Je ne suis pas ce que l'on peut appeler un grand fan d'Henry James. Si j'apprécie ses nouvelles, j'avoue que ses romans, avec leur hermétisme, ont la fâcheuse tendance à me faire piquer du nez. Et si on excepte le brillant "L'Héritière", les adaptations au cinéma de ses romans aussi. Donc autant dire que si j'ai visionné "Les Européens", adapté donc d'un roman d'Henry James, c'est surtout pour Lee Remick et parce que le cinéaste James Ivory a réalisé quelques grands films dans les années 80 et 90. Bonne surprise, si l'ensemble n'est pas particulièrement marquant et que les acteurs, hormis Lee Remick, manquent de charisme, le film se regarde sans déplaisir grâce à une mise en scène soignée et une histoire, qui joue sur le fossé culturel entre "Nouveau Monde" et "Vieux Monde", parfois amusante et globalement jamais inintéressante. Ce n'est pas certes le film qui me fera sauter au plafond mais ce n'est pas non plus le film qui me fera piquer du nez.
J'avais vu ce film au moment de sa sortie en salle ( 1979) et j'en gardais un excellent souvenir. C'est le premier film de James Ivory que j'ai vu et à cette époque son fils référence était "Shakespeare Whallah" que je n'ai d'ailleurs à ce jour, jamais pu visionner. Quelques années après la sortie de " les européens ", Ivory connu la reconnaissance du public ( la critique était déjà en sa faveur) avec notamment "chambre avec vue" et " retour à Howards end". Ivory est sans doute le plus européen des cinéastes nord américains. A mes yeux ses films sont très voisins de ceux de Rohmer : caractère des personnages soigneusement dessinés, dialogues très écrits et de premier ordre, marivaudage et enjeux de tempérament. Ivory est aussi connu pour ses adaptations particulerement soignée de plusieurs livres d'Henry James et de EM Forster entre autres. " les européens " est la première adaptation d'un livre d'Henry James par Ivory. La reconstitution de la nouvelle angleterre du milieu du XIX est formidable. Les décors sont exceptionnels de justesse et la confrontation de tempérament à fleuret moucheté entre la branche européenne qui rend visite à leurs cousins américains est parfaitement rendue. L'alchimie se fera pour un des européens ( le frère) mais pas pour l'autre ( la soeur) qui retournera d'où elle vient. Il en suffit de peu pour réussir à s'intégrer à une culture différente : parfois une seule phrase prononcée pour l'un mais restée muette pour l'autre changera la destinée d'un être. Mais finalement tout ceci n'a pas d'importance, comme le montre le dernier plan du film qui brièvement nous montre des feuilles d'arbres qui s'envolent sous l'effet du vent. Et oui, comme le titra KIarostami reprenant un poème Iranien célèbre " Et le vent nous emportera". Bien que moins connu aujourd'hui que d'autres films d'Ivory, le film est excellent. Reconnaissons toutefois par honnêteté envers le spectateur éventuel, qu'il se destine au spectateur exigeant et que les dialogues ininterrompus doivent être suivi avec attention pour cerner toutes les subtilités des enjeux. C est un film introspectif. Pour la petite histoire, lee Remick, magnifique actrice, d'un charme a mes yeux exceptionnel, décèdera encore jeune une décennie après ce film, emportée qu'elle fût par la maladie.
"The Europeans" n'est pas le premier film du tandem Merchant Ivory (loin de là), mais il s'agit de leur premier film d'époque. Le début d'une aventure pour cette production britannique qui se complaira dans ce genre, livrant quelques perles (dont le célèbre "Remains of the Day"). Ici, on s'intéresse aux Wentworth, une famille américaine modeste mais puritaine de la banlieue de Boston. Ils sont visités par des cousins européens qu'il rencontrent pour la première fois, et qui vont se révéler particulièrement intrusifs. S'ils sont sympathiques, intelligents, et élégants, ces curieux Européens ont une tendance bohème et épicurienne qui va en surprendre plus d'un. On a pu reprocher à James Ivory son académisme dans ses adaptations... et là on est en plein dedans. "The Europeans" est une œuvre très littéraire, focalisée sur ses dialogues, et sur des histoires d'amour relativement basiques et intuitives. Ce jusqu'à un final qui expédie étonnement ces intrigues (et oui l'ensemble ne dure que 1h30). Le film a cependant le mérite de jouer sur les différences culturelles entre les deux continents, ce qui apporte de l'originalité. Côté réalisation, "The Europeans" est fort joli malgré son budget limité. James Ivory expoite les paysages automnaux de Nouvelle Angleterre, pour jouer avec ces nuances d'orange. Quant à eux, les interprètes sont tout à fait convenables. Signalons un Tim Woodward avec un faux air de Chris Pratt !
Le bouleversement que provoque l'arrivée de cousins européens dans une famille américaine protestante et rigoureusement vertueuse n'alimente pas un vaudeville. C'est le moins qu'on puisse dire. Bien au contraire, l'opposition de moeurs ne se traduit que par l'esprit et le sentiment, se détourne de la démonstration schématique pour l'élégance du non-dit et elle introduit, malgré la constante et distante ironie de James Ivory, un marivaudage affecté. La sensualité et la simplicité européennes éveillent dans les coeurs du nouveau continent des émotions trop longtemps contenues par une éducation austère et religieuse. Le récit s'attache tout au long du film à peindre ces presque imperceptibles transformations, découvertes sans éclat de l'amour et du désir. La mise en scène de James Ivory reproduit des émois un peu figés par la lenteur du mouvement et la douceur des expressions, du langage. Les couleurs automnales ajoutent encore au caractère élégiaque de l'histoire. Mais il est vrai que l'étude de moeurs, pour élégante et juste qu'elle soit, manque peut-être de relief et semble parfois trop monocorde.