"L'homme qui tua Liberty Valance" marque un tournant évident dans l'histoire du western. John Ford, pour son avant-dernier film du genre, innove par son scénario complexe et atypique, mais à la fin un peu prévisible un genre classifié par lui-même et par deux nombreux autres grands réalisateurs de l'époque. Je n'ai pas apprécié plus que ça ce film dans son histoire que j'ai trouvé parfois un peu longuet mais j'ai apprécié la profondeur de l’œuvre qui témoigne du talent inévitable de Ford que ce soit dans la mise en scène ou dans l'écriture de ce western. Ford bafoue donc les règles du western classique et dépoussière le genre et avec John Wayne, James Stewart et Lee Marvin il réunit un casting de premier choix, et même si les deux premiers ne sont pas dans leur meilleur rôle ils restent très convaincant et très imposants à l'écran
Premier d'une série qui va marquer la fin du western classique, épique, pour un héroïsme plus légal, plus modéré, plus réfléchi, plus civilisé (Stewart) et non plus sauvage (John Wayne) tel qu'était la conquête de l'Ouest. Aussi un film sur les valeurs de l’Amérique, sur la fondation de l’Amérique, et qui pose la question de l'héroïsme. Un film dont il y a énormément à dire. Ainsi pour être bref, nous sommes face à un chef-d'oeuvre du western, à la mise en scène concise et précise, avec de bons acteurs, Mais moins efficace selon moi que la Horde Sauvage dans son but de marquer la fin de la conquête de l'Ouest.
Sans être un grand film, L'Homme qui tua Liberty Valance reste un western assez plaisant, particulièrement grâce à la présence du grand James Stewart (et, à la limite si on aime, John Wayne) devant la caméra du grand John Ford. Car évidemment, il est clair que le scénario ne casse pas vraiment de briques et se contente uniquement de suivre académiquement le guide du parfait western. De ce fait, il n'en résulte pas vraiment de surprises, et l'ensemble reste plutôt prévisible.
Je dois avouer avoir une préférence pour les westerns spaghetti plutôt que les américain, et celui-ci ne fait pas exception. On retrouve les personnages plus caricaturaux, les passages qui font penser à La Petite Maison Dans La Prairie, et ça manque de musique épique. Mais le film n'est pas mauvais pour autant, et on a droit à quelques chouettes répliques et une histoire intéressante, quoiqu'un peu tirée en longueur.
Quel excellent western malgré le côté tête à claque toujours présent de ce couillon de Stewart... Quelle classe pour John Wayne dans son rôle de cow boy individualiste sans la moindre morale accompagnant un Stewart avocat épris de justice et de légalité... Finalement, c'est Stewart qui s'emparera de la femme de Wayne, de sa place dans le village, et qui deviendra sénateur car tout le monde pense qu'il est le héros ayant tué Liberty Valence. Or en réalité c'est bel et bien le grand John Wayne qui l'aura descendu et l'abnégation avec laquelle il accepte que l'avocat lui dérobe carrément toute sa vie est tout simplement magistrale.
Un grand film soigné de l'habitué du genre où se mêlent l'habileté de traiter certains sujets naissant à cette époque et une construction originale du scénario. Un grand monument du cinéma américain et celui de John Ford.
"L'homme qui tua Liberty Valance" est un bien un grand western, avec un grand scénario, filmé dans un superbe noir et blanc et interprété par de grands acteurs. Grand western sur la légende qui fonda un mythe, le genre d'histoire qui passionne les américains: le mythe qui a marqué son époque, qui a changé son époque. voilà les éléments des grands westerns.
Un western efficace dans un sublime noir et blanc, avec deux monuments que sont Wayne et Stewart, un film qui faut savourer tellement la réalisation est superbe et l'histoire passionnante. Un des plus grands chef d'oeuvre du western, et aussi un des plus réussie de Ford qui aborde le thème du déclin des héros de l'Ouest, du cheval dépassé par le train, de la légende dépassée par la modernité. Superbe.
John Ford prouva une nouvelle qu'il était capable avec les moyens de l'époque de faire des films grandioses, en retranscrivant avec rigueur une véritable progression de la mise en place de la loi par une violence forcée face au banditisme croissant. Respect
John Ford nous montre la fin d'une époque. Celle de l'ouest sauvage conquis par la bureaucratie des États-Unis d'Amérique. Le seul vrai duel ici se fait à distance, entre Tom Doniphon et Ransom Stoddard, l'un représentant la vieille époque, l'autre la naissance de la civilisation moderne. Liberty Valance n'est qu'un prétexte pour illustrer cette lutte. A l'image d'ailleurs de Peabody, le journaliste local, qui soutient Stoddard dès son arrivé a Shinbone, et s'opposant courageusement à Liberty Valence par son journal, préfigurant ainsi l'importance de la presse dans la société moderne.
ATTENTION SPOIL !!!
La deuxième lecture que j'entrevoie est celle d'une vision un peu amère de la part de John Ford sur la société moderne. J'en veux pour preuve Stoddard, qui malgré son intégrité n'aurait pas pu se défendre sans l'aide de Doniphon. Ainsi, cette société basée sur la justice n'existe que grâce à une exécution arbitraire, sans aucune forme de procès pour Liberty Valance (qui n'a d'ailleurs commis aucun meurtre dans le film). Cette exécution va donc à l'encontre des valeurs portées par Stoddard. Au-delà de cette contradiction, John Ford rend là, pour moi, une sorte d'hommage mélancolique à l'ancienne époque qui a acceptée de s’effacer à contrecœur pour laisser place à cette modernité.
Tout est d'ailleurs résumé dans les dernières paroles que s'échangent Doniphon et Stoddard:
- J'ai tué de sang-froid. Je n'ai pas de scrupules ! Hallie est heureuse, elle t'aimais. - Vous m'avez sauvé la vie ! - Pour mon malheur ! Hallie est à toi maintenant, retourne et accepte d'être élu.
"L'Homme qui tua Liberty Valance" fait donc bien partie des meilleurs western de John Ford même si, pour ma part, ça n'atteint pas la dimension mythique d'un "Il était une fois dans l'Ouest" ou "Le Bon, la Brute et le Truand".
Elle est peut-être là, la différence majeure entre ces deux monstres sacrés du western : quand John Ford a fait le choix de filmer les raisons d'un mythe, Sergio Leone, lui, a filmé le mythe tout court.
Un magistral récit mythifié des origines de la civilisation américaine. Bien plus qu'un chef d'œuvre, John Ford dépasse le domaine du cinéma pour produire un véritable objet philosophique a comparer avec les théoriciens du contrat. Celle de Hobbes d'abord: l'Etat repose sur l'abandon par les hommes d'une part de leur liberté pour bénéficier de la sécurité. Machiavel ensuite avec l'idée que la civilisation (ou l'Etat, tout deux étant ici indissociable) repose sur un acte ignoble qu'il faut masquer pour perpétuer la civilisation. Kant enfin dans cet inconscient collectif qui pousse a entrer en civilisation, parfois contre nos intérêts. Ajoutons à cela tout les symboles de la civilisation américaine (la propriété, l'éducation, la hiérarchie légitime) et vous aurez le récit du mythe de la fondation de la civilisation américaine. Tout cela sans oublier le magnifique jeu d'acteur de John Wayne, James Stewart et Lee Marvin qui rendent ce tableau de John Ford si beau.
Porté par une pléiade d'acteurs magnifiques-on peut saluer notamment les performances de James Stewart, John Wayne et Lee Marvin- qui incarnent des personnages hauts en couleurs, ce film semble avoir été conçu comme un western à l'ancienne. John Ford revient aux fondamentaux du genre et filme une œuvre sublime en noir et blanc. Le réalisateur américain s'attache à montrer la mutation difficile et violente du grand ouest sauvage des pionniers en un territoire institutionnalisé et régit désormais par le droit et non plus par la menace des coups de feu des bandits sans foi ni loi. On peut sans doute considéré cette oeuvre comme l'ultime hommage fait par l'un des plus grands réalisateurs américains à un genre dont les codes vont être bouleversés quelques années plus tard par un certain Sergio Leone. L'homme qui tua Liberty Valance est indiscutablement un western majeur dans la filmographie de John Ford.
Un jeune avocat, Ransom Stoddard (James Steward) arrive dans l’ouest des USA, alors que la région est sur le point d’adhérer à l’Union, troublée par la présence agressive d’un hors là loi : Liberty Valance (Lee Marvin), qui ne craint que de Tom Doniphon (John Wayne). Techniquement, le film est travaillé, avec des cadrages parfaits, des prises de vues à hauteur d’homme, et des séquences longues. Le réalisateur prend d’ailleurs son temps pour montrer le contexte, les lieux, les personnages, avec pour effet de faire vivre l’ensemble. Ford ne s’intéresse pas ici seulement à l’action, il dépeint une période charnière de l’ouest, celle où les aventuriers vont s’effacer devant les hommes instruits, politiques ou juristes. (Cette thématique de fin d’un monde sera développée également, de manière très différente, dans « mon nom est personne »). Valance et Doniphon représentent le vieux monde qui jette ses derniers feux, et Doniphon en a conscience. A vouloir jouer de leurs valeurs, Stoddart joue certes perdant, mais dans tout autre champ la réussite sera de son côté ; la construction en flash-back renforce cette idée de description d’une période révolue. Ford s’attache à ses deux personnages principaux, les dévoilant par touches successives, jouant de leurs différences, montrant leur difficulté de communication, les entourant de tendresse, sans oublier de leur accoler quelques stéréotypes du western : chérif incapable et glouton, tribu de mexicains avec guitare, etc. En arrière plan apparaissent les thématiques classiques du courage et de la lâcheté, de l’amitié, des dilemmes amour-amitié. On peut trouver que l’ensemble baigne dans une certaine naïveté, à la fois par le contenu des scènes (enfants récitant l’alphabet par exemple) et dans l’attitude des protagonistes, sans constater pour autant que cela desserve par trop l’œuvre. Il s’agit d’un film complexe, une construction gigogne dans laquelle le règlement de compte, bien mené et assez palpitant, n’est qu’un des éléments d’une analyse plus profonde, plus sociologique, et assez marquante.