Ce film peut diviser, les contemplatifs et les autres.
Ceux qui recherchent une histoire, une psychologie, des dialogues, et ceux qui cherchent simplement à être émerveillés par l'image, le temps, la nature et la traversée tragique que constitue la vie.
On ne ressent pas la beauté à chaque instant, mais elle frappe, comme après avoir longtemps regardé une peinture de Poussin.
Alors, on plonge dans un autre monde, on traverse l'écran, et le voyage commence, le voyage en nous-même. Il y a notre incapacité à être intelligent, à penser simplement, à trouver les bonnes solutions, à réfléchir efficacement, l'absurdité (le rocher...), notre bêtise mortelle et l'abandon dans lequel nous sommes.
La nature, on la regarde par la fenêtre d'un train ou d'une voiture, et même dans les films, dans nos promenades, elle n'est qu'un décor (les Gerry marchent les mains dans les poches au début, ils ne croient pas que l'on puissent encore avoir une "banane et pousser la chansonnette").
Ici, nous entrons dans le décor, et nous découvrons l'espace, le temps, les sensations, notre finitude. Nature impassible à laquelle nous ne sommes plus reliés. Gerry tente de nous faire renouer le contact, mais il est mortel. Ne pas perdre le contact avec la nature, certes. Pour un poête, c'est sa façon de vivre, et pour les autres, la nature reste un décor. Ce qu'il faut peut-être, c'est sortir de la caverne et regarder la lumière, mais revenir vite à l'ombre vivre sa vie d'homme, qui n'est pas celle de la nature.
Je rêve d'un film, avec sans peur d'ennuyer, le cheminement sur une route pendant des heures. Mais dans Gerry c'est mieux, car il y a à la fois la route et la déroute.
Sensibilité quand tu nous tient !!! Il ne faut pas la refouler, il faut la protéger et la développer sans crainte.
Ce film pourrait être aussi le film d'une génération, la mienne (trentenaire).