L'histoire de La prière aux étoiles, film de 1941 de Marcel Pagnol, inachevé et, croyait-on, détruit par son auteur, est désormais connu, après sa "résurrection", même s'il reste toujours de nombreuses zones d'ombres. En tout cas, ce premier volet de ce qui devait être une trilogie existe aujourd'hui bel et bien et c'est un régal pour tous les amoureux de Pagnol, même si sa projection s'accompagne d'une bonne dose de frustration. Non pas parce que seul le son a été restauré, et pas l'image, mais parce qu'il manque certaines scènes et un dénouement. Pour le reste, entre exacerbation du sentiment amoureux et moments merveilleux de drôlerie, dus notamment au bagout de Charpin, l'on retrouve la belle maîtrise narrative de l'auteur de La fille du puisatier et la qualité de sa direction d'acteurs. L'on peut citer Carette et Blanchar, impeccables, mais c'est la magnifique Josette Day qui laisse l'impression la plus marquante. Une symphonie inachevée, certes, mais qui vaut bien d'autres morceaux de cinéma, fussent-ils complets.
Le film, inédit et inachevé, avait disparu car la firme allemande Continental voulant le récupérer, Marcel Pagnol détruisit à la hache les pellicules devant huissier. Heureusement, des copies avaient été enfouies dans une champignonnière. Il s’agissait, comme, « Marius », « Fanny » et « César », d’une trilogie, avec Josette Day, restée inachevée, d’une part, en raison de l’occupation allemande, et d’autre part, en raison de la séparation de Pagnol avec l’actrice. En 1979, la société de production de Pagnol déposa les pellicules retrouvées aux archives du film [à Bois-d’Arcy (Yvelines)]). En 2023, on retrouva 80 mn de film et dont le son fut restauré. Difficile de juger un film inachevé mais il demeure inégal : il est mièvre lors des dialogues sur l’amour entre Florence (Josette Day, 27 ans), actrice et son 1er amant, Dominique (Jean Chevrier, 26 ans) puis son 2e amant, musicien (Pierre Blanchar, 49 ans). En revanche, les dialogues sont savoureux lors des scènes se déroulant à Cassis (Bouches-du-Rhône) où interviennent, notamment, Line Noro (41 ans) et Charpin (54 ans) [déjà réunis dans « La fille du puisatier » (1940)] et Julien Carette (44 ans). La « fin » évoque même les dialogues de Sacha Guitry sur le couple.
Quelle chance d'avoir pu voir ce film inachevé lors du festival du film de la Rochelle. Ce n'est pas le meilleur Pagnol mais on retrouve des acteurs déjà vus. La belle Josette Day (qui était l'amie de coeur de Pagnol à cette époque), Charpin, un incontournable (Panisse, l'oncle Baptiste, Monsieur Mazel) et d'autres ... Et l'étonnant Pierre Blanchar. A ne pas manquer.