tout, fait table rase du passé, comme une bonne séance au bac à shampoing. À l’image de ses personnages qui roulent à toute berzingue sur les collines d’Hollywood, le film se prend un poteau en pleine tronche.
Car même si le film (sorti en 1975) paraît contemporain de l’époque qu’il décrit, en réalité, tout à complètement changé en 6-7 ans :
L’ère Nixon a vécu, et le scandale du Watergate est passé par là. Le diner d’élections auquel assistent les personnages est d’ailleurs interrompu inopinément par la police, comme le sera finalement la présidence Nixon.
L’illusion hippie, largement décrite dans le film, s’est pris un mur avec la famille Manson. La tuerie d’Hollywood a eu lieu en 69 (l’une des victimes de la « famille » était d’ailleurs coiffeur de stars à Hollywood) et Goldie Hawn avoue au début du film à Warren Beatty avoir peur qu’un inconnu surgisse chez elle en pleine nuit pour la tuer..
Le cinéma de son côté, a fait sa révolution, et le nouvel Hollywood est né. Shampoo est un merveilleux témoin de cette époque, de ces changements qui s’amorçaient depuis 1967-68.
Le film est un chouette voyage dans le L.A. du début des années 70, la musique (Beatles, Beach Boys), les lieux, et les événements nous plongent dans l’époque avec facilité, et si tout cela tourne un peu à vide (certaines séquences s’étirent en longueur, le film est très bavard et le scénario manque d’éléments forts), on en ressort quand-même charmé par le propos, et conquis par l'ambiance psychédélique (les Hippies, les mini-jupes, les stroboscopes, les pétards, tout y est..)