L'histoire est simple : inquiet de la voix nasillarde de sa vedette, un metteur en scène, sachant son film très attendu, a l'idée de le transposer en comédie musicale. A partir de ce mince sujet, Stanley Donen aura l'intelligence et le talent de se livrer à un travail d'orfèvre. Il commence par choisir des mélodies à succès, un bon chorégraphe et surtout d'excellents acteurs, dont le merveilleux danseur Gene Kelly. Certes "Chantons sous la pluie" n'est pas, à proprement parler, un chef -d'oeuvre, le livret est trop modeste pour cela, mais c'est un film d'artisan bien conduit et bien mené qui, n'ayant nullement l'ambition de délivrer un message, se contente de nous enchanter par son élégance, son savoir-faire, son parti pris de bonne humeur et de gaieté. Il se présente comme une satire savoureuse des débuts du parlant et, tout au long de son déroulement, nous distille, comme le ferait un bon vin ou une coupe de champagne, une délicate ivresse. Pas d'état d'âme, mais une bonne dose de philosophie optimiste et d'humour qui aborde les inévitables tracas de l'existence comme autant d'obstacles à franchir dans l'allégresse. La pluie, elle-même, devient un élément ludique de diversion avec lequel on joue et que l'on accepte en riant . Tout est motif à chanson et à danse, d'où l'entrain irrésistible de ce film qui est un remède souverain contre la morosité. Cette gaieté de l'entre-deux-guerres n'est pas sans rappeler celle des années 60. Même insouciance, même légèreté dans une actualité où rien ne semble devoir peser. C'est frais comme un sorbet, pétillant comme un gin-tonic et se laisse regarder avec délectation. On a envie de s'esclaffer comme le poète : Que le monde est beau ! Que le monde est beau !