Sorti en 1951, "Topaze" met fin à une collaboration de vingt ans entre Fernandel et Marcel Pagnol. Adapté de sa célèbre pièce, le film prend la succession d’une première version réalisée en 1936. Le sujet de cette pièce est, il faut le dire, original : c’est celui d’un instituteur attaché aux valeurs morales qui va se retrouver embarqué dans des affaires douteuses et découvrir l’envers du décor. Par ce film, le cinéaste pose donc un regard à la fois cynique et désespéré sur la société en mettant d’un côté les politiques véreux jamais inquiétés et de l’autre les enseignants consciencieux mais vivant dans la frustration. Sans que ce soit la meilleure prestation de Fernandel chez Pagnol, on retrouve néanmoins le comédien en pleine forme. Cependant "Topaze" n’est pas une réussite absolue et comme souvent chez Pagnol, les défauts se résument à cela : long et beaucoup trop théâtral. Le cinéaste abandonne son format habituel de deux heures pour deux heures quinze et ce quart d’heure supplémentaire se fait grandement ressentir.
Comme d'habitude avec Pagnol : il pose sa caméra et filme. Donc autant te dire que pour y trouver ne serait-ce qu'un micro mouvement de caméra, t'as intérêt de te lever de bonne heure, et encore, ça ne sera pas suffisant. Tout comme il ne parvient pas à gommer certaines longueurs. Mais à côté de ça, quel verbe, nom d'une pipe ! A la fois simple et riche ! La belle langue tombe de tous les côtés, si bien que l'on pourrait simplement se contenter du son. Quant à l'histoire, c'est beaucoup plus commun. Le pouvoir de l'argent hier ou aujourd'hui. La sempiternelle perversion. Mais comme toujours avec le Marcel, ce sont les mots qui donnent à ses films une allure qu'on ne retrouve nul part ailleurs. Mais encore ? Larquey est à nouveau de la partie, après la version de 1932, Morel est impeccable et pour ce qui est de Fernandel, itou. Même s'il n'est pas exclu de le préférer dans certains opus "pagnolesques" antérieurs. A moins d'une ouverture d'esprit sans commune mesure, le spectateur d'aujourd'hui ne peut pas adhérer à ça, n'ayant pas été habitué à un cinéma aussi rigide formellement.
Professeur de morale à la pension Muche, Monsieur Topaze est un homme d'une intégrité et d'une probité qui forcent le respect. Il est sans doute le seul dans l'institution... La première partie de la pièce de Marcel pagnol, dans la classe de Topaze, est très plaisante, qui permet à Fernandel une jolie composition d'aimable instituteur aux idées pures...qu'on peut si facilement abuser et prendre pour un imbécile. Le sujet de la satire ou de la fable se fait jour lorsque Topaze, spoiler: renvoyé injustement de son poste, se met au service d'un conseiller municipal corrompu dont il devient naïvement l'homme de paille et le complice en prévarication.
Sous ses dehors spirituels et affables, le sujet de Pagnol n'en dresse pas moins un constat amer de la nature humaine et cinglant de la société. Au point de transformer le brave Topaze et d'en faire un autre homme. Les hommes, comme les femmes, s'en donnent à coeur-joie dans la concussion, le cynisme, le chantage, l'affairisme, et aucun n'échappe à la vision désenchantée de l'auteur. On est moins dans la dialectique pittoresque habituelle de Pagnol que dans la démonstration appliquée. Trop sans doute. Car toute la seconde partie du film, dans le giron de l'élu immoral Castel-Vernac (Jacques Morel) et de sa maitresse, apparait bien évidente et bavarde, malgré la qualité des dialogues. La pièce manque très certainement de concision et d'un mode narratif plus implicite.
Il y a un quelque chose dans Fernandel qui fait que la vanité humaine prend avec lui le tour en même temps d'un jeu et d'une grande sincérité car il croyait vraiment en l'honnêteté et le fait de prendre tout cela à la légère parce que simplement il vaut mieux en rire qu'en pleurer. Dans sa consistance de corruption du monde exposée sans détour le film n'est nullement démodé.
Classique parmi les classiques, voici l'histoire de l'instit qui devient ripoux. Bien écrit, joué de façon très théâtrale, avec deux ou trois rebondissements, ce film se regarde avec plaisir. Et ce, malgré deux moments de creux, vers le milieu et le dernier quart-d'heure lors duquel on a droit à un sermon moralisateur et pompeux. L'intérêt principal de "Topaze" est le côté immorale de l'intrigue. Pas de concession à l'égard de la nature humaine. On est entouré de connards qui ne pensent qu'à s'en mettre plein les fouilles, le mieux est de faire comme eux pour ne pas se retrouver sur le carreau. Avec trois quarts-d'heure de moins, "Topaze" aurait été excellent, mais ses longueurs en font juste un bon petit film.
Voilà un film qui nous montre sans fioriture les magouilles politiciennes qui vérolent notre société. Certes cela se passe il y a pas loin de 70ans, mais que l"écho est claire en regard de notre époque. Ce film devrait être diffusé bien plus souvent à la télévision afin que l'on souvienne de ce que la politique peut offrir de pire et que l'on puisse comparer avec notre époque. Pas grand chose n' changé! Et c'est bien cela qui fait la force de ce film, avec en plus un Fernandel exceptionnel. A voir, par tous, sans aucune exception!
Il s’agit de la 3e adaptation cinématographique de la pièce éponyme (1927) de Marcel Pagnol. La 1ère (1933) a été réalisée, lors d’un séjour en France, en 1932 et 1933, par Louis Gasnier (1875-1963), à la carrière essentiellement américaine avec Louis Jouvet dans le rôle-titre et dont c’était le 1er rôle au cinéma ; la 2e (1936) a été réalisée par Pagnol (insatisfait de la 1ère adaptation) avec Alexandre Arnaudy (1881-1969) tandis que la 3e (1950), car Pagnol était encore insatisfait, était avec Fernandel (47 ans). Il existe 5 autres versions cinématographiques étrangères : américaine (1933) de Harry d’Abbadie d’Arrast (1897-1968) avec John Barrymore (1882-1942), anglaise (1961) de et avec Peter Sellers (1925-1980), suédoise (1963) de Jan Molander (1920-2009) avec Allan Edwall (1924-1997), égyptienne (1934) de et avec Nagib El-Rihani (1889-1949) et même chinoise (1939) de Li Pingqian (1902-1984) avec Liu Qiong. Il n’y a aucun rapport avec « Topaz » (1962) d’Alfred Hitchcock (1899-1980) dont le titre français est « L’étau ». Il s’agit d’un film atypique dans la carrière de Pagnol, au goût amer, caustique, cynique et drôle, et qui doit beaucoup au talent de Fernandel. C’est le même esprit que l’on retrouve dans « La poison » (1951) de Sacha Guitry (1887-1957) avec Michel Simon (1895-1975) et dans « Ces messieurs de la Santé » (1934) de Pierre Colombier (1896-1958) avec Raimu (1883-1946). Le film reste théâtral mais le sujet, certes lié aux mœurs de la IIIe République, demeure d’actualité (« L’argent peut tout, c’est lui qui gouverne le monde »), critiquant la corruption des hommes politiques [spoiler: « l’élève » Topaze, naïf homme de paille, va dépasser le maître Régis de Castel-Vernac (Jacques Morel, 28 ans), conseiller municipal véreux, surfacturant les marchés publics (balayeuses automatiques) grâce à un prête-nom et qualifié par Topaze d’escroc bricoleur de peu d’envergure ], la collusion avec les journaux (spoiler: acceptant de ne pas sortir des informations compromettantes contre une somme d’argent ) et l’école [spoiler: Albert Topaze, professeur de morale qui adore corriger, est mal payé à l’école privée de garçons Muche, au directeur cupide et menteur (indiquant à Topaze qu’il mérite les palmes académiques à titre moral) ].
Un pur chef-d'oeuvre, des dialogues au scénario, aux acteurs d'une justesse incroyable dont la palme va à Fernandel dans l'un de ses plus beaux rôles. Un de mes Fernandel préféré. Pour le reste il y a déjà tellement de critiques que je m'abstiendrai.
Film bavard opposant la scrupuleuse honnêteté des enseignants et les magouilles, corruption, prévarication du monde de la politique. Les dialogues sont bons ou désabusés (« la probité, ça se paie cher » « on lui a donné une chaîne de montagnes à Tananarive, il est parti la vendre aux gens qui l’habitent » « tu as vu des femmes qui aiment les pauvres ?). Fernandel dans un de ses plus grands rôles et une bonne direction d’acteurs sont les atouts de ce film. J'ai noté une excellente description du cancre, et quelques petites négligences (le cancre Séguedille a 20 ans, et les palmes académiques impensables dans une école privée de ce type). A noter enfin que Pierre Larquey et Marcel Vallée tenaient les mêmes rôles dans le film de Gasnier de 1932 avec Louis Jouvet.
Comédie universelle qui pose un regard acide sur les vanités humaines, chacun d'entre nous étant sensé être corruptible d'une façon ou d'une autre. Topaze passe par tous les états et finit totalement corrompu, faisant preuve d'un cynisme absolu. Le scénario peine cependant à lui trouver un vice majeur et après les honneurs de la palme académique ce sont les femmes in finé qui deviennent les corruptrices ultimes. Fernandel en fait un personnage plutôt sympathique à qui l'on pardonne sa métamorphose faustienne d'autant qu'elle semble lui ouvrir les yeux sur les véritables intentions de ses contemporains comme si sa nouvelle acuité le rendait plus proche de ses semblables ...
Excellente adaptation d'une pièce de théâtre sur l'évolution (im)morale d'un instituteur grisé par l'argent facilement gagné comme homme de paille dans les magouilles d'un politicien véreux. L'histoire et la mise en scène de Marcel Pagnol éclairent parfaitement les rouages de la corruption généralisée. Malgré le huis clos et grâce au jeu impeccable de Fernandel on ne s'ennuie pas un instant.
Sujet intemporel . Comment un être pétri de probité de bons sentiments , en l’occurrence Fernandel qui incarne un instituteur se voit moqué , manipulé respectivement par le Directeur et sa file ( également institutrice) Sa foncière honnêteté, son refus d’avouer une erreur imaginaire pour regagner la grâce d 'un parent d 'élève déçu des notes de son fils lui vaudront un renvoi de cette école . Fin du premier acte. On assiste ensuite à la métamorphose maladroite d 'abord puis efficace d'un personnage naïf en arriviste. Et qui dépasse le maître en devenant un homme d'affaires usant de trafic d 'influences , de corruptions sans complexes. Le Noir et Blanc, la richesse des dialogues et la truculence des personnages renforce cette satire qui mériterait une nouvelle adaptation .