Polar ayant rencontré un sérieux échec public alors qu'il avait beaucoup d'atouts pour devenir un petit classique du genre, « L'Enquête de l'inspecteur Graham » mériterait clairement d'être appréciée à sa juste valeur. Offrant un suspense original autour d'un harcèlement (et d'un meurtre, nettement plus secondaire), le scénario se montre souvent d'une belle habileté, que ce soit dans ses choix (révéler le coupable assez vite) que son évolution, faisant du responsable un personnage nettement plus complexe qu'au premier abord, voire carrément tragique. C'est que le film ose pas mal de choses pour l'époque, que ce soit l'évocation d'une « castration » paternelle ou un portrait nettement plus fin que de coutume sur le regard alors porté sur les femmes dans la société, cette condescendance, parfois inconsciente, vis-à-vis de leurs paroles et de leurs sentiments. Dommage que, dans la dernière ligne droite, l'œuvre perde de sa puissance et cohérence, tombant dans des effets plus faciles et un spectaculaire moyennement maîtrisé, n'allant pas jusqu'au bout de ses belles initiatives, malgré quelques idées intéressantes. Honorable interprétation, notamment d'Esther Williams dans un rôle pour le moins inhabituel, et surtout de l'excellent Edward Andrews en paternel pour le moins ambigu. Une réussite qui, sans être totale, justifierait assurément une sortie DVD/Blu-Ray digne de ce nom.
En fait, il s'agit moins de l'enquête de l'inspecteur Graham que de la mésaventure de Lois Conway, professeure de lycée harcelée et piégée par un étudiant amoureux. La dimension sociale et morale du film, voire par moments psychologique, dépasse largement l'intrigue policière. Cela dit, c'est le titre de la VF qui dénature le sujet. L'action se passe sur un campus américain, un petit monde bien propre sur lui et conformiste où les lycéens incarnent -ce n'est ni volontaire ni critique de la part des auteurs- une jeunesse américaine lisse et surannée. Lois y subit les avances désagréables et brutales d'un de ses élèves. Mais, parce qu'elle est célibataire, alors forcément suspecte (et puis surtout tellement maladroite...), elle ne tarde pas à devenir pour tous, mais pas pour le clairvoyant inspecteur Graham, une femme amorale. Il y a dans ce film le matériau et les idées d'une bonne étude de mœurs. Toutefois, Harry Keller n'est pas Arthur Penn ou Richard Brooks et son manque de rigueur et d'audace nous prive d'une vraie satire sociale. Les thèmes qui s'entrecroisent ici sont intéressants mais sont traités superficiellement et de façon prévisible par un metteur en scène qui se disperse et n'approfondit pas. Et puis, le côté "petite soeur des pauvres" attaché au personnage d'Esther Williams en fait un rôle un peu mièvre. Il manque au film une vraie ambition critique, sinon subversive, relativement à la bonne société américaine, détestable et puritaine.
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4,0
Publiée le 17 juin 2013
Quel fan de comèdie musicale ne connaît pas le nom d'Esther Williams, championne de natation des Etats-Unis et actrice lègendaire spècialisèe pour des numèros de ballets aquatiques ? Ici, il n'en ai rien car nous sommes dans un tout autre genre! Oeuvre beaucoup trop mèconnue du thriller de type « sèrie B », "The Unguarded Moment" mèrite une réhabilitation d'urgence! Excellent spècialiste du western, le cinèaste Harry Keller a donnè dans ce film de 1956 le plus beau rôle d'Esther Williams au cinèma! Qui a pu oublier en effet sa prestation remarquable où elle ètait une professeur dans un collège, qui èchappait de peu aux agissements d'un dètraquè sexuel ? Diffusè jadis à la dernière sèance d'Eddy Mitchell, "The Unguarded Moment" balaie sans problème la plupart des thrillers qui envahissent nos ècrans aujourd'hui avec les couleurs flamboyantes du Technicolor des annèes 50, une merveilleuse actrice et une composition ambigüe de John Saxon auquel il faudra rendra justice un jour! Car derrière les films d'horreur, les polars ou les westerns où Saxon s'est fait une grande spècialitè se cache un vrai talent! Un film noir exemplaire qui s'avère captivant car rempli de rebondissements...
Un polar sur fond démancipation féminine, via le personnage dEsther Williams, opposé au puritanisme exacerbé dune certaine Amérique, incarné magistralement par le très effrayant Edwards Andrews. La mise en scène, sans être spectaculaire, sert admirablement le propos, les comédiens également. C'est là que réside parfois la force du cinéma populaire américain, faire passer un message social et/ou politique tout en divertissant. A noter la présence de John Saxon (vu notamment plus tard chez Mario Bava et Wes Craven) dans un de ses premiers rôles.