Considérer "Paradine Case" comme une œuvre mineure, ainsi que certains l'ont écrit est tout simplement pitoyable. Le film est non seulement le premier grand thriller judiciaire réalisé par Hitchcock, mais il figure aussi parmi les premiers grands thrillers judiciaires réalisés par d'autres réalisateurs. La difficulté de ce type de film réside à nous créer un suspense assez intense en émotions durant le procès. Hitchcock y parvient avec un très beau rebondissement de fin. Certes, il est un peu prévisible, mais il n'en reste pas moins magistral. La raison est simple: le maître n'a pas choisi n'importe quelle actrice. Hitchcock a choisi Alida Valli dont le magnétisme à plusieurs facettes pouvait porter les différents aspects du personnage. L'actrice italienne incarne une magnifique "Femme Fatale" (le mot est aussi utilisé en anglais). À la fois attendrissante, douce et fragile, Valli sait aussi se montrer classieuse, hautaine, et impitoyable. Et, tout cela, en restant redoutablement attirante. Mais ce procès Paradine n'était pas seulement l'occasion pour Hitchcock de nous servir un bon thriller. Le Maître souhaitait aussi faire passer sa vision personnelle de la Justice. Une institution porteuse de deux concepts antinomiques mais pourtant concomitants: faillibilité et implacabilité cruelle. Pour ce qui est des failles, Hitchcock fait usage d'une autre pépite que Alida Valli : Gregory Peck. L'acteur nous avait souvent impressionné, et nous impressionnera longtemps après, dans des rôles de battant. Ici, il brille dans un rôle de looser. D'un aveugle qui refuse de voir. On le prévient de son erreur, les faits aussi l'avertissent, pourtant le brillant avocat qu'il est, s'obstine pour finir par se ridiculiser. Mais ce n'est pas seulement ce personnage qui porte la faillibilité de la Justice. Les images servant de transitions aux scènes le font aussi. Ainsi, ce panoramique aérien circulaire du palais de Justice, qui est admirable. La caméra d'Hitchcock s'attarde sur une de ses façades qui est démolie, comme pour nous dire que l'institution, est à l'image de certains de ses défenseurs. Implacabilité et cruauté de la Justice, sont portées par le personnage joué par un Charles Laughton, toujours magnifique. L'acteur incarne ici un juge qui, avec tous ses travers, muflerie conjugale, concupiscence déplacée, inélégance à table, n'en reste pas moins le bras inflexible de l'institution par lequel la société se débarrassera de ses criminels. Ce " Paradine Case" est donc une œuvre majeure, non seulement pour son suspense, non seulement pour la vision certes personnelle, mais intéressante que donne Hitchcock de la justice, mais aussi et peut-être surtout pour son traitement de tous ces archétypes incarnés par des acteurs éblouissants. Outre les trois monstres évoqués plus haut, il faut aussi mentionner Louis Jourdan. Le français donne ici l'une de ses toutes premières mais inoubliables prestations : un amant tragiquement écartelé entre sa fidélité à son mentor, et l'infidélité de son épouse dont il est co-responsable.