En 1965, la lutte armée est déclenchée dans le Dhofar par le Front de Libération du Dhofar, une lutte égalitaire, laïque et féministe à laquelle s’est opposée une « sainte alliance » comprenant la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, La Jordanie d’Hussein de Jordanie et l’Iran du Shah. Ce qu’a pu construire ce Front de Libération en si peu de temps et que nous montre le film, est énorme : alors que les anglais n’avaient construit aucune route en 100 ans d’occupation à l’exception d’une route militaire interdite aux civils, une route est construite avec les moyens du bord, femmes et hommes réuni(e)s, par l’Armée Populaire de Libération. De même sont construit(e)s le premier hôpital, la première citerne, la première école, ainsi qu’une ferme pilote montrant qu’une agriculture vivrière est possible malgré des conditions climatiques difficiles. Par ailleurs, la sharia est abolie et la discrimination positive envers les femmes est mise en œuvre, … 30 ans avant l’occident ! En montrant la création artificielle par la Grande-Bretagne de minuscules états chargés de faire rempart à l’exemplarité des expériences menées au Dhofar, le film permet de mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec les Accords d’Abraham qui, d’une certaine façon, enterrent la question palestinienne. Le plus souvent accompagné de chants proches de la psalmodie, L’heure de la libération a sonné est un film d’une grande richesse qui, plus de 50 ans après sa réalisation, reste malheureusement d’une grande actualité. On ne peut lui faire que 2 reproches : aucune explication n’est donnée sur la façon dont les armes arrivaient à l’APL. On peut penser que la proximité géographique avec la République Démocratique Populaire du Yémen apporte la réponse à cette question. Par ailleurs, il aurait été intéressant que, dans le cadre de cette ressortie, des informations, fussent elles brèves, soient données sur ce qui s’est passé après le tournage du complète sur le siye avec le tiret du 6 entre critique et film.
De par les risques qui ont été pris en 1971 en pleine rébellion au Dhofar par la réalisatrice et son équipe pour ramener ce précieux témoignage, L’HEURE DE LA LIBÉRATION A SONNÉ est un exemple d’engagement et de courage. Qualités dont tout semble indiquer qu’il faudra savoir les trouver et les cultiver pour les années qui viennent, et que la perspective de vaincre les injustices sait décupler. Or la mère de toutes les injustices injustices est peut- être en effet l’oppression patriarcale. Dès son premier film Heiny Srour suggère que s’en libérer est la clé de toutes les émancipations. Bonus non négligeable : ce film résonne fortement dans notre actualité de par les clés de compréhension qu'il offre de la situation aux abords du détroit d'Ormuz suite au retrait de l'empire britannique. 60 ans après sa présentation à Cannes, Heiny Srour accompagne son film de compléments de programme qui le replacent dans le contexte. Distribué au goutte à goutte dans un contexte saturé par des films d'accès plus facile, entendre cette voix infatigable, et partager ce regard inaltéré sont des privilèges dont il serait bien regrettable de se passer quand ils sont à votre portée.
N’hésitez pas à aller voir ce film d’une importance historique unique qui n’est pas sans raisonner fortement avec l’actualité du détroit d’Ormuz, aujourd’hui !
Une plongée dans la guerre du Dhofar, très méconnue et très peu couverte à l’époque du mandat britannique au Sultanat d’Oman. Ce film, en dehors du fait qu’il couvre des événements passés souvent sous silence à l’époque, a le mérite de relater une unique tentative d’expérience sociale avant - gardiste, démocratique, laïque et féministe dans le monde arabe !
Courez - y, vous ne perdrez pas votre temps !
3 séances sont programmées demain lundi 4 mai, dans des salles et horaires différents, avec la présence de la réalisatrice pour 2 salles.