Tokyo. Acteur en baisse de régime, Bob Harris, parti tourner une pub pour le whisky au Japon, s'emmerde dans sa vie. Charlotte, tout juste sortie de la fac, accompagne son photographe de mari qui montre peu d'intérêt pour elle. Et elle s'emmerde aussi. Ces deux êtres lents et blasés sont fait pour se rencontrer, en plein milieu de la mégapole bourdonnante qu'est la capitale japonaise. Et S. Coppola arrive à filmer leur ennui avec simplicité et force. Le besoin des japonais de se détendre, arriver à oublier l'espace de quelque heures la frénésie de la ville-monde et de ce qu'elle implique: un ado brille devant sa petite amie au fil des touches de sa guitare en plastique, dont le son vidéoludique se mêle aux tirs de pistolet d'une borne voisine; une séance de karaoké libérée, où la star qui sommeille en nous ressort, prête à arracher les projecteurs et à les attirer vers soi, pour essayer de sortir du lot de tous ces méritants qui passent leur vie à trimer. Tout ceci devant une Scarlett Johansson amusée et magnifique, cherchant à occuper ses nuits contrôlées par le décalage horaire. Et un Bill Murray qui, chaque soir, se retrouve accoudé au bar de l'hôtel, bercé sans pouvoir dormir, par le chant mélancolique d'une américaine qui fait le bonheur des autochtones. On suit Charlotte et Bob comme de bons copains, avec légèreté et une certaine profondeur, ce qui est loin d'être désagréable. Une sorte de voyage initiatique, à la découverte d'une nouvelle culture, qui ne se fait pas sans difficultés.
Donc pour résumer: Johansson aime sa culotte rose (à vrai dire, nous aussi) mais pas son mari, Bill Murray confirme son talent d'acteur, surpassant d'une tête la plupart des japonais (la scène dans l'ascenseur est incroyable), et Sofia Coppola est décidément une grande réalisatrice. Papa F.F, attention à ton statut d'icône.