Dans les premières minutes de Party Girl, nous assistons à un conflit entre trois danseuses. L’une d’entre elles nargue la colocataire de Vicki en plongeant les doigts dans son pot de crème, ce qui est interprété à juste titre comme un acte de provocation par ladite colocataire. Cette scène a priori anodine prend tout son sens – ou prend du sens – à mesure que la thématique principale traitée par Nicholas Ray s’affirme : la passion amoureuse menacée par un tiers, plus puissant que l’amant ou l’amante parce qu’il viole l’intimité et la détruit. La colocataire ne fera pas long feu, finissant sa vie dans une baignoire où son sang se mêle à l’eau qui coule encore ; on apprend qu’elle attendait un homme, l’homme qu’elle aime, et qui n’a pas donné signe de vie pendant un mois. D’entrée de jeu, donc, l’amour-passion est présenté comme voué à l’échec et au malheur. Cette programmation a pour intérêt dramatique de mettre en péril la relation qui unit Vicki à Thomas, puisque l’ensemble des personnages qui gravitent autour d’eux risquent, d’un moment à l’autre, de stopper la romance : l’épouse revenue d’entre ses fourrures et bijoux, Rico Angelo et ses sbires à petites têtes, les forces de police qui manipulent le couple afin d’en tirer des aveux. Cette mise en danger de l’intimité s’incarne à l’écran par l’importance des espaces privés et de leur transgression, à l’instar de la loge de Vicki dont la porte est forcée par l’épouse de Thomas puis par un malfrat, à l’instar des coups de téléphone qui ne cessent de déranger les amants, de celui qui annule le dîner en amoureux jusqu’à celui qui met fin à l’entrevue – le téléphone sonnera trois fois, nous dit-on. Le mal se tient là, sur le qui-vive, prêt à contaminer le corps aimant ; il est symbolisé par la boiterie de l’avocat, cause de son premier malheur sentimental qu’il a su convertir en atout pour persuader les jurés de l’innocence de son client, par ailleurs crapule suprême. Sa relation avec Vicky fait se rencontrer une boiterie et une souplesse, la disgrâce et la grâce comme les deux plateaux d’une balance qui enfin s’équilibrerait. Leur relation permet à Nicholas Ray de confronter deux microcosmes régis par l’artifice et la violence : de cette crème que l’on applique sur le corps pour en masquer les tares à la montre dont la charge affective prétendue n’est en fait qu’un leurre, notre couple principal circule parmi le faux pour mieux le transformer en véracité d’un sentiment pur constamment mis à l’épreuve. Party Girl investit donc le monde de la nuit pour le vider de sa substance humaine et y faire éclaire la passion impossible : nous sommes conviés à un bal de caricatures dans lequel dansent jusqu’à l’émancipation Vicki et Thomas, amants magnifiques qu’interprètent les excellents Cyd Charisse et Robert Taylor. Un grand film, mis en scène avec grâce par Nicholas Ray – les deux scènes de danse sont parmi les plus belles de l’histoire du cinéma.
Un film magnifique, baroque aux couleurs volontairement vives qui mêle polar, gangster, romantisme et violence inoui. Des le générique magnifique le ton est donné, filles superbes, costumes et décors somptueux, musique parfaite. Une réussite totale due à une réalisation énergique et inspirée et des acteurs au top, robert taylor vieillissant mais magnifique, cyd charisse au sommet de sa beauté et lee j cobb tour à tour violent et sympathique. Un film que l'on revoit toujours avec plaisir.
Film noir des années 1950, avec Robert Taylor et Cyd Charisse. Histoire d'un avocat qui défend la mafia qui va s'éprendre d'une danseuse. Le rythme est bon, on ne s'ennuie pas. Très bonne musique
Dans la veine de tous ces films noirs américains tournés pendant les quinze premières années de l'après guerre, Traquenard décrit avec brio l'univers du crime organisé à Chicago dans les années 30. Un avocat sans scrupule tombe amoureux d'une danseuse et veut revenir dans le droit chemin, mais le "système parallèle" va tout faire pour l'en empêcher... Un seul regret, que ce film ne soit pas filmé en noir et blanc ! Très grande prestation de Cobb en maître incontesté de la pègre (on se souvient de lui en juré vindicatif dans Douze hommes en colère) !
Excellent polar signé Nicholas Ray ce film varie entre film de gangsters, comédie musicale et mélo. Les trois genres s'imbriquent très bien les uns avec les autres et offrent quelquechose d'original et de réussi.
Avec en prime un casting royal (Robert Taylor impeccable, Cyd Charisse qui montre tous ses talents entre actrice et danseuses, et Lee J. Cobb impressionnant en gangster intraitable) il montre à nouveau l'immense talent du réalisateur de "la fureur de vivre"
Le film peine à démarrer. Pendant 45 minutes, il ne se passe vraiment rien d'intéressant et même s'il s’agit de la présentation des personnages et du fond de l'intrigue cela fini par ennuyer quand même. Après le scénario reste assez solide, même s'il il y a des invraisemblances tout au long du film spoiler: ( la mitraillade où seul l'avocat et sa copine échappent alors qu'ils sont tous au même endroit avec les gangsters)
Oeuvre où la rédemption se présente comme une alternative possible pour presque tous les personnages. Mais l'évolution de ces derniers est nuancée; elle traduit toute la fine complexité qui règne dans l'esprit du héros notamment. Les vrais rebondissements se situent en effet non pas au niveau de l'intrigue, assez classique, mais bien dans la capacité que possède l'avocat de s'arracher de sa condition d'homme publique respecté, pour suivre les traces d'un amour total. Dans ce contexte, les dialogues sont de vrais gifles qui ne font que mieux traduire l'état d'incertitude et de doute dans lequel se trouve cet avocat magnifique.
Très beau film noir, Party Girl est le film de l’anti-héros par excellence. Thomas Farell joué par Robert Taylor nage comme un poisson dans l’eau dans ce milieu du Chicago des années 30. Ami et avocat du caïd Rico Angelo (Lee J.Cobb) il tombe amoureux de Vicky Gaye (magnifique Cyd Charisse) une danseuse de cabaret. Mais dans la guerre des gangs de Chicago, même les grands avocats de la pègre ne sont pas tranquilles.
Avec Traquenard, Nicholas Ray revisite le film noir en lui insufflant une flamboyance visuelle inattendue, où les couleurs éclatantes contrastent constamment avec la noirceur morale du récit. Robert Taylor compose un personnage complexe, partagé entre loyauté, ambition et désir de rédemption, tandis que Cyd Charisse apporte une élégance mélancolique qui dépasse largement le simple rôle décoratif. Ray filme les milieux criminels avec une stylisation presque opératique, transformant certains affrontements en véritables scènes de tragédie moderne. Mais, derrière cette richesse esthétique et la sensibilité propre au cinéaste, le scénario paraît parfois trop conventionnel pour exploiter pleinement les tensions psychologiques qu’il met en place. Une œuvre singulière dans la carrière de Ray, fascinante par sa beauté formelle et ses personnages blessés, mais dont le classicisme narratif limite légèrement la portée émotionnelle.