Dans "Ministry of Fear", l'idée très langienne est celle d'un homme présumé coupable, pourtant innocent, qui va devoir percer le mystère de l'affaire à laquelle il a été mêlé sans le vouloir pour être libre. Une histoire d'espionnage qui commence par une banale histoire de gâteau mais qui, lentement, va dévoiler une succession d'indices jusqu'à un final réussi qui se conclut par une révélation aussi surprenante que jubilatoire. Toujours sous tension, le film est totalement maîtrisé, capable d'inscrire dans un rythme globalement soutenu des scènes où le temps semble se dilater, dans ces moments où les gestes deviennent plus lents et les regards plus concentrés. Lang, toujours moins intéressé par les mouvements de caméra que par un sens aigu du cadrage, capte alors la complexité des enjeux dans un raccord de plan moyen qui devient gros plan et dans une lumière qui semblait anecdotique et qui illumine alors les visages de personnages faisant tomber leur masque. Formidablement interprété et doté d'un scénario abouti et malin, "Ministry of Fear" est aussi un superbe film de lutte contre le régime nazi.
Un film au suspense hitchcockien avec des plans étonnants (l'escalier de la course poursuite finale à travers le velux battu par la pluie) pour un homme qui en sait trop par hasard (formidable scène du gâteau à la kermesse de bienfaisance) et dont le passé semble le désigner pour endosser le rôle de l'assassin lors d'une scène de spiritisme tournant au meurtre de façon inattendue.
Voici un autre film qui apporte une touche de variété à l'univers de Fritz Lang. L'histoire se déroule cette fois à Londres, où l'on suit l'aventure (ou plutôt les mésaventures) d'un gentleman qui va se retrouver mêlé à des histoires d'espionnage, en pleine période de guerre (le film est sorti en 1942).
Esthétiquement, c'est un très beau film, j'aime beaucoup Ray Milland dans ce film, et la réalisation de Lang met en valeur ce climat de polar/film d'espionnage d'époque, à en sentir poindre les arômes d'une recette d'Hitchcock. L'histoire est un brin compliquée, mais le dénouement est clair et le spectateur ne reste pas sur sa faim et pour moi c'est le principal. Ce film n'est pas cultissime, mais il a le mérite d'être très plaisant !
Ce film aux deux titres en VF, Espions sur la Tamise et Le Ministère de la peur, s'inscrit dans la période US de Fritz Lang et plus particulièrement dans un contexte idéologique très marqué, celui de la promotion des Alliés face aux nazis, en pleine Seconde Guerre mondiale. Il est à rapprocher en ce sens de deux autres long-métrages du cinéaste : La Chasse à l'homme (1941) et Les Bourreaux meurent aussi (1943), auxquels on peut ajouter Cape et Poignard, dans l'esprit, même s'il date d'après la guerre (1946). Hormis le message antinazi, on note dans le scénario (adapté d'un roman de Graham Greene) une verve rocambolesque étonnante et réjouissante, avec des machinations en tout genre, des rebondissements en veux-tu en voilà, des personnages étranges... Bref, une inventivité assez débridée, qui reste toutefois contenue dans une mécanique narrative bien huilée, où l'on retrouve aussi quelques thèmes purement hitchcockiens, notamment la course de l'innocent qui cherche à prouver son innocence. Du suspense, des accents de films noir, le charme et la classe de Ray Milland... La formule est bonne, voire très bonne. Dommage, cependant, que le film ne se conclue pas trente secondes plus tôt. La chute, happy end forcé, happy end de comédie et de pacotille, rompt bêtement avec l'ambiance générale. Le choix des producteurs ?
Comme tout Hollywood à l’époque, Fritz Lang participe activement à l’effort de propagande antinazie. Il livre pas moins de quatre films dénonçant les complots ourdis par les nazis (« La chasse à l’homme », « Les bourreaux meurent aussi », « Espions sur la Tamise », « Cape et poignard »). Ici c’est un quidam sorti d’un asile après avoir été accusé du meurtre de sa femme qui se trouve pris par erreur dans un vaste complot ayant pour base arrière une association de bienfaisance. On sait que Lang n'a pas eu totalement les mains libres avec cette adaptation d'un roman de Graham Greene, ayant eu mal à partie avec Seton I Miller qui endossait ici tout à la fois les habits de producteur et de scénaristes. Mais le personnage de Neale est suffisamment ancré dans la thématique de l'homme seul contre tous pour que Lang y trouve au final son compte. Homme au passé tourmenté, Neale à peine sorti de l'asile se trouve pris dans une affaire qui l'accuse à nouveau de meurtre. S'engage alors une lutte contre le temps pour prouver son innocence. Hitchcock utilise lui aussi les mêmes ressorts pour ses films à la mécanique implacables dont il faut bien avouer qu'ils sont plus aboutis que cet essai de Lang dans le registre du pur suspense. Quoiqu'on pense du génie du réalisateur allemand, il faut bien avouer que certains enchaînements sont un peu téléphonés, nuisant de façon certaine à la fluidité du récit et rendant parfois le jeu des acteurs un peu décalé. Peut-être les démêlés avec I Miller ont-ils contribué a rendre le scénario parfois un peu bancal ? Du coup Ray Milland acteur un peu falot sans grande personnalité à un peu de mal à rendre crédible son personnage. Malgré ces quelques réserves sur l'architecture du scénario, ce dernier multiplie assez habilement les fausses pistes pour permettre au film de remplir parfaitement son office de divertir tout en dénonçant le régime que le réalisateur a fui en venant à Hollywood. Une œuvre mineure de l'immense Fritz Lang
La dimension onirique du film est étonnante et le rattache au grand cinéma allemand des années 30. L’histoire fait penser à une quête ésotérique initiatique. Ce qui d’ailleurs s’harmonise au contexte historique, celui d’une Angleterre sous les bombes, obsédé par l’espionnage, où les étrangers peuvent être aussi bien des réfugiés anti-nazis que des agents national-socialistes : bref un décor paranoïaque.
Neale (Ray Milland) sort de l'asile et, en attendant le train, va à une fête foraine où il gagne un gâteau qui ne lui était pas destiné. Du grand Lang, mélangeant thriller et espionnage (stupéfiant car le film sort en 1944) dans une mise en scène servant le suspens de manière saisissante (la scène de crime pendant la séance de spiritisme) et où les morts et les vivants ne sont pas ceux que l'ont croit. Un régal pour les amateurs de films policiers à énigmes.
Les films de propagande anti-nazi (en pleine Seconde Guerre Mondiale) sont devenus une habitude pour le cinéaste allemand, après Chasse à l'homme (1941) & Les Bourreaux meurent aussi (1943), le voilà de retour avec un énième chef d'oeuvre avec Le Ministère de la peur, aka Espions sur la Tamise (1944), un polar palpitant sur fond d'espionnage. Adapté du roman de Graham Greene, Fritz Lang nous entraîne dans une passionnante course contre la montre entre des espions nazis, un mari accusé de meurtre récemment libéré d'un asile et des agents de Scotland Yard. Le film nous prend aux tripes très rapidement, avec cette fête caritative qui, sous ses faux airs bien-pensante, laisse peser une atmosphère qui est loin d'être rassurante. S'ensuit la scène du train et de l'explosion de l'usine (avec le fameux gâteau) puis la quête de vérité à Londres où Ray Milland (avec ses faux airs de Cary Grant) a fort affaire pour prouver son innocence (et surtout, qu'il a toute sa tête !). Des séquences mémorables (dont celle chez le couturier avec sa paire de ciseau disproportionnée), une qualité photo soignée, de très beaux décors et des acteurs à la hauteur, dont le méconnu Ray Milland. Fritz Lang séduit plus qu'il n'en faut et se permet même une légère touche d'humour lors du final, un polar hitchcockien parfaitement millimétré de bout en bout.
Espions sur la tamise commence comme tout film de son epoque, et on a un peu de mal a rentrer dans l'hisoire, mais une fois ce stade franchis, fritz lang nous plonge dans un univers d'espionnage vraiment avangardiste et tres bien réussi! Les acteurs et la musique sont aussi remarquable! film a voir absolument!
Je ne classerais pas Le Ministère de la peur parmi les grands films de Lang mais cependant c'est assurément un très bon film il est même excellent jusqu'à la scène de spiritisme après ce film ne parvient pas toujours à trouver le bon rythme ni le charme du début (avec la séquence de la fête caritative) mais Le Ministère de la peur est suffisamment efficace pour constamment maintenir notre intérêt de plus la courte durée du film permet à Lang de rester serré à l'intrigue. Au final j'ai passé un très bon moment en regardant Le Ministère de la peur.
Un départ très Hitchcockien et intéressant pour ce Fritz Lang hélas par la suite le scénario devient plus convenu et articiel, la tension n'est pas au rendez vous ni même l'humour.
Un film noir sur fond d'espionnage, tiré d'un roman de Graham Greene. Ray Milland, dans un de ses meilleurs rôles, exerce son charme et son magnétisme tout au long d'une histoire complexe et passionnante qui nous entraîne sur la piste d'espions allemands en pleine seconde guerre mondiale (Fritz Lang règle toujours ses comptes avec son ancienne patrie). Dans le principal rôle féminin, Marjorie Reynolds est excellente, toute de charme et d'ingéniosité. Le scénario est d'une rare subtilité, évoluant au rythme de méprises en cascade qui permettent de mettre peu à peu en lumière la psychologie des personnages et les ressorts de l'intrigue. La mise en scène de Lang est d'une maîtrise remarquable, se moulant dans les canons d’Hollywood sans rien perdre de sa force expressionniste, notamment à travers des clairs-obscurs d'un esthétisme flamboyant. Même le traditionnel happy end, obligatoire dans ce contexte, n'apparaît pas ici comme un artifice mais comme une fin logique et nécessaire. Un vrai chef-d'oeuvre et un des meilleurs films de Lang dans sa période américaine.
Le premier tiers, insolite, est un véritable petit bijou à lui seul. Fritz Lang y rend hommage à Fritz Lang. La fête foraine y est aussi fantasmagorique que celle du "Cabinet du docteur Caligari" (film qu'avait failli réalisé le cinéaste) et les références à ses oeuvres comme "Le Docteur Mabuse" ou encore "M le Maudit" sont nombreuses. Le milieu apparaît comme très hitchcockien avec l'histoire de l'homme innocent accusé mais à la différence que les policiers ici sont cette fois intelligents. La dernière partie quand à elle est d'une efficacité redoutable dans le dosage du suspense et des rebondissements. Ray Milland apporte son talent et sa silhouette charismatique à cet ensemble nouveau coup de pied formidable du réalisateur dans la fourmillière nazie.