Avec Ladykillers, les frères Joel et Ethan Coen coécrivent et coréalisent une très bonne comédie noire. L'histoire se déroule dans l’État du Mississippi et nous fait suivre le professeur Goldthwaite qui emménage comme locataire dans la maison d'une dame d'un certain âge, veuve, Marva Munson. Alors qu'il se présente comme un homme brillant et distingué, il souhaite en réalité réaliser le casse du siècle avec sa bande, dont les membres sont présentés comme étant des musiciens. Prétextant des répétitions de musique Renaissance dans la cave, en réalité ils creusent un tunnel depuis la maison jusqu'à une barge accostée sur les berges du fleuve qui abrite un important casino dont ils comptent bien s’emparer du butin. Ce scénario, remake du film britannique Tueurs De Dames d'Alexander Mackendrick, paru en 1955, s'avère délicieusement réjouissant à visionner tout du long de sa durée d'une heure et quarante-cinq minutes. On suit pendant tout ce temps une intrigue bien écrite et construite qui débute par la rencontre entre l'escroc et son hôte, avant de nous présenter ses complices, qui ont tous un métier utile afin de mener à bien leur entreprise criminelle. Mais celle-ci va être mise à mal par les dissensions et les déconvenues que vont connaître les cinq malfaiteurs. Tout cela donne lieu à des scènes savoureuses, à l'action lente et posée, pas très spectaculaires mais terriblement efficaces avec leur petit suspense concernant la découverte des véritables motivations des faux musiciens, le tout dans l'ambiance du Mississippi et de sa culture afro-américaine. Le ton se veut irrésistible avec son humour gentiment méchant qui fonctionne très bien en décrochant des rires et surtout de nombreux sourires. Il faut dire que l'ensemble est porté par une galerie de personnages hautement appréciable. Des rôles interprétés par une distribution comprenant de très beaux noms. Tom Hanks incarne un gentleman beau parleur, tête pensante du projet criminel face à une Irma P. Hall attachante, au fort tempérament et bien éduquée par le seigneur. Les quatre autres membres sont eux joués par un Marlon Wayans fidèle à lui-même en étant grossier et décontracté, . Simmons en fin connaisseur d'explosifs, Tzi Ma en général des troupes à la langue habile et Ryan Hurst en gros bras crétin. À noter également les rôles tenus par Diane Delano ou encore ceux campés par George Wallace et John McConnell, le shérif et son adjoint, qui pensent que Madame Munson débloque depuis la perte de son mari. Petite mention aussi pour le chat qui joue un rôle dans toutes ces déconvenues. Tous ces individus entretiennent des rapports de faux-semblants qui procurent beaucoup d'amusement. Des échanges soutenus par d'exquis dialogues fleuves déclamés avec prestance lorsqu'ils sortent de la bouche du professeur, mais beaucoup plus familiers lorsqu'ils sont exprimés par Gawain. L'attitude hautaine et les longs monologues du professeur sont parfois tout de même un peu pompeux, mais raccords avec le propos. Sur la forme, la réalisation du binôme fraternel s'avère qualitative. Leur mise en scène est soignée et évolue au sein de décors appréciables entre la maison, le commissariat, l'église et le casino, sans oublier le pont, élément central de toute cette machination. D'ailleurs, ces différents lieux ont en plus le mérite d'apporter un étalonnage très différent selon l'endroit où se déroule l'action. Ce visuel à la photographie proprette est accompagné par une bande originale agréable mêlant les genres musicaux entre gospel, rap et musique religieuse rococo. Ces titres s'accordent très bien aux situations et aux images. Reste un dernier acte durant lequel tout s’accélère, qui vient s'achever sur une fin satisfaisante, à la hauteur du reste de la narration. En conclusion, Ladykillers est un long-métrage valant clairement le coup d’œil tant il fait passer un savoureux moment.