Trop belle pour toi
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anonyme
Un visiteur
3,5
Publiée le 14 mars 2020
Vu à sa sortie et ravi de revoir un grand Bertrand Blier. Ce n’est pas celui que je préfère mais « Trop belle pour toi » demeure déstabilisant. Les lignes de dialogues ne sont pas aussi hardies mais par endroits ça claque et ça fait du bien. Est-ce vraiment déstabilisant ? Bertrand Blier questionne ou plutôt place le spectateur et la spectatrice face à son miroir. S'il (ou elle) est sincère, il (ou elle) reconnaîtra volontiers ou penaud(e), que « Trop belle pour toi » le (ou la) renvoie à ses propres interrogations. Après tout combien d’hommes sortent avec des femmes ordinaires ? Combien d’hommes envient ceux qui ont de très belles femmes ? Combien d’hommes se posent la fameuse question « pourquoi moi j’ai pas une femme pareille ?! » Pourquoi de belles femmes sont trompées ? « Qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ? Qu’est-ce qu’elle fait que je ne fais pas ? » Bertrand Blier sonde le mauvais esprit de tout un chacun. A choisir entre Josiane Balasko (Colette) et Carole Bouquet (Florence) nous serions des milliers à choisir Carole Bouquet sur un simple regard. Nous pourrions être des milliers à tomber amoureux de Josiane Balasko mais pas au premier regard, seulement après l’avoir fréquentée. Voir Colette tomber amoureuse au premier regard d’un homme ordinaire, c’est plausible. Et voir Bernard (Gérard Depardieu) troubler dès le premier regard d’une femme au visage « disgracieux » paraît plus absurde, mais pas chez Bertrand Blier. Sa mise en scène est toujours aussi troublante, car elle se confond avec les dialogues des protagonistes, il joue à cache-cache avec le spectateur d’un plan à l’autre, d’une pièce à l’autre. On pense que c’est juste la projection d’une réflexion et aussitôt le plan suivant ou le contre champ suivant nous révèle du concret. La projection se matérialise. Etait-ce pour le coup une projection ? Il joue entre le présent et le passé, l’illusion et le concret avec fluidité. Et enfin cette musique de Schubert qui participe à l’absurde s’inscrit comme une présence qu’on ne peut pas occulter tant Bernard l’interpelle à plusieurs reprises.
Eowyn Cwper
Eowyn Cwper

163 abonnés 2 040 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 12 décembre 2018
Bertrand Blier... Toujours à tourner autour de lui-même, à tourner des films qui veulent faire réfléchir aux conventions sociales. Il nous avait habitué à plus terre-à-terre, à plus plus "physiquement édifiant", que cette création aérienne portée à bout de bras. C'est presque féerique, la façon qu'il a de faire retenir leur souffle à ses scènes. On le sent d'entrée quand Depardieu occupe la première image de sa voix et Balasko de son visage ; l'entrée dans chaque plan est un choc photographique, en respect permanent de la loi des tiers, dont les lignes droites coupent le sifflet à tout le monde, sauf Schubert, choisi par le cinéaste pour conduire le ballet.

Cela semble d'ailleurs nouveau, cet attrait de Blier pour l'image parlante. Non qu'il l'ait jamais délaissée, mais elle occulte presque le propos de cet opus, faisant que les dialogues, soignés, tournent dans le vide parfois. Difficile pour le dialoguiste, en effet, de tenir le rythme face à cet emploi très simple de la topographie ; 1) des bureaux mitoyens, qui se voient mais ne se rejoignent pas, 2) une grande maison dont on ne voit que l'essentiel tant la richesse semble gâchée en-dehors de la salle à manger, 3) un appartement d'écrivain, sans vraiment de pièces que l'endroit pour écrire et l'endroit pour déprimer de ne pouvoir écrire, 4) une maison où toutes les pièces ont la même importance futile de pouvoir accueillir un couple.

C'est littéralement une histoire cloisonnée autour de son intrigue, et de l'exploration des sentiments qui la composent. Ce serait assez plat, finalement, si c'était une vision rêveuse et emmurée, mais les didascalies et le montage interviennent. Les premières, en un peu plus d'onirisme, sont des personnages qui peuvent se transformer par la force du fantasme dont elles sont la métaphore toute-puissante. Le second, un mélange de tout, une confusion de cette topographie pourtant si clairement établie, une sorte de transgression d'une loi des tiers atmosphérique contribuant à faire du film la question à ses propres réponses. Un coup de génie de Blier dans une époque qui réclame des choses qui changent.

septiemeartetdemi.com
cinéman
cinéman

49 abonnés 926 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 21 juin 2020
Film prétentieux, vulgaire et malsain. On avait quitté la salle de cinéma après 30 mn quand j'avais été le voir plus jeune à sa sortie. Tout comme Combien tu m'aimes du même auteur, ce film retranscrit un univers où le cul est de mise, et où les acteurs semblent s'ennuyer, on dirait presque une improvisation parfois pour "rembourrer" le film. Le fond est tout aussi naze, à moins de se complaire dans des philosophies insignifiantes de petits bourgeois qui ne savent plus comment occuper leur vie. N'empêche que nous on s'ennuie ferme à observer leurs états d'âmes, et une histoire insipide autant que totalement vide de sens.
Yannickcinéphile

2 880 abonnés 4 582 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 8 novembre 2016
Quand Blier se plante, en général il le fait bien ! Et Trop belle pour toi est indéniablement un plantage monumental pour le réalisateur qui livre un si ce n’est son plus catastrophique métrage !
C’est bien simple tout ou presque est raté ! L’histoire est un bazar monstrueux, prétentieux au possible, pompeux, indigeste, inutilement vulgaire, inutilement complexe, il n’y a pas d’émotion, pas d’humour, ce n’est même pas sexy, on s’ennuie royalement. Ce film de moins d’1 heure 30 m’a semblé durer le double tellement c’était lancinant et ennuyeux ! Qu’est-ce que Blier a voulu faire, c’est un bien grand mystère, mais visiblement la tentation auteurisante du réalisateur a ici atteint ses limites, et le produit fini est une catastrophe ambulante, et pas que sur le scénario, ce qui est triste ! Vous noterez aussi des dialogues surrécrits très (trop ?) souvent risibles, a fortiori car le film se prend terriblement au sérieux.
Les acteurs sauvent-ils la mise, ben, malgré leur talent qu’est-ce qu’ils peuvent faire dans une mare de ridicule ? Carole Bouquet est pour moi une déception ici, avec un jeu bien faible, un entrain peu perceptible, on dirait qu’elle est hors du film, et ce n’est pas bon signe. Depardieu n’est pas super à l’aise, mais son charisme, sa verve naturelle donnent des résultats, et il ne s’en tire pas si mal, tandis que Balasko est celle qui se montre la plus efficace. Pour moi c’est la seule vraie bonne surprise du film, le souci c’est qu’un l’instar des autres acteurs son personnage n’a aucun relief. C’était pourtant le plus intéressant.
Visuellement rien à signaler. Blier se montre minimaliste, se calquant finalement sur la construction de son scénario, et livrant une réalisation saccadée, décousue. Je ne sais pas ce qu’il lui a pris mais ici il n’insuffle rien à ses scènes, ni sensualité, ni émotion, sa mise en scène frôle le bâclage impersonnel. Dur à voir, et ce n’est pas une photographie et des décors bien quelconques qui sauveront quoi que ce soit. Quant à Schubert, c’est musicalement superbe évidemment, mais on sent tellement qu’il est là pour renforcer la prétention intellectuelle du film plus que l’histoire que c’est presque vomitif !
Pour ma part Trop belle pour toi est un navet franc du genou. Navet car à l’inverse de certains films réellement loupés, ce film rajoute cette détestable pompe auteurisante du genre « ceci est un film intelligent parce qu’il n’est pas conventionnel ». Ben désolé, mais avec moi ça ne prend pas.
Matthias T.
Matthias T.

52 abonnés 612 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 5 janvier 2018
Un film qui est vraiment d'une grande originalité. Les dialogues et les acteurs sont exceptionnels comme très souvent chez Blier.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 16 octobre 2015
Complément nul ! Très long, histoire nulle et musique classique très lancinante ... Je ne suis pas faite pour les films qui ont dû à Cannes décidément. Pourtant au début j'étais très emballée par les acteurs supers
ZZelig
ZZelig

17 abonnés 51 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 4 octobre 2018
Bertrand Blier a réussi son chef d'œuvre avant de sombrer dans des films sans grand intérêt, se parodiant lui-même. Trop belle pour toi a le privilège d'être court (80 minutes) et dense, d'une forme moderne maîtrisée en plus de traiter un sujet d'importance, la passion amoureuse dans toutes ses dimensions. Sujet par ailleurs classique, mais intelligemment revisité d'un mari qui trompe sa femme dans des circonstances bien particulières. Preuve que l'on peut dire des choses nouvelles en retravaillant ce qui s'était déjà réalisé.

L’histoire est simple : il s’agit de celle d’un garagiste à Marseille, Bernard Barthélémy (Gérard Depardieu), marié à une belle femme, Florence (Carole Bouquet), et qui s’éprend d’une passion pour une femme disgracieuse, Colette Chevassu (Josiane Balasko), sa secrétaire intérimaire.

Autant dans la forme que dans le fond, le film conjugue dans sa structure toute l'ambition de Blier. L'utilisation du cinémascope lui donne un aspect à la fois classique et moderne. Trop belle pour toi joue à merveille avec une forme sobre, mais éclatée, déstructurant la narration sans pour autant aboutir au n'importe quoi, c’est-à-dire à un film de Jean-Luc Godard.  Il déstructure, mais reconstruit du sens. Toutes les formes narratives sont convoquées pour déstabiliser le spectateur sans le perdre quant au sujet. Il semble ne pas y avoir de narrateur proprement dit puisque les personnages sont à la fois pris dans le présent, le passé et le futur. Ils se parlent à eux-mêmes et commentent l'action, s'adressent au spectateur, se parlent comme s'ils racontaient leurs souvenirs par-delà le temps vécu, réfléchissent, se jugent les uns les autres, disent tout haut ce qu'ils ou que les autres pensent tout bas.

Il faut dire que les dialogues sont magistraux, comme rarement dans le cinéma français. Témoin cette réplique de Florence quand elle apprend que son mari la trompe avec une femme quelconque : « J’aimerais être moche comme elle. » Tout sonne juste et l’on se prend à être ému et à rire aux éclats devant tant de répliques fulgurantes. Le cinéaste n’a jamais été aussi grand.

Bertrand Blier entrechoque les époques, les dialogues, les personnages et parvient à une structure filmique aboutie et cohérente malgré son éparpillement et sa fragmentation. Le montage est tout aussi étourdissant, passant sans transition d’une époque à une autre, d’une situation à une autre comme celle où les amis réunis sont à la cérémonie de mariage. Sans crier gare, Colette est introduite au passage, venant d’un autre temps. Blier a toujours été un grand inventeur de ce style de récit moderne sans sombrer dans l'auteurisme contemporain, mêlant humour, dérision et sens du tragique. Dès qu'une situation menace de s'enliser dans le pathos, il la court-circuite par une dose d'humour, voire de trivialité ; dès qu'elle s'enfonce dans la gaudriole, il réinjecte de la sensibilité, du sérieux ou du drame. Ce mélange détonnant permet d'aborder toutes les situations existentielles qu'une telle histoire peut recéler.

Alors de quoi parle ce film, sans doute l’un des plus beaux sur la passion amoureuse ?

Très certainement du désir  mais pas de n’importe lequel. Bernard a tout : une belle femme, une bonne situation et des amis. Mais justement, il a trop. Et il s’ennuie. Blier renverse la situation trop connue de l’homme amoureux et qui tente de séduire une femme belle. Ici, il l’a déjà et c’est ce qui lui pèse.

spoiler: Dans la grande scène des rôles inversés, le dialogue avec Colette (devenue sa femme), Bernard contemple Françoise (devenue Colette) qui vient avec son téléphone chez eux pour dîner. « Peut-être qu’il la trouve trop belle. Enfin je veux dire trop sublime, trop idéale. À quoi veux-tu rêver quand tu vis avec une telle merveille ? T’as tout. Qu’est-ce qui te reste à espérer ? Rien. Mourir. » Dès lors, Bernard s’intéresse à Françoise : « J’aimerais vous connaître. » Ce à quoi, Françoise répond : « Ça veut dire quoi connaître une femme ? »


Question essentielle car on ne tombe pas réellement amoureux d’une femme parce qu’elle est belle mais parce qu’elle nous échappe grâce à son mystère et à sa séduction. À son ineffable singularité que nous ne pourrons jamais atteindre.  La beauté est justement trop évidente et banale, trop visible, au point d’être idéale et c’est ce qui la rend fade et commune. Mondaine. Encore moins si l’on prend homme ou femme et qu’il ou qu’elle n’est que notre clone. L’altérité, c’est ce que l’autre a et que je n’ai pas et il faut accepter cette perte fondatrice pour être et aimer.

Mais justement, ici, cette scène est révélatrice de ce que Bernard n’est jamais satisfait de son sort ou de son désir. Qu’une femme lui appartienne, il en désire une autre. Si l’on inverse la situation, c’est-à-dire s’il a cette autre femme tant désirée, il désire celle qu’il n’a plus ou pas comme le montre le film, fut-elle belle ou non. C'est le manque qui crée le désir et non le désir qui comble le manque. Bernard ne l’accepte pas. Il perdra tout.

La conception tragique de Blier concernant le désir joue donc sur l’acceptation de l’imperfection de l’être humain dans un choix amoureux. C’est le grand pari du film que de remettre du tragique dans l’amour loin de l’égoïsme contemporain qui tente de l’effacer. Vouloir une femme parfaite, du moins conforme aux canons d’une société ou qu’une classe sociale aisée véhicule risque d’être un cuisant échec d’autant plus sévère que l’illusion a été plus forte auparavant.

spoiler: .Le film aborde tous les registres de la relation amoureuse et sexuelle : sensuelle, triviale, sentimentale, intellectuelle. Blier étudie ainsi toutes les possibilités du manque et de mimétisme, et même de classe. Il réactive le rapport ancillaire (les servantes) qui peut jouer ici même si Bernard est plus fasciné par l’imperfection de Colette que par le fait qu’elle ne soit qu’une simple employée. C’est sans doute le comblement qui le taraude car comme il le disait plus haut, il n’y a plus rien à imaginer, rappelant la phrase de Proust : « Laissez les belles femmes aux hommes sans imagination ! »


spoiler: Bernard n’accepte pas ce qu’il a, même s’il obtient cette imparfaite femme, témoin cette scène quand Colette propose à Bernard de vivre quelques jours avec lui, ce dernier répond : « Je retourne au garage. » L’habitude le menace, l’éternel retour du même le terrifie.


C’est donc à un « éloge » de la femme de seconde zone que fait Blier, en la mettant en lumière derrière la femme idéale. Il épouse sa condition de subalterne, lui donnant une humilité, elle, la disgracieuse aux yeux des hommes et qui succombe devant l’amour, du moins devant le désir de l’homme, et qui, seul, lui donne la vraie grâce. Elle sait qu’elle n’a rien eu alors que Bernard ne le sait pas car il a tout eu. C’est ce que dit Colette, touchante : « T’es bien sûr de vouloir de moi sinon ce serait trop moche. Je suis en train de plonger. » La sensibilité de Blier est de donner voix aux femmes moins belles, aux femmes du peuple, aux « bonniches », témoin cette scène où Colette raconte à Françoise comment elle tente difficilement d’enclencher une relation amoureuse avec les hommes.

spoiler: La séquence où elle dit toute sa détresse est celle de la réception où elle raconte comment elle se glisse dans les beaux mariages : « On me prend pour une cousine, une parenté éloignée et je regarde la mariée. Je voudrais porter un toast pour vous souhaiter tout le bonheur, tout le bonheur que j’ai pas, que je connaîtrai jamais et j’en ai pas la force. Moi aussi, je peux être belle. C’est une beauté plus intérieure mais c’est une beauté qui en vaut une autre à qui s’est regardé.» Autre scène dans le bus quand Colette clame tout fort : « J’ai pas envie de rentrer chez moi ! » Et une femme lui répond : » Bon bah ça va, on a compris ! On est toutes dans le même cas ma petite vieille ! » L’art de faire dire tout haut la misère intérieure des femmes de peu. Et l’on disait Bertrand Blier misogyne !


spoiler: L’autre grande scène à cet égard est quand Florence rend visite dans la chambre d’hôtel à Colette, nue dans le lit, couverte par un drap blanc. Florence se demande comment a-t-elle fait pour attirer le regard de Bernard. Fascinée à la fois par cette femme banale, et humiliée que cette dernière ait pu être désirée par son mari alors qu’elle est nettement plus belle. Là est la fracture fondatrice. Elle qui était si sûre de son pouvoir sur les hommes comme elle le dit : « Tu ne sais même pas ce que c’est que de tourner la tête d’un homme ! Moi les hommes, je les ai tous à mes pieds. Bernard comme les autres ! Je claque dans les doigts, il arrive ! » Elle aussi a trop eu. Ce qui en dit long non seulement sur la rivalité entre femmes mais dans leur pouvoir hégémonique en général dans le domaine de la séduction. « Pourquoi vous êtes si belle ? » lui dira Colette. Pour se venger, Françoise couchera avec Marcello, l’ami garagiste de Bernard, un homme de la même condition que Colette. Mimétisme.


Inversement, dans une scène précédente, Colette se sentait humiliée d’être choisie par Bernard alors qu’il possède une belle femme. « La beauté ça matraque figure-toi ! » Ingénieuse scène qui dit la lancinante mélancolie de ces êtres qui n’ont pas été élus sur l’autel de la beauté mais qui seuls peuvent la vivre réellement. Inégalitaire nature.

Comme d’ailleurs, la finesse du cinéaste est de donner voix aussi à la musique de Schubert tout au long du film. Musicien plus sensible et esseulé, mort à 31 ans de la syphilis, malheureux en amour. Ce n’est bien sûr pas un hasard. Il s’agit d’un des personnages qui ponctue poétiquement toute la partition du film. Et jusqu’à la fin. Franz Schubert introduit la création artistique à l’image de Pascal (François Cluzet), écrivain raté, le mari de Colette. Mais pas seulement. Il réunifie tous les protagonistes, leur faille secrète, taraudés par le manque : Pascal on l’a dit, Colette pour son rejet hors de la séduction, Bernard hanté par cette musique secrète et sensible, et Françoise par ricochet qui voit tout son petit monde bourgeois basculer dans le cauchemar et le doute.

spoiler: Rarement un tel film a été intelligent et délicat sur ce sujet. Et drôle. Tous les repères valsent, toutes les voix sont convoquées pour raconter une banale histoire d’adultère en surface, mais originale par le décalage opéré. Le film en joue constamment, renforçant l’émotion au lieu de la prendre à la source (pas de naturalisme ici et nul romantisme) lorsque Colette annonce que Bernard va partir en douce au moment où elle fera les courses en vélo. Et c’est exactement ce qui se passe dans la scène d’après. Fatalité du destin qui rend cette histoire poignante, justement parce qu’on en connait l’inéluctable fin.


Mais les histoires d’amour finissent mal comme on sait. Et c’est parce qu’elles finissent mal qu’elles sont passionnantes à vivre. Là réside tout le tragique de la vie qu’il faut assumer coûte que coûte. Bernard se lasse quand il part quelques jours avec Colette à Béziers. Indécis une fois de plus. L’amour suppose l’humilité, non la vanité de soi.

spoiler: Le film est donc tragique à l’instar de la vie. Il n’y a pas de solution. L’amour est court mais l’oubli est long. Bernard s’enfuit en douce, retrouve sa femme et ses enfants ; celle-ci le quittera, meurtrie. Colette quitte Pascal, se marie avec un autre, se fait faire un enfant et boit de la bière pour oublier, loin du sud ! L’amour ne comble rien et rend éternellement mélancolique et insatisfait quand il a vraiment eu lieu. Il est cette blessure et cette fracture irréparables. On ne le répare pas comme on va chez le garagiste.

spoiler: Fin remarquable. Le film convoque les trois principaux personnages dans les bungalows en pleine nuit comme un retour sur le lieu du crime : l’apparition de Colette qui sort pour fumer et de Françoise qui s’en va en voiture, Bernard courant après l’une et après l’autre, se retrouvant seul. Comme tout le monde. « Elle m’a pris mon manteau ! » lâche-t-il d’un ton enfantin. Il s’en va et revient vers la caméra et lâche ce qui le taraudait depuis le début : « Vous me faites chier avec votre Schubert ! Y m’fait chier !»


Il ne reste donc qu’une seule chose : la petite musique de Schubert comme trace du tragique du monde et de l’amour.
William Spindler
William Spindler

15 abonnés 77 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 22 août 2014
Voici sans doute l'un des plus beaux film réalisés par Bertrand Blier. La poésie est de chaque plan, de chaque cadre, de chaque réplique. Le film est construit comme pourrait l'être une partition musicale, en perpétuel mouvement. L'un des chefs d'oeuvres du cinéma.
pierrre s.

555 abonnés 3 427 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 1 mars 2024
Une expérience à part... Blier montre une fois encore son génie et son imagination, dans ce film si particulier sur l'adultère. Le film est à l'image de la mise en scène, à l'envers et perturbant. A voir.
selenie

7 446 abonnés 6 655 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 8 février 2014
Après le succès de "Tenue de soirée" (1986) Blier fils retrouve son acteur Gérard Depardieu pour une histoire d'adultère qui pourrait être banale... Mais non car Blier a de l'idée et ose la disgression d'un postulat tout bête pourtant, combien d'adultères se commettent avec un partenaire moins "beau" ou moins séduisant que le conjoint officiel ?!... En en conclusion de démontrer que l'amour physique n'est pas toujouts en osmose avec les sentiments... Depardieu en chef d'entreprise a tout dont une femme magnifique (César à la clef pour Carole Bouquet) qu'il aime mais le trompe bientôt avec sa secrétaire (Josiane Balasko dans l'un de ses meilleurs rôles), une femme au physsique passe partout et un peu ronde... Le cynisme de Blier va alors sortir des bouches de ses interprètes, mais un cynisme qui reflète la pensée réelle qu'on s'imagine mais qu'on ose pas penser. On jubile devant l'épouse qui a honte d'être cocue par "ça" où la magnifique scène du diner où le mari-amant s'explique en démontrant la différence entre faire l'amour et donner de l'amour. Il manque sans doute un peu plus de passion et la musique, certe très belle, est parfois trop omniprésente. Cependant ce film (César du meilleur film, actrice, scénario, réal et montage !) est une histoire d'amour qui remet les pendules à l'heure et libère une certaine idée trop répandue que la chair et les sentiments ne vont pas l'un sans l'autre.
Caine78

7 756 abonnés 7 399 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 7 février 2014
Je dois me rendre à l'évidence : « Préparez vos mouchoirs » restera très probablement l'heureuse exception me concernant dans la filmographie de Bertrand Blier. Je n'ai pas peur de le dire : « Trop belle pour toi » est même ce que j'ai vu de pire dans la carrière du réalisateur. Cela ne m'arrive pas souvent, mais j'étais d'ailleurs vraiment en colère pendant et après le visionnage, ayant rarement autant eu l'impression d'être pris pour un con. Certains me diront qu'au moins Blier fils a de la personnalité, est capable d'inspirations, de rupture de ton et de digressions comme peu de cinéastes n'osent le faire. Pourquoi pas. Mais si c'est pour donner un résultat aussi calamiteux, j'incite les autres à continuer d'éviter ces « audaces », car elles sont juste pitoyables. Au-delà du postulat de départ plutôt aberrant, l' « œuvre » parvient en plus à atteindre des sommets de ridicule un nombre incalculable de fois, présentant des situations parmi les plus ahurissantes que j'ai jamais vu. Tous ces personnages sont d'une telle bêtise, d'une telle médiocrité qu'on a juste envie de les cogner, en tout cas certainement pas de s'intéresser à eux. Mention spéciale à quelques scènes atteignant un niveau de nullité insoupçonné : spoiler: Carole Bouquet souhaitant devenir moche pour plaire de nouveau à son mari, ou Gérard Depardieu expliquant qu'avec une femme sublime on s'ennuie parce qu'elle a déjà tout et que du coup on veut forcément aller voir ailleurs : WHAT THE FUUUUUUUUUUCCCCCCCKKKKKKK!!!!!!!)
. Et que dire des dialogues... Quiconque d'autre aurait écrit cela se serait fait tailler en pièces (à juste titre) tant c'est idiot, insipide, insupportable, abject, mais là vous comprenez, c'est Blier, donc c'est forcément génial. Tout est du même acabit ou presque, d'une prétention indescriptible, à la fois misandre et misogyne, d'une vulgarité abominable et réussissant l'exploit de rendre Schubert insupportable. Au milieu, une poignée de répliques à sauver, deux idées intéressantes et Josiane Balasko s'en sortant avec les honneurs : elle est bien la seule... Une insulte au cinéma, à la passion, aux femmes et aux hommes : bref, une honte, un véritable scandale.
anonyme
Un visiteur
0,5
Publiée le 4 février 2014
Je découvre ce film ce soir pour la première fois et j'ai l'impression de perdre mon temps.
Je trouve tout tellement incohérent même si on comprend l'idée générale. J'ai lu les commentaires de ceux qui mettent 5 étoiles et qui trouvent que c'est un chef-d'œuvre et alors là je m'interroge vraiment sur mon avis. Heureusement il y en a qui mettent 0!
Sid Nitrik
Sid Nitrik

74 abonnés 416 critiques Suivre son activité

3,0
Publiée le 4 février 2014
Du Blier tout craché. Dans le style, la réalisation, les dialogues, la direction des acteurs, on reconnaît bien la patte du réalisateur. Là où n'importe quel autre aurait sûrement inversé les rôles entre Josiane Balasko et Carole Bouquet, Blier choisit une voie différente pour que l'on s'interroge sur la relativité des concepts de beauté, amour, sexe. Truffé de répliques truculentes (notamment celles de Didier Bénureau, dans un rôle mineur mais génial), ce film est à la fois drôle, cynique, dur et émouvant. Malheureusement il souffre parfois de quelques longueurs, d'un rythme assez monotone, de petites répétitions et d'un fond sonore, très beau, mais parfois trop omniprésent. Le trio principal fonctionne très bien. Pas le meilleur, mais un Blier de facture très correcte.
anonyme
Un visiteur
2,5
Publiée le 4 février 2014
Un film que l'on regarde volontiers, mais plus pour l'observation, parfois amusée, que pour l'émotion. Les personnages, prisonniers de leurs pulsions et de leurs stéréotypes (beauté, laideur) sont relativement lourds et prêtent à une certaine dérision, en dépit du côté tragique de l'histoire. Ce film, qui nous fait retrouver l'univers conventionnel des années 1980, suscite néanmoins un certain intérêt.
Truman.
Truman.

273 abonnés 1 364 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 6 janvier 2014
Derrière cette affiche très laide se cache un film d'une grande beauté . Bertrand Blier offre ici un film d'amour peu ordinaire, un film qui brise les codes du genre, un film beau, doux et touchant, il n'offre pas un simple film mais de l'art .
C'est une histoire d'infidélité, mais avant tout une histoire d'amour, trop de beauté c'est mauvais et Blier veut montrer que les femmes sont toute belles a leur façon .

Les acteurs sont juste parfaits, Josiane Balasko dans l'un de ses meilleurs rôles, Gérard Depardieu et Carole Bouquet .
La réalisation est excellente, intelligente et subtile, par exemple un plan au début ou le réalisateur filme tout les personnage dont Josiane Balasko grâce a un reflet dans une vitre .

Ensuite on a la musique, de la musique classique inlassablement répétée comme avec Godard ( Le mépris ) ou Sono Sion ( Love Exposure ), Schubert et autre musique classique qui résonne encore et encore donnant une vision intense de l'amour, triste, mélancolique, doux et amer . C'est beau, splendide et magnifique .
La musique joue un rôle important, elle est a elle seul un personnage, un personnage qui va faire chavirer les protagonistes dans l'amour et dans l’incompréhension de leurs histoires .

Ce film est beau, original, drôle par moment, écrit avec une plume de maitre, et Blier offre une vision de l'amour et de la vie comme on en voit si peu .
Moins décalé et barré que ses autres films pour offrir un rendu plus artistique, une oeuvre d'une grande beauté et une grande réussite de plus pour Bertrand Blier un réalisateur de génie !
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