Il n'était pas chose aisée de s'attaquer à un biopic sur Howard Hugues. L'un des hommes les plus riches du monde en son temps, et peut-être l'un des plus ambitieux. Producteur de cinéma, concepteur aéronautique, homme d'affaires, gérant d'une compagnie aérienne... Mais aussi figure trouble auréolée de mystères.
Le projet était d'ailleurs en gestation depuis longtemps, c'est au passage Michael Mann qui devait finalement le réaliser. Avant de se faire remplacer au dernier moment par Martin Scorsese (fatigué des biopics après "Ali" et "The Insider" ?). Michael Mann restera producteur.
"The Aviator" décrit une tranche de vie de 20 ans (1927-1947). Débutant par la production dantesque du spectaculaire "Hell's Angels", puis bifurquant, comme son titre l'indique, vers la passion de Hugues pour les avions. Ses records de vitesse, la conception du H-4 Hercules (qui restera le plus grand avion du monde jusqu'en... 2019 !), le développement de la TWA, la rivalité avec Panam, et ses nombreux revers.
Toutefois, loin d'être uniquement un biopic didactique sur l'aéronautique, "The Aviator" s'intéresse aux célèbres névroses de Hugues. L'homme était bourré de tocs (à une époque où ce n'était pas médicalement bien diagnostiqué), peu à l'aise en public, terrorisé par les maladies et les germes, paranoïaque. Ce qui ne s'est pas arrangé au cours de sa vie.
Plutôt que de parler de l'origine de sa fortune ou de sa gestion des affaires (qui sont expédiées), Scorsese préfère donc montrer les failles grandissantes de son protagoniste. Porté par un Leonardo Di Caprio en grande forme.
Celui-ci est appuyé par une très belle distribution. Cate Blanchett est étonnante en Katharine Hepburn, actrice célèbre pour son féminisme avant-gardiste (et aujourd'hui pour ses 4 oscars !). Ou des têtes connues venues jouer le temps parfois d'une scène ou deux (Jude Law en Errol Flynn rustre, Willem Dafoe en journaliste peu scrupuleux).
Côté mise en scène, Martin Scorsese s'est livré à quelques expérimentations. Jouant notamment avec des retouches numériques pour reproduire les formats en couleurs des époques qu'il filme (ce qui explique par exemple que le vert tire vers le bleu dans la première heure). Ou se livrant à une reconstitution impressionnante du Hollywood de la fin des années 20.
Par contre, si les séquences de crash sont très réussies, certains passages en CGI (heureusement brefs) apparaissent trop lisses, et ont plutôt mal vieilli. Il y a aussi des scènes un peu longuettes pour un film à la durée généreuse de 2h50.
A l'atterrissage, "The Aviator" est une œuvre ambitieuse et bien portée, peut-être trop luxueuse par moment.