Voir et revoir Renoir, comprendre quelles sont les règles du jeu dans cette période cruciale d'avant-guerre.
On danse et on s'amuse légèrement, de même que l'orchestre continuait à jouer sur le Titanic.
Le film n'est pas aguicheur et certaines voix nasillardes de l'époque peuvent rebuter la première fois qu'on le voit.
Il faut se forcer un peu, et découvrir pourquoi il est une inspiration pour tant de cinéastes.
La critique sociale est générale, et ne vise pas que la classe aisée. La femme du chasseur est aussi volage, et ne fait que suivre l'exemple de sa maitresse.
Et pourtant quelle modernité cette déclaration de Jurieux devant les micros: "celle que j'aime n'est pas là", la puissance des médias, aujourd'hui des réseaux sociaux ne ferait pas mieux.
Comédie vaudevillesque ou tragédie, Renoir virevolte avec facilité de l'un à l'autre, passant de la partie de chasse-nous sommes en 1939!- à la fête avec théâtre de mascarade, déguisements et bagarres entre invités ou employés. L'action part en vrille complète, comme un jour de Carnaval, quand tous les codes sont renversés.
On règles ses comptes, on fait semblant de pardonner, d'aimer pour la vie, d'être prêt à se suicider en cas d'échec.
Dalio, d'origine juive, en Robert est insupportable de suffisance, mais que dire de son autrichienne de femme Christine, de Geneviève et de Octave, joué par Renoir, l'ami d'enfance, qui attend son heure déguisé en ours!
Allons-nous coucher dit Robert en conclusion, ce n'est rien, un petit accident avec mort d'homme ( de celui qui courtisait ma femme!). Il n'y a plus de guerre entre nous deux.
Renoir est dans la désillusion et ne nous offre aucun héros à qui s'identifier sans retenue. Et pourtant qu'ils sont tous humains derrière leur air de jouer au théâtre.
TV4 - avril 25