D'une fidélité presque maniaque au roman de Mme de La Fayette (lu il y a longtemps), le film respire le classicisme par tous les pores, comme une tragédie de Racine ou de Corneille: il peut paraître à cet égard terriblement désuet aujourd'hui (et il y a matière) avec cette théâtralité et ce maniérisme très appuyés, mais curieusement l'intrigue finit quand même par emmener le spectateur avec elle, vers le destin de cette passion heurtant la morale de son époque, tout en s'inscrivant dans un contexte globalement bien rendu (pour preuve notamment, la joute à cheval) et avec une finesse d'écriture qui fleure bon le temps d'avant, au point de risquer de s'y complaire.
Malgré Jean Cocteau au scénario, Delannoy n'a pas su transcender, on ne s'en étonne pas de sa part, ce mélodrame sentimental hors d'âge qui pousse la vertu conjugale très loin, très très loin, aux confins de l'ultra-romantisme et de la mièvrerie la plus insupportable. Sur la forme, la production a mis le paquet et le réalisateur ne se prive pas de le faire voir. Félicitations aux décorateurs au château de Chambord, au directeur de la photographie Henri Alekan et à Pierre Cardin, dont le film fait un défilé clinquant de ses costumes. Ajoutons un tournage en scope et nous avons un bel écrin pour un contenu qui n'en mérite pas tant. Ainsi, par fidélité absolue à son mari et aux liens du mariage, la princesse de Clèves sacrifie-t-elle son amour partagé et chaste pour le jeune Duc de Nemours. Lequel en est fort marri. Delannoy doit croire qu'il filme du Racine ; pourtant les dialogues et leur tournure ampoulée ne sont rien moins que des niaiseries affectées. Ils sont dits par des comédiens qui, déjà corsetés dans leur costume, jouent avec un balai dans le dos. Ils sont dans une composition apprêtée, dirigés par Delannoy au rythme d'un cortège funèbre, avec physionomie assortie. Que le sujet réunisse quelques figures de l'Histoire de France ne change pas grand 'chose à l'affaire. Aucune n'existe vraiment, pas plus Catherine de Médicis qu'Henri II, et encore moins Diane de Poitiers (Annie Ducaux), présente pour la photo. Marina Vlady, dans le rôle-titre, et Jean-François Poron sont deux jeunes premiers ternes et soporifiques dont les scènes interminables sont complètement dépourvues d'émotion, faute de sensibilité et de sincérité de la part du réalisateur. C'est figé, c'est déclamatoire, ça minaude des mots d'amour et des serments. On retrouve ici la médiocrité des adaptations littéraires estampillées "Qualité française" par François Truffaut et dont Delannoy est un des artisans. Comment s'émouvoir de ces sentiments empesés jusqu'à l'abstraction, qui font s'évanouir et même mourir, quand ils sont si peu habités? On est dans un romantisme exacerbé et même Jean Marais en fait les frais, dans le rôle, en retrait, de l'époux pas cocu mais quand même un peu inquiet de l'être :spoiler: il meurt de jalousie dans son lit...Faire ça à notre héros national de cape et d'épée !
Quinze ans de travail nécessaires à Jean Cocteau et Jean Delannoy pour proposer cette ambitieuse et très esthétique adaptation du roman de Mme de Lafayette (que j’avais eu du mal à terminer). A la cour de Henri II, au Louvre ou à Chambord, avec de splendides toilettes et de spectaculaires reconstitutions de bal, de tournoi ou de jeu de paume (seule la chapelle gothique ou se réfugie la Princesse a été faite en studio - et ça se voit), Marina Vlady promène sa vertueuse beauté dans de magnifiques et inconfortables toilettes, Jean Marais est convaincant en mari jaloux, et J.-François Poron aussi discret que sa carrière dans son rôle de tombeur. La fin est triste et très belle.
Un film qui nous offre de magnifiques images et une très belle reconstitution d'époque, de très bons dialogues, mais malgré tout cela on s'y ennuie parfois un peu.
D'un grand académisme, mais à l'esthétisme plus moderne que l'on croirait, ce film est une sorte de poème parnassien qui se conjugue à la littérature précieuse du roman. Certes, on s'ennuie un peu (beaucoup). Mais il s'agit d'une oeuvre d'un intérêt proche d'une pièce de Racine.