Gus Van Sant et ses deux acteurs-compères ont du prendre du plaisir à réaliser ce film. A évoluer et tourner dans les magnifiques paysages désertiques d’Argentine et des Etats Unis (bien servis par une très belle photographie), et à se livrer à des expériences de tournage pour le moins originales. C’est là que réside l’intérêt du film. Intérêt plutôt intellectuel, suscité par une succession de scènes, alternant très longs plans fixes ou travellings avant, arrière, et latéraux, que l’on découvre avec curiosité et surprise. Pas d’histoire (un simple fait divers que cet égarement de deux adolescents dans une nature qui les dépasse), pas de psychologie, juste des scènes tournées pour le simple plaisir d’innover. Le résultat est inégal. Quatre exemples : le plan très intéressant, dans lequel on suit les personnages au début de leur escapade, fait prendre à la caméra un rôle particulier, et même une existence spécifique, puisqu’elle les suit, les précède, puis les perd, sinue dans le paysage et les retrouve presque par hasard ; le long plan fixe de dix minutes pendant lequel l’un des deux ados doit descendre d’un rocher (on se demande comment il a pu y monter, mais là encore, le réalisateur se dispense de scénario ou de rationnel) génère assez rapidement l’ennui, faute d’esthétique et d’intérêt narratif ; le long travelling latéral sur les visages des deux ados qui marchent, parfaitement coordonnés, puis à contretemps, puis de nouveau coordonnés, est une excellente trouvaille, symbolisant les fluctuations relationnelles entres les deux amis, passant de l’osmose au désaccord ; enfin le plus long plan, lent travelling avant qui suit les personnages qui avancent à petits pas sur le lac salé, qui montre un environnement qui change, par l’évolution de la lumière due au lever du soleil, est une superbe idée, malheureusement seulement formaliste et sans justification narrative ou émotionnelle. Une vraie curiosité donc que ce film, trop souvent ennuyeux, mais marquant pas son originalité et sa radicalité.