Gus Van Sant, label cinéma indépendant collé sur le front, est le spécialiste de l’ado ; cet âge le fascine, et tous ses films mettent en scène un jeune partagé entre l’enfant et l’adulte. Le film fonctionne comme une métaphore de l’âge adolescent : perdu dans le désert du moi, l’on recherche son cesse la coïncidence avec ce moi sans la trouver, on quitte un âge enfantin pourvu en verdure, pour effectuer une longue traversée du soi, désert où les végétaux se font de plus en plus timides. Comme le révèle le regard de Gerry dans la voiture à la fin : l’adolescent est coupé en deux, entre son enfant et son adulte, il ne sait où aller, qui il est, bref, il est perdu. Les Gerrys sont l’avers et le revers de la même personne : l’un plus enfantin, cherchant à suivre les pattes d’animaux ou tenant des discours incompréhensibles, l’autre plus débrouillard, ceignant son T-shirt sur la tête pour se protéger du soleil, traçant des plans au sol pour s’orienter…Bref, pour être pleinement soi, il va falloir tuer l’enfant encore en soi pour être soi. Bon, tout cela, on est d’accord, pourquoi pas. Mais Van Sant pousse dans les excès la démarque du cinéma indépendant : travail technique pauvre – long travellings ou plans larges fixes par ex –des dialogues d’une superficialité insignifiante, et beaucoup de trop de plans de la nature, aussi beaux soit-ils. Allons nous au cinéma pour admirer la nature ? Le cinéma ne tronque t-il pas les images belles de cette nature L’acharnement qu’il met à montrer pendant de longues minutes ces moments confère au film une mièvre naïveté. GVS revendique trop son label « ciné indépendant » : des longueurs insoutenables – pourquoi s’attarder sur des choses qui n’en valent pas la peine simplement parce que le cinéma à fric ne le fais pas ? GVS signe un film qui propose un certaine réflexion, mais beaucoup trop imparfaite : GVS n’approfondit pas assez ce qu’il traite, et sous des apparences faussement poétiques, il livre des réflexions trop simples.