Nouvelle charge de Fritz Lang contre le nazisme, cet "Espions sur la Tamise" s'avère être une réussite esthétique assez étourdissante. En effet, que ce soit par la qualité de sa photographie ou bien de sa mise en scène tout en nuances, l'oeuvre épate. Lang réussit il est vrai à nous plonger dans un univers onirique particulièrement inquiétant dès le début du film, à la frontière même parfois du fantastique, notamment dans la première partie du film. On pourra alors se plainsre un peu du thème très Hitchockien qu'est le scénario, ainsi que de quelques poincifs du genre, mais ils s'avèrent au fond bien secondaires. Car Lang, toujours grâce à sa mise en scène et certains dialogues percutants, arrive à mener son entreprise de manière fort convaincante, peut-être aussi grâce à une galerie de personnages des plus inquiétants. Notons une fin superbement menée... L'oeuvre n'est donc certainement pas la meilleure de son auteur, mais elle n'en demeure pas moins de grande qualité et des plus recommandables. Une belle réussite.
A Londres, Steve Niel, citoyen anglais, se trouve par hasard impliqué dans un réseau d’espionnage nazi. Tourné pendant la guerre aux États-Unis, ce film dépasse son objectif premier de soutien au moral d’une nation combattante. La réussite vient d’abord du scénario, tiré d’un roman de Graham Greene : une histoire habilement ficelée, aux multiples rebondissements, dans laquelle le héros est manipulé sans vergogne. Mais la transposition est tout à fait à la hauteur, avec plusieurs scènes d’anthologie (la séance de spiritisme, les ciseaux du couturier, « tu ne tireras pas sur ton frère »). Lang découpe méticuleusement les scènes ; il filme presque en caméra subjective, ce qui conduit le spectateur à s’identifier à ce Steve Niel, jusqu’à douter comme lui de tous les protagonistes. Sans grands effets, le réalisateur crée un climat angoissant à souhait, et, pour une fois, le « happy ending » est vécu comme un soulagement plus que comme une convention hollywoodienne. L’inévitable histoire d’amour est certes bien naïve, mais cela n’altère pas le grand intérêt de cette production.
Un peu moins connu que les classiques de Fritz Lang, Espions sur la Tamise possède néanmoins beaucoup de qualités aussi bien esthétiques que scénaristiques. Même si l'intrigue est un peu délirante, on suit avec appréhension la progression du héros très bien interprété par Ray Milland. A voir pour tout bon cinéphile qui se respecte.
L'un des meilleur film de Fritz Lang dans sa période américaine. "Ministry of Fear" (1942) nous jéte dans le bain dés le début. La construction narrative de l'histoire est éblouissante, on sait rarement où on va et c'est une fois confronté au mur qu'on sait par où on est passé. "Ministry of Fear" (1942) avant d'être un grand film de Fritz Lang est un grand scénario de Seton I. Miller. Jusqu'à la fin on déjoue des mystéres tombant souvent, avec la déléctation typique à Fritz Lang, de Charybde en Scylla. Mais le mérite revient en grand partie au réalisateur qui réussit avec une mise en scéne agencée de tel façon qu'on pourrait croire à tout. Avec du recule, "Ministry of Fear" (1942) est l'histoire d'un ancien prisonnier qui déjoue un complot impossible au sein de Londres. Impossible, Fritz Lang le fait et avec plus que brio. Bref, "Ministry of Fear" (1942) est magique, on se questionne beaucoup, on méne l'enquête en même temps que le personnage de Ray Milland et c'est ce qui fait du film un véritable moment de plaisir. En conclusion, cette oeuvre de Fritz Lang passionera quiconque cherche à vivre une aventure, l'aventure d'un moment mais dont on garde les traces du rêve.
C'est à mon avis le meilleur film de Fritz Lang tourné aux Etats Unis, avec Règlements de compte et la Femme au portrait, et peut être Les contrebandiers du Moonfleet. A la différence de ces trois titre, Le ministère de la peur est moins connu, rarement considéré comme un classique, et il est temps de réparer cette omission. Le film raconte les mésaventures d'un homme récemment sorti d'un asile de fous, et qui se retrouve par hasard propriétaire d'un document compromettant, qui le rend suspect à la fois pour de dangereux espions nazis et pour la police. L'ambiance est étrange, le film joue beaucoup sur les clairs obscurs, sur une appréhension quelque peu "expressioniste" des quartiers de Londres. La folie se mêle habilement à une intrigue policière prenante. Ray Milland a rarement été aussi bon que dans la peau de ce personnage perdu dans dans une intrigue tissée par d'autres, qu'il doit cependant subire à chaque instant. Si vous devez choisir, préférez ce film à de faux classiques de Lang tels que "J'ai le droit de vivre" ou "Le démon s'éveille la nuit".